Il y a l’apport inconnu d’une probable légère diminution de l’abstention. Il y a ce que donnera le maintien d’une liste LFI menée par valentine Mercier face à l’Union de gauche menée par Régis Juanico, nette leader du 1er tour mais face à une Droite / Centre Droit alors divisée en quatre. Faute d’accord entre les deux forces de gauche, qu’il s’agisse de désistement, de fusion dite « technique » ou même programmatique. Les deux se renvoient la balle de cette désunion.

Elections panneauIl y aura un quadrangulaire dimanche au 2e tour des Municipales à Saint-Etienne : Union de gauche, LFI, Union de droite et du centre et RN.

Ballottage favorable n’est pas victoire assurée. Y compris dans le contexte stéphanois malgré tout très loin de celui de Lyon ou Marseille quant à l’équilibre des forces issues des urnes. Le score de la liste d’union de gauche – Rassembler Saint-Etienne (PS, EELV, PC, Place Publique, Radicaux de gauche…) – menée par Régis Juanico a été à la hauteur du pronostic lui prêtant le rôle de favorite : 29,16 % des voix exprimées, soit 12 624 bulletins. Sur sa « gauche », la Liste Saint-Etienne Insoumise de Valentine Mercier a réalisé 13,29 %, soit 5 755 voix. Pas un tsunami – avec 3,29 % au-dessus de ligne de flottaison pour la qualification – mais une montée en puissance indéniable : plus de 4 fois le pourcentage de 2020.

En termes de pourcentages, Rassembler Saint-Etienne fait d’ailleurs 4,5 points de moins qu’en 2020 en additionnant listes alors distinctes PS/PC et écologiste. C’était cependant dans le contexte sanitaire ayant grippé la participation : en valeur absolue, l’union de gauche a ainsi progressé de 3 300 votants en comparant le 1er tour de dimanche à celui de 2020, LFI de 4 900… Dans les deux cas, se pose la question de leurs « réserves » de voix. Il faudrait, déjà, une réduction de l’abstention leur étant favorable pour les augmenter. La participation n’a pas atteint les 50 % (49,52 %) dimanche (32 % en 2020 ; 28 au 2e tour…). En 2008, c’était 54,42 %, en 2014 50,72 % : il y a 18 et 12 ans, le pourcentage avait respectivement progressé de 3,8 % et de 4,5 %.

Que feront les votants de Siham Labich ?

En 2014, davantage comparable – en gardant à l’esprit toutes les limites liées aux évolutions sociétales et contextuelles -, selon notre analyse, cela avait davantage profité à la Droite et du Centre réunis sous la seule bannière de Gaël Perdriau au 2e tour. Environ trois plus que pour la gauche en mettant à part, pour chaque camp, la logique du report de voix respectif des non qualifiés politiquement proches des qualifiés. Ainsi que l’érosion de 2 600 voix du candidat FN entre deux tours – et profitable à la Droite, a priori – dont la réédition en 2026 n’a rien d’évident. Personne n’a à se sentir propriétaire de ses voix certes : la position d’un citoyen qui vote est égale à tout citoyen candidat qui appelle au vote. Mais « consigne », « appel à » ne vaut pas forcément injonction. Et a contrario, certains silences ou absences en disent parfois long…

A ce titre, la clé de la « sécurité » pour l’union de gauche réside peut-être dans la décision 2e tour des votants en faveur de Siham Labich, ayant, analyse tous les camps, réalisé des scores remarquables dans des bureaux stéphanois pas vraiment réputés pour réussir à la Droite. S’estimant hors partis par excellence, étiquetée « Divers » par la préfecture, la candidate, elle nous disait se mettre hors Modem qu’elle a présidé dans la Loire, au moins le temps des élections sans pour autant en démissionner. Quoi qu’il en soit, il n’y a probablement pas pléthore de pourcentages à s’ajouter d’ici dimanche pour l’Union de gauche comme pour LFI. Conformément à la ligne nationale du parti de J.-L. Mélenchon, et après avoirs annoncé avant le 1er tour être prêt à tendre la main à l’Union de gauche si sa liste arrivait en tête côté gauche, Valentine Mercier et son équipe ont proposé une « fusion technique » à l’union menée par Régis Juanico dès dimanche soir lors d’une rencontre dont l’initiative est revendiquée par cette dernière.

