« Il existe deux façons de faire de la chirurgie des tissus mous, soit par coelioscopie en utilisant des trocarts au travers desquels on introduit des instruments droits, soit par chirurgie télérobotique. Technique difficile à apprendre, demandant beaucoup de ressources humaines, et produisant de grosses quantités de déchets », explique Eric Ermenault, directeur commercial de Moon Surgical, start-up française qui conçoit et fabrique le robot Maestro.

Quant à la coelioscopie, « elle est très dépendante de l’assistant opératoire », a-t-il ajouté. Entre ces deux techniques, le robot Maestro permet une coelioscopie robot assistée « qui donne l’avantage de la chirurgie télérobotique à la coelioscopie et rend le chirurgien beaucoup plus autonome ». Destiné à la chirurgie des tissus mous (gynécologie, chirurgie digestive, urologie), le robot vient s’accrocher aux instruments de coelioscopie. « De la chirurgie mini-invasive rapide, normalisée et peu onéreuse », avance-t-il.

CHU de Rouen précurseur

Le CHU de Rouen a décidé de s’équiper de ce robot, qui dispose du marquage CE depuis fin 2023. Alors qu’une vingtaine de ces plateformes ont été déployées dans le monde, Rouen est le premier CHU français à avoir sauté le pas. « Les chirurgiens de l’établissement et l’Agence de l’innovation en santé (AIS) avaient attiré notre attention sur cet outil. Début 2025, nous avons rencontré Moon Surgical qui nous a décrit les spécificités de la technologie et son potentiel », relate Ronan Talec, directeur des achats au CHU de Rouen.

Il faut dire que depuis la crise Covid, les blocs opératoires ont souffert du manque d’infirmiers de bloc opératoire (Ibode), pointe-t-il. De ce fait « nous avons perdu une partie de l’activité chirurgicale standard au profit d’établissements périphériques privés et publics. Les équipes du CHU s’étant recentrées sur la chirurgie complexe, de recours. Avec ce nouvel outil qui rend possible la chirurgie sans assistance, on peut standardiser des procédures, augmenter l’efficacité du bloc, générer de la croissance », ajoute-t-il.

Depuis l’installation de la plateforme chirurgicale début 2026, une vingtaine de procédures ont été réalisées au sein de l’établissement normand. « Pour l’instant, l’équipe de chirurgie digestive est encore en phase d’apprentissage », remarque Ronan Talec.

Technologie Nvidia intégrée

Start-up française fondée en 2016, Moon Surgical a codéveloppé, en partie avec le Pr Brice Gayet, ancien chirurgien de l’Institut mutualiste Montsouris à Paris, cet assistant robotique pour la coelioscopie-laparoscopie. Grâce à l’intelligence artificielle (IA), le robot peut stabiliser l’image de la chirurgie. Il aide à s’affranchir des problèmes de caméra.

D’ailleurs l’entreprise Nvidia qui a repéré la technologie, a décidé d’entrer au capital de Moon Surgical. « Le robot contient leur puce, ce qui nous donne accès aux processus de machine learning. Un algorithme de suivi d’instrument permet en effet une analyse de la vidéo en direct. Ainsi, nous sommes capables de relier la caméra à l’instrument du chirurgien », précise Eric Ermenault.

Modèle locatif avec intéressement

Pour faciliter l’installation de cet équipement et accompagner cette démarche d’innovation, le CHU normand a reçu une aide financière de la Fondation Charles Nicolle, notamment pour la première année du contrat. Et signé, avec le Resah, un contrat locatif intégrant une dimension d’intéressement à la performance ; modèle spécifiquement construit pour l’établissement rouennais.

« Nous prenons le pari d’une augmentation d’activité qui permettra de financer l’équipement . Les recettes additionnelles permettant de compenser le coût de la machine. Le modèle repose sur un forfait global intégrant le coût de l’instrument, sa maintenance et les consommables », précise Ronan Talec.

« Pour ce marché d’une durée de quatre ans, nous avons souhaité introduire une sorte de partage des risques entre nous, industriel, et le CHU, basé sur des métriques de performance. Si le CHU surperforme, il paye moins cher et s’il sous-performe, plus cher. Un des critères étant le volume des chirurgies », détaille Eric Ermenault.

Prudent cependant, le CHU normand s’est offert « une porte de sortie » puisqu’il aura, si les objectifs ne sont pas atteints, la possibilité de mettre un terme au contrat au bout d’un an.

Compact et peu onéreux

« Le coût à la procédure est environ dix fois moins cher que pour une chirurgie avec le robot Da Vinci », indique le directeur commercial de Moon Surgical. Alors que la chirurgie télérobotique prend beaucoup de place au sein du bloc, l’empreinte au sol du robot Maestro, qui pèse 250 kg, se limite à un mètre carré au sol. Nul besoin alors de modifier les infrastructures du bloc opératoire pour l’installer.

Pourtant les frais d’installations demeurent importants puisqu’ils s’élèvent à 160 000 euros. Pour atténuer les charges pour le CHU, le Resah a décidé d’avancer ces frais, en lissant le montant des mensualités sur les quatre années du contrat de location-maintenance.

« Pour l’instant, les chirurgiens sont très satisfaits », renseigne Ronan Talec. Mais « c’est une technologie qui change les pratiques au bloc et nous sommes attentifs à limiter les risques pour le CHU », ajoute le directeur des achats, souhaitant rester prudent.