Par
Laure Gentil
Publié le
17 mars 2026 à 7h00
Entre le pont Anne-de-Bretagne, le nouvel hôpital et la place Mangin, c’est toute l’île de Nantes qui change de visage. Toutefois les travaux et les aménagements prévus ne font pas que des heureux et, à l’approche des municipales, les 15 et 22 mars, des habitants de la place Victor Mangin veulent se faire entendre. Florence Bertrand, 45 ans, a toujours vécu dans ce « petit village » et, comme la plupart des habitants et des commerçants, elle voit l’arrivée de la nouvelle ligne 8 de busway d’un bon œil. Le reste du projet est plus problématique selon elle. Notamment, les trop nombreuses suppressions de places de stationnement. Les habitants et les commerçants dénoncent aussi un manque d’écoute de la part de la Ville et de la Samoa. Ils auraient été mis « devant le fait accompli ».
« On ne peut pas trouver un juste milieu ? »
« Certains habitants y vivent depuis trois générations », sourit Florence. « Il y a des personnes qui se connaissent, qui se reconnaissent. » Ce qui crispe le plus les habitants dans ce réaménagement, selon elle, c’est le nombre de places.
Chaque immeuble a eu une cour privative. « Il y a 90 logements, et 45 places », explique Florence. Aussi, les habitants se stationnaient place Mangin, lorsque les cours étaient pleines. « Avant, il n’y avait pas de tensions. Maintenant, des voisins s’agressent. C’est devenu violent ! »
Au début du projet, sur les 64 places de stationnement de la place Mangin, 31 devaient disparaître. Finalement, après concertation, il devrait rester 40 places, indique Olivier Chateau, adjoint au maire, élu du quartier de l’Île de Nantes, contacté par actu Nantes.

Certains habitants dénoncent une suppression de places de stationnement trop importante. ©Laure Gentil / actu Nantes
Mais Florence s’inquiète de l’impact de ce manque de places sur ceux qui doivent partir travailler en voiture mais également pour sa propre mère, 70 ans et deux prothèses de hanche, qui vient lui rendre visite et conduit toujours. « On nous a répondu que c’est un quartier dormant (la place Mangin, N.D.L.R.) et que si les gens viennent nous voir, ils n’ont qu’à mettre leur voiture au parking-relais et venir en tram », ironise Florence.
Auprès d’actu Nantes, Olivier Chateau précise : « Pendant longtemps, les stationnements à l’arrière des deux bâtiments de la place Mangin étaient des parkings qui étaient libres d’accès. » Aujourd’hui, il assure que les accès ont été fermés pour que ces places ne soient utilisées « que par les habitants ». Quant au stationnement place Mangin, il assure que les riverains font « évoluer » leurs habitudes.
Là où certains avaient deux voitures, ils ont renoncé à un véhicule pour privilégier le vélo et n’en conserver qu’un seul. Il y a des habitudes qui progressivement évoluent, sachant que demain, la place va être ultra-connectée. On va avoir une île de Nantes plus maillée que jamais en termes de transports publics, c’est plutôt une chance.
Olivier Chateau
Les élections municipales 2026
Suivez toutes les actualités des municipales 2026 dans une seule newsletter.
L’élu explique cette décision de suppression de places aussi pour une question de sécurité : « Au lieu d’avoir des places en épis, elles seront longitudinales, ce qui permet une meilleure visibilité. »

Bérangère Broux, gérante de l’Aromiseur. ©Laure Gentil / actu Nantes
Pour les commerçants, eux aussi impactés par ces suppressions de places de stationnement, une certaine résignation s’est installée. Bérangère Broux, gérante de l’Aromiseur, n’a plus beaucoup d’espoir de changements maintenant que les travaux sont en cours. « C’est bien d’avoir des arbres, mais au détriment du commerce ? On ne peut pas trouver un juste milieu ? Les places vont être prises très rapidement, et les clients ne vont pas pouvoir se garer. »
Elle trouve l’arrivée de la future ligne 8 « top » mais temporise : « Il faut de la diversité dans le transport, il faut faire de la place pour tout le monde. »
Stéphane Le Douget, charcutier-traiteur place Mangin, réfute lui l’assertion d’un manque de places pour les habitants, notamment dans les fameuses cours arrière. « J’ai toujours de quoi me stationner », nous dit-il.
Je pense que peut-être il manquera des places, mais est-ce qu’il va en manquer 40, 50 ? Non. Peut-être une quinzaine.
Stéphane Le Douget
Selon lui, il faut attendre de voir le résultat final du réaménagement pour mesurer les effets.
Des chiffres d’affaires en berne
Quand on lui pose la question du risque sur son chiffre d’affaires, là encore il se montre mesuré. « Il ne faut pas avancer pour l’instant », commente-t-il. « Je dirais qu’on peut récupérer une clientèle avec le transport en commun et des passagers qui viendront de deux ou trois stations d’ici. »

