Un homme atteint de TDAH ressent une forte fatigue mentale liée à son trouble.En France, 2 millions de personnes (enfants et adultes) sont atteintes de TDAH : 5% concernent les enfants et 2,5 % les adultes. © Freepik

Oublis fréquents, difficultés à rester concentré, esprit qui s’échappe au milieu d’une conversation… Le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) concerne environ 5 % de la population. Longtemps considéré comme un trouble de l’enfance, il persiste à l’âge adulte chez une large proportion de personnes.

Pourtant, malgré des décennies de recherche, les mécanismes biologiques précis du TDAH restent encore partiellement mystérieux. Les neurosciences ont déjà identifié plusieurs pistes : des différences dans certains circuits cérébraux impliqués dans l’attention, la motivation ou la gestion des impulsions, ainsi qu’un rôle de neurotransmetteurs comme la dopamine.

Mais une étude récente propose une autre hypothèse pour le moins surprenante. Et si ces difficultés d’attention étaient aussi liées à des épisodes de fatigue cérébrale ? 

Une étude internationale publiée le 16 mars 2026 dans le Journal of Neuroscience suggère que, chez certaines personnes atteintes de Trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité, le cerveau pourrait présenter pendant l’éveil des ondes cérébrales lentes habituellement observées lors du sommeil profond. Des intrusions d’activité « de sommeil » qui pourraient contribuer aux fluctuations d’attention caractéristiques du trouble.

Et si le TDAH était aussi une question de fatigue cérébrale ? TDAH : quand le cerveau « décroche » quelques secondes

Cette hypothèse repose sur un phénomène appelé « sommeil local ». Même lorsque nous sommes éveillés, certaines régions de notre cerveau peuvent brièvement entrer dans un état proche du sommeil.

Ces micro-épisodes se traduisent par l’apparition d’ondes cérébrales lentes, une activité électrique caractéristique du sommeil profond. Concrètement, pendant quelques instants, des groupes de neurones ralentissent leur fonctionnement.

Il peut survenir chez tout le monde, par exemple après une nuit trop courte ou lors d’un effort mental prolongé. Mais selon les travaux récents, ces intrusions d’activité cérébrale liée au sommeil pourraient apparaître plus souvent chez les personnes atteintes de TDAH, ce qui contribuerait à ces moments où l’attention semble soudain décrocher.

Une étude pour regarder le cerveau… en pleine concentration

Pour tester cette hypothèse, des chercheurs de l’Inserm, de l’Institut du Cerveau (Inserm/CNRS/Sorbonne Université) et de l’Université Monash, en Australie, ont observé de près l’activité cérébrale d’adultes atteints de TDAH. Leurs travaux ont été publiés le 16 mars 2024 dans le Journal of Neuroscience.

L’équipe a comparé le fonctionnement du cerveau de 32 adultes atteints de TDAH, tous sous traitement médicamenteux, avec celui de 31 adultes neurotypiques. Les participants devaient réaliser une tâche demandant une attention particulière, pendant que leur activité cérébrale était enregistrée.

Chez les personnes atteintes de TDAH, les chercheurs ont observé davantage d’ondes cérébrales lentes, habituellement associées au sommeil profond. Certaines zones de leur cerveau semblaient basculer brièvement dans un état proche du sommeil, alors même que les participants étaient bien éveillés et en train de se concentrer.

Des ondes lentes associées aux erreurs d’inattention

Les chercheurs ont également examiné le lien entre ces ondes cérébrales et les performances des participants. 

Selon Thomas Andrillon, chercheur Inserm au sein de la DreamTeam à l’Institut du Cerveau et dernier auteur de l’étude, plus la densité d’ondes lentes augmentait, plus les participants :

  • commettaient des erreurs d’inattention,
  • présentaient des temps de réaction plus lents,
  • ou des réponses plus variables.

Ces intrusions de sommeil local étaient aussi associées à deux phénomènes bien connus chez les personnes atteintes de TDAH :

  • le vagabondage mental (mind wandering), lorsque l’esprit part ailleurs ;
  • le blanc mental (mind blanking), ces moments où la pensée semble se suspendre.

