Avec ses livres, l’écrivain vaudois Blaise Hofmann a emmené ses lecteurs et lectrices aussi bien aux confins des terres les plus exotiques qu’en terres romandes. Avec « Le peintre célèbre du village voisin », il dresse aujourd’hui le portrait de Pietro Sarto, peintre et graveur de Saint-Prex (VD).

Pendant son enfance à proximité du Léman, Blaise Hofmann (« Faire paysan ») a vu des oeuvres de Pietro Sarto partout, notamment chez ses parents, accrochées au-dessus du téléphone. Dans les années 1980, le peintre et graveur né au Tessin en 1930 et établi à Saint-Prex était alors au sommet de sa gloire, ses peintures et gravures se déployant chez les particuliers, dans les maisons de commune ou les halls des banques. Et puis sa cote a décru, mais son aura, son parcours, ont durablement intrigué l’écrivain vaudois.

C’est vrai que cela faisait partie de mon enfance. Il y a un lien intime avec Sarto. (…) C’est quelqu’un qui est très présent chez les gens, il fait vraiment partie du paysage.

Blaise Hofmann, auteur de « Le peintre célèbre du village voisin »

« La peinture est une poésie muette. Je me résous à faire sans, à écrire un livre sur Sarto, sans Sarto. C’est son choix autant que le mien », écrit Blaise Hofmann dans « Le peintre célèbre du village voisin ». Lorsque Blaise Hofmann rencontre Pietro Sarto pour lui consacrer un livre, l’artiste a déjà 94 ans. L’écrivain a le sentiment d’arriver trop tard pour entrer durablement en contact avec lui, mais trop tard aussi parce que le monde qu’incarne l’artiste, avec tout ce qu’il peut comporter de narcissisme, de misogynie, semble assez daté. « Je pense qu’aujourd’hui Sarto reste un peintre sur chevalet, un peintre comme on n’en fait plus », indique Blaise Hofmann dans l’émission Quartier livre du 8 mars.

A défaut d’écrire son livre avec le peintre, Blaise Hofmann choisit d’aborder le personnage par plusieurs angles, s’approchant en cela de la peinture de l’artiste. « Il y a plusieurs points de vue dans les toiles de Sarto. Il aime bien voir à gauche, à droite, en haut, en bas, derrière, devant. J’ai essayé d’écrire sans lui, par la force des choses, mais à mi-chemin entre l’hommage (…) et la critique, par le médium de l’enquête, mais aussi la littérature, le récit et le roman », explique l’écrivain.

Avec « Le peintre célèbre du village voisin », Blaise Hofmann compose ainsi un portrait tout en nuances, par petites touches, tentant d’approcher par les rencontres, l’histoire ou la fiction, la figure d’un artiste à l’ancienne, tiraillé entre l’aventure collective et la solitude orgueilleuse du créateur souverain.

Le portrait d’un artiste et d’une époque

Aujourd’hui, Pietro Sarto est un peintre un peu oublié que les nouvelles générations d’artistes ne connaissent parfois même pas. « C’est un livre qui questionne aussi la postérité des artistes. Qu’est-ce qui se passe dans l’après? Mais aussi qu’est-ce qu’on va faire de leur savoir-faire? Qu’est-ce qu’on va faire de leur atelier? Et c’est une question qui me touche beaucoup », indique Blaise Hofmann.

C’est surtout pour ses paysages qu’était connu Pietro Sarto: des points de vue sur La Côte, le Lavaux. « Son projet était de donner une forme au bassin lémanique », précise Blaise Hofmann. Et d’ajouter: « Lorsqu’il était à Paris avec le graveur Albert Flocon, il a participé à l’élaboration de cette nouvelle perspective curviligne qui ressemble vraiment à la perception rétinienne où l’on est dans le paysage. C’était son credo. On n’est pas devant un paysage, on est dedans, ce qui donne un côté très vertigineux à ses toiles ». Avec son livre, Blaise Hofmann fait le portrait d’un homme, mais également le portrait d’une époque et d’une constellation d’artistes gravitant autour de l’atelier de Saint-Prex.

Dans l’écriture, ce n’est pas du tout un essai d’historien de l’art, vu que je pars d’une certaine ignorance. Cela permet peut-être aussi à la lectrice et au lecteur de s’approprier cette histoire.

Blaise Hofmann, écrivain

Au-delà de la relation presque intime qu’entretient l’écrivain avec les oeuvres de Pietro Sarto, c’est aussi la figure de l’écrivain et poète suisse Charles Ferdinand Ramuz (1878-1947) qui lie les deux hommes. Pietro Sarto a beaucoup illustré les textes de Ramuz. « C’est quelqu’un qui est important pour lui. Et puis évidemment que pour moi, c’est un auteur fondamental qui a su inventer une langue. J’ai eu plaisir à faire quelques clins d’œil dans le livre à ce bon vieux Ramuz », sourit Blaise Hofmann.

Propos recueillis par Nicolas Julliard

Adaptation web: Lara Donnet

Blaise Hofmann, « Le peintre célèbre du village voisin », éditions Zoé, mars 2026.