Stéphane Le Douget est charcutier-traiteur place Mangin. ©Laure Gentil / actu Nantes
Pour la boulangerie Jean située boulevard Victor Hugo, tenue par Damien Hussenot, la situation est plus dramatique. « Une boulangerie est un commerce statique, dépendant des flux, le client vient vers nous », affirme-t-il. La suppression de stationnement va faire baisser son chiffre d’affaires, déjà bien abîmé par les travaux : « On a perdu 40 % de notre chiffre au début. » Depuis « juin-juillet 2025 » et la fermeture des accès au boulevard, il a perdu « entre 75 % et 80 % ». Le gérant en est à son 5ᵉ dossier d’indemnisation.
On a plus accès au flux sortant de Nantes. Depuis septembre, on ferme l’après-midi. De 14 h à 19 h, en général c’est 20-25 % du chiffre d’affaires, en mai c’était 17 %, en juin c’était 11 % et en juillet c’était 2 %. Ça ne vaut pas le coup d’ouvrir.
Damien Hussenot
Son combat aujourd’hui est de garder les racks à vélo installés devant son commerce et que la Ville veut lui enlever. Ces racks lui amènent de nombreux clients dont il ne peut se passer pour la survie de sa boulangerie. Olivier Chateau a répondu être « en contact régulier avec cette boulangerie » à ce sujet.

Damien Hussenot, gérant de la boulangerie Jean. ©Laure Gentil / actu Nantes
Florence Bertrand, elle en est sûre, ce projet va marquer une « dégradation de [leur] qualité de vie, une dépréciation de la valeur de [leurs] biens et une perte de chiffre d’affaires pour les commerçants ». La place de « village » va devenir une place « de transit », où personne ne s’arrête.
Un dialogue de sourds ?
« Abandonnés », « sacrifiés »… Florence Bertrand ne manque pas d’adjectifs pour décrire le ressenti des habitants de l’immeuble qu’elle représente. Elle critique ouvertement un « manque d’écoute » de la part de la Ville et de la Samoa. La riveraine indique être venue à chaque réunion de présentation. « Personne n’a eu le droit de parler », s’agace-t-elle. Dès la présentation du projet « consultatif », cette Nantaise a eu l’impression qu’il était déjà « définitif ». Pire, elle a eu l’impression que les habitants et les commerçants étaient pris de haut par les représentants de la Samoa et de la Ville : « On nous dénigre. »

Florence Bertrand, habitante de la place Mangin. ©Laure Gentil / actu Nantes
Un avis partagé par Bérangère Broux. Il y a bien eu des réunions, assure-t-elle, mais c’était plus pour « poser des questions » qu’une véritable concertation.
C’est un point de vue que dénonce Olivier Chateau. L’écoute a bien eu lieu, réplique l’adjoint de quartier de l’île de Nantes. La preuve en est qu’ils ont fait « évoluer » les plans en conservant plus de places de stationnement : « On avait entendu l’attente des habitants. »

Les travaux place Mangin et boulevard Victor Hugo doivent se terminer en 2027. ©Laure Gentil / actu Nantes
Mais la situation entre les habitants de la place Mangin et la Ville reste très tendue. Florence Bertrand prend pour exemple de ce « manque d’écoute » la tentative de la mairie « d’exproprier » les habitants d’un terrain privé qui sert de zone de livraison pour la boulangerie voisine Au Pain Gourmand et où se garent certains locaux. La copropriété de l’immeuble a pris un avocat.
Il y a une procédure en cours parce qu’effectivement, il y a un espace qui n’est pas un espace de stationnement mais qui est utilisé par certains riverains comme un stationnement sauvage.
Olivier Chateau
L’expropriation est nécessaire, soutient l’adjoint, « pour pouvoir à la fois préserver les peupliers – puisque c’était la demande des habitants – et avoir une zone qui permet la livraison de la boulangerie. […] La copropriété concernée conteste. Mais je peux pas en dire plus, puisqu’il y a une procédure en cours. »
Affaire à suivre.
Personnalisez votre actualité en ajoutant vos villes et médias en favori avec Mon Actu.