Au large des côtes arctiques, la baleine boréale vit presque
deux siècles, bien plus que n’importe quel autre mammifère. Quand
l’être humain tourne autour de 73 ans
d’espérance de vie et que
Jeanne Calment a atteint 122 ans, ce géant marin paraît presque
immortel.
Pour les chercheurs, percer ce mystère revient à comprendre
comment ralentir le vieillissement lui-même. Une équipe de
l’Université de Rochester révèle, dans une étude publiée le 29
octobre 2025 dans Nature, qu’une protéine appelée
CIRBP pourrait être l’un des secrets de cette
incroyable longévité.
Baleine boréale : une longévité record grâce à la protéine
CIRBP
Nichée dans les glaces, la baleine boréale
(Balaena mysticetus) peut dépasser les 200 ans, selon les
estimations tirées de ses tissus. « Tout le monde sait que la
baleine boréale a une longévité exceptionnelle, mais personne n’en
connaissait la raison », explique Zhiyong Mao, biologiste à
l’Université Tongji de Shanghai, dans la revue Nature. « Cela
nous indique que cibler la réparation de l’ADN pour améliorer la
stabilité du génome est une stratégie très efficace pour conférer
cette longévité extrême », ajoute-t-il.
Pourtant, avec sa masse qui dépasse parfois 80 000 kilos et ses
milliards de cellules, elle devrait, sur le papier, être beaucoup
plus touchée par le cancer. Ce décalage, appelé paradoxe de Peto, a
poussé les équipes à fouiller son génome à la recherche de
puissants boucliers anti-mutations.
Une réparation de l’ADN boostée par le froid
Notre ADN est sans cesse agressé par les UV, les toxiques, les
virus ou de simples erreurs de copie. Quand la double hélice casse,
les réparations sont parfois approximatives et laissent des
cicatrices qui s’accumulent avec l’âge. Chez la baleine boréale,
cette étape semble beaucoup plus fiable.
Les chercheurs ont identifié CIRBP, produite jusqu’à 100 fois
plus que chez l’homme dans les cellules de baleine. « Cette
stratégie, qui n’élimine pas les cellules endommagées mais les
répare fidèlement, pourrait contribuer à la longévité
exceptionnelle et à la faible incidence du cancer chez la baleine
boréale », ont déclaré les chercheurs dans leur étude publiée dans
Nature. Obtenir des tissus a nécessité une collaboration
avec les chasseurs Iñupiat : « Les services de messagerie ne
desservent pas cette région. Il n’y a pas de routes », explique Vera
Gorbunova, biologiste du vieillissement à l’Université de
Rochester, citée par Nature.
Vivre plus vieux grâce à CIRBP :
promesse ou mirage ?
En culture, leurs cellules accumulent moins de mutations que les
nôtres. « Nous avons constaté que les cellules de baleine sont moins
susceptibles d’accumuler des mutations oncogènes dès le départ »,
indique Gorbunova. La CIRBP, introduite dans des cellules humaines
et de mouche, améliore la réparation de l’ADN ; des souris
produisant plus de CIRBP sont testées.
Pour Andrei Seluanov, « ce que nous ignorons encore, c’est le
niveau d’exposition au froid nécessaire pour déclencher cette
réaction chez l’humain ». Gabriel Balmus prévient que « Transposer
cela à l’être humain sera loin d’être simple et nécessitera de
trouver un équilibre entre la résilience et les limites naturelles
de renouvellement de l’organisme », a-t-il déclaré dans des propos
rapportés par The Guardian.
Sources