Les participants concernés rapportaient également un niveau de fatigue plus élevé à mesure que ces ondes lentes apparaissaient au cours de la tâche.

Une fatigue mentale comparable à une fatigue physique

Pour comprendre ce mécanisme, les chercheurs utilisent une analogie simple : après une longue course à pied, les muscles fatiguent et imposent une pause. Le cerveau fonctionne de façon similaire. Après une longue période d’éveil ou une mauvaise nuit, il peut produire de petites pauses de récupération.

Ces pauses prennent la forme d’ondes lentes, qui correspondent à des moments d’inactivité neuronale temporaire.

Chez les personnes sans TDAH, ces épisodes restent rares pendant l’éveil. Mais chez celles atteintes du trouble, ils semblent plus fréquents, ce qui pourrait perturber la stabilité de l’attention.

Le TDAH, un trouble de la vigilance ?

Le TDAH pourrait donc être, au moins en partie, un trouble de la régulation de l’éveil et de la vigilance.

Autrement dit, le problème ne serait pas seulement une difficulté à se concentrer, mais aussi une difficulté à maintenir un niveau d’éveil cérébral stable dans la durée.

Cette hypothèse rejoint d’autres observations scientifiques. Les personnes atteintes de TDAH présentent en effet plus souvent :

Des travaux antérieurs avaient déjà suggéré un lien entre sommeil et TDAH, mais les mécanismes restaient mal identifiés. L’observation directe d’ondes lentes pendant l’éveil apporte donc un élément biologique concret.

Vers un biomarqueur du TDAH ?

Ces ondes cérébrales pourraient aussi ouvrir une perspective intéressante pour la recherche, celle d’un biomarqueur du TDAH. En médecine, un biomarqueur correspond à un signal biologique mesurable qui permet d’identifier ou de suivre une maladie, par exemple dans le sang, l’imagerie médicale ou l’activité cérébrale.

Aujourd’hui, le diagnostic du TDAH repose surtout sur l’observation des symptômes et sur des évaluations cliniques réalisées par des professionnels de santé. Il n’existe donc pas encore de test biologique permettant de confirmer directement ce trouble.

Si ces intrusions d’ondes lentes se confirment, elles pourraient représenter une signature cérébrale du TDAH, susceptible d’aider les chercheurs à mieux comprendre le trouble et, peut-être un jour, à affiner le diagnostic.

Les auteurs de l’étude restent toutefois prudents. Ces résultats doivent encore être confirmés par d’autres recherches et sur des groupes de participants plus larges afin de vérifier si ce phénomène constitue réellement un indicateur fiable du TDAH.

De nouvelles pistes thérapeutiques autour du sommeil

Cette découverte pourrait aussi ouvrir de nouvelles pistes pour améliorer la prise en charge du TDAH. Si les épisodes de « sommeil local » contribuent aux difficultés d’attention, la qualité du sommeil nocturne pourrait donc jouer un rôle clé.

Un sommeil plus réparateur pourrait ainsi aider le cerveau à rester plus stable et plus vigilant pendant la journée, en limitant l’apparition d’ondes cérébrales typiques du sommeil durant l’éveil.

Certaines recherches explorent déjà cette voie. Chez des personnes neurotypiques, des études ont montré que la stimulation auditive pendant le sommeil peut renforcer les ondes lentes du sommeil profond et améliorer la récupération cérébrale.

La prochaine étape sera de déterminer si cette approche pourrait aussi réduire les intrusions de sommeil local chez les personnes atteintes de TDAH, ouvrant ainsi la voie à de nouvelles stratégies thérapeutiques.

À SAVOIR 

Le TDAH est souvent repéré à l’école, car c’est là que les difficultés d’attention deviennent les plus visibles. Les enfants concernés peuvent comprendre les consignes, mais avoir du mal à maintenir leur attention dans la durée.

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