Donald Trump a appelé ses alliés, tant européens qu’asiatiques, mais aussi son principal rival, la Chine, à assurer la sécurité de la navigation dans le golfe Persique. « Il est tout à fait normal que ceux qui tirent profit de ce détroit contribuent à faire en sorte que rien de fâcheux ne se produise là-bas », estime le président américain dans une interview au « Financial Times ».
A sa manière : grossière, imprévisible, impréparée. En rappelant que les Etats-Unis n’achètent que très peu de pétrole iranien, quand la Chine et l’Europe sont clients.
Partage de renseignements préalable
Alors que la fermeture du détroit par les Iraniens fait flamber le prix du pétrole, le président des Etats-Unis manie la menace et prédit aux Européens « des conséquences très mauvaises pour l’avenir de l’Otan », en cas de refus. « Sécuriser le détroit d’Ormuz, c’est ni plus, ni moins que de demander aux Européens d’entrer dans une guerre navale, pour une guerre qu’ils n’ont pas déclenchée et à laquelle ils ne souhaitent pas participer », résume un général français.
A ce stade, l’opération militaire contre l’Iran est uniquement pilotée par Israël et les Etats-Unis et aucun dirigeant politique responsable ne peut prendre d’engagements sans en savoir davantage sur l’état réel de la menace : drones, missiles, batteries, mines, sous-marins, etc. Les Américains ont beau déclarer avoir anéanti la flotte iranienne, en évoquant une centaine de navires coulés, les marines des Alliés appelées par Donald Trump n’ont aucun renseignement sur les armes dont disposent encore les Iraniens.
Un coup d’oeil sur une carte suffit à comprendre l’ampleur du défi. Pour accompagner un navire qui partirait du Koweït vers la mer d’Oman, il faut longer des centaines de kilomètres de côtes iraniennes, éviter les petites îles iraniennes situées du côté des Etats du Golfe, notamment celle d’Abu Moussa, tout en évitant les tirs aériens proches, les vedettes des Pasdaran et en s’assurant que le détroit d’Ormuz, peu profond, ne soit pas miné…
Pas d’enthousiasme
L’appel de Donald Trump n’a donc pas suscité « l’enthousiasme » qu’il réclame. Lundi dernier, le président Emmanuel Macron avait déjà évoqué la nécessité de travailler sur une future mission internationale « purement défensive » pour permettre la navigation en sécurité des pétroliers et méthaniers. Mais il pensait à une mission post-conflit.
L’appel de Donald Trump ressemble à un aveu de faiblesse.
Un militaire français
Ce lundi, le Premier ministre britannique, Keir Starmer, s’est déclaré prêt à travailler au sein d’une coalition internationale avec les pays du Golfe et les Européens, sur un plan « viable » pour rouvrir le détroit, mais il a qualifié la tâche de complexe et a exclu que Londres se laisse « entraîner dans une guerre plus vaste ». Comme tous les Européens, il a aussi écarté que ce soit une opération de l’Otan.
Une telle opération, n’en déplaise au président Trump, n’a aucune raison de passer par l’Otan. Aucun pays membre de l’Otan n’a été attaqué, la clause de défense mutuelle (article 5) ne s’applique donc pas. En outre, l’Otan est une alliance défensive transatlantique et n’a pas vocation à opérer dans le golfe Persique, à l’issue d’une attaque offensive. « L’Otan est une alliance pour la défense du territoire de ses membres », a rappelé Berlin, et « il manque le mandat permettant de (la) faire intervenir » au Moyen-Orient.
L’UE ne souhaite pas aggraver le conflit
Ancien secrétaire général de l’Otan, le très atlantiste Norvégien Jens Stoltenberg a lui-même estimé que l’Otan ne devait pas s’impliquer dans le conflit. L’actuel secrétaire général, Mark Rutte, n’a rien dit.
A Bruxelles, les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne ont déclaré ne pas souhaiter aggraver le conflit et se sont montrés réservés à l’idée présentée par la cheffe de la diplomatie de l’Union européenne, Kaja Kallas, d’étendre la mission européenne Aspides de sécurisation du trafic en mer Rouge au détroit d’Ormuz. Des plus virulents (Espagne) aux plus conciliants (Pologne), les Européens n’ont guère envie de se laisser entraîner dans une guerre pour laquelle ils n’ont pas été consultés.
Au moins faudrait-il que les Etats-Unis donnent l’exemple et accompagnent eux-mêmes la flotte marchande avant d’appeler à l’aide. Jusqu’à présent, le commandement américain estimait que les dangers n’étaient pas encore assez écartés pour l’escorte militaire.
La France, qui a envoyé une importante flotte dans la région, dont le porte-avions « Charles de Gaulle », n’a pas changé les missions : protéger nos ressortissants, assurer des évacuations si nécessaires et honorer nos accords de défense avec les pays du Golfe.
Les Européens spécialistes de la guerre des mines
« S’il le faut, une coalition internationale est en mesure d’agir, mais cela ne s’improvise pas. Dans l’idéal, il faudrait avoir le contrôle de la côte iranienne sur une centaine de kilomètres de profondeur, souligne un militaire français. Si une opération se met en place, elle sera placée sous le signe du volontariat. A priori, ni dans le cadre de l’Otan, ni dans celui de l’Union européenne. L’appel de Donald Trump ressemble à un aveu de faiblesse, au vu de son armada. »
Mais cette dernière présente des failles. « Les Etats-Unis ont délaissé la guerre des mines et la capacité de guerre des mines de l’Otan est aux mains des Européens, explique Nicolas Mazzucchi, expert en combat naval. La France, la Belgique, les Pays-Bas, l’Italie sont parmi les meilleurs de cette niche militaire. »
La société Exail est notamment en avance sur la dronisation des tâches de déminage. Or si les frégates, notamment antiaériennes, peuvent gérer dès à présent une grande partie des menaces qui viennent du ciel, la lutte contre celles qui viennent des fonds marins ne passera pas le passage préalable de « chasseurs de mines ». Une tâche qui prendra plusieurs semaines et qui semble difficile à mettre en oeuvre sous les tirs.