Un désistement, « c’était exclu »

Concept apparemment novateur, au moins dans cette ampleur puisqu’évidemment loin d’être limité en mars 2026 au cas stéphanois. Il consiste, si nous saisissons bien, à faire liste commune seulement pour s’assurer de remporter le second tour. Après quoi, les minoritaires de la « fusion technique » – ici LFI, donc – feraient « groupe à part », sans s’associer au projet de l’exécutif, ainsi libres de voter ou non les délibérations proposées par la majorité. Bref opposants ou alliés selon les sujets. Proposition écartée immédiatement par l’Union de gauche à Saint-Etienne même si son matelas d’avance est peut-être plus fin qu’il n’y paraît. Contactée lundi matin Valentine Mercier confirme à If une rencontre dans la nuit non concluante : « Ils nous ont proposé un désistement. C’était exclu pour nous. Puis d’intégrer des éléments de notre programme et là, nous avons dit, ok et pourquoi pas alors fusionner totalement, pas techniquement ? Cela a été « non » encore. Nous avons eu le sentiment de nous faire perde notre temps. »

Aucune avancée sérieuse n’a été possible et la seule perspective qui nous a été proposée a été notre désistement pur et simple. Il est certain que l’équipe de Régis Juanico aura mesuré l’ensemble des risques et probabilités.

Valentine Mercier

Dans la foulée de cet échec, 7 heures avant l’échange avec notre rédaction, un communiqué nocturne désignait le « PS » comme responsable. Pas dans le titre mais dans le texte : « Le PS a immédiatement refusé toute fusion, quelle qu’elle soit. Aucune avancée sérieuse n’a été possible et la seule perspective qui nous a été proposée a été notre désistement pur et simple. Il est certain que l’équipe de Régis Juanico aura mesuré l’ensemble des risques et probabilités avant de prendre cet arbitrage. L’expérience montre en effet que le retrait d’une liste arrivée derrière ne garantit en rien le report de ses voix vers une autre au second tour. L’exemple de Villeneuve Saint-Georges en est une parfaite illustration. (…) S’il choisit de faire l’impasse sur une fusion avec nous, et donc sur le report possible des voix de nos électeur·rices, c’est qu’il estime être en position suffisamment solide pour remporter le second tour seul. Face à cette situation et fidèles à nos engagements ainsi qu’à notre programme, nous avons donc décidé de nous maintenir au second tour. » 

« LFI cherche à tordre la vérité »

Et d’appeler à la mobilisation des abstentionnistes du 1er tour, en particulier des « jeunes des quartiers », à son profit pour le 2e. Contactée par If parallèlement lundi aussi, Isabelle Dumestre, n°8 de Rassembler Saint-Etienne menée par Régis Juanico chargée de mener les négociations au nom de la liste fait part d’une version différente des échanges : « Déjà cette position n’est pas celle du PS mais de l’Union de gauche et de toutes ses composantes (dont une représentation de Debout de l’ex Insoumis François Ruffin qui peut être considérée comme celle « la plus à gauche », Ndlr). Si moi-même je suis « PS », j’étais accompagnée de 6 autres personnes à cette discussion dont pas une d’elles n’est socialiste : le PS n’impose aucun « Diktat ». Le fait de ne pas fusionner techniquement ou « tout court » avec LFI, c’est une décision bien sûr collégiale, prise avant le 1er tour avec l’ensemble des membres de la liste et reconfirmée tous ensemble dans la foulée du 1er tour. C’est ce « mandat » là que nous devions respecter. Nous l’avons fait. » Selon Isabelle Dumestre, « LFI cherche à tordre la vérité » et ainsi « à nous faire passer pour les méchants de l’histoire… C’est une habitude : on a bien compris ce qu’ils souhaitent diffuser. »

Nous avons effectivement proposé à LFI un désistement, seulement un désistement mais « en échange de l’intégration » dans notre programme d’éléments programmatiques qui n’appartenaient à l’origine qu’à eux.

Isabelle Dumestre

Face aux demandes de sympathisants LFI ou autre de tout faire pour une fusion (les élus PC sortants stéphanois par exemple le réclamant aux deux), elle ajoute : « A chaque fois, dans le même situation, le PS s’est désisté comme la tradition
républicaine l’exige, pour faire barrage à l’extrême droite. Pourquoi LFI ne le fait pas de même au lieu de reporter la responsabilité ? Nous savons très bien qu’avec une fusion technique, le mandat aurait été conflictuel avec eux et il est impossible d’écarter des membres de notre équipe qui ont tant travaillé pour un projet, un projet de gauche, après s’être faits traités de « faux » systématiquement et alimenter la défiance contre nous. La confiance est impossible. Nous avons effectivement proposé à LFI un désistement, seulement un désistement mais « en échange de l’intégration » dans notre programme d’éléments programmatiques à eux. Nous étions prêts à cet effort par respect vis-à-vis de leurs propres électeurs : fin du jumelage en Israël, instauration du RIC et réquisition de logements vacants. Leur réponse a été : « Ok, alors fusionnons vraiment contre 18 conseillers, 5 places d’adjoints et une vice-présidence à la Métropole ! Encore une fois, ce n’est pas ce que nous étions chargés collectivement chargés de proposer. Ils ont donc claqué la porte. »

Cette fin d’après-midi, Rassembler Saint-Etienne diffusait un nouveau communiqué annonçant qu’une ultime rencontre avait finalement eu lieu avec LFI à quelques heures de la limite de dépôt des listes du 2e tour. La liste aurait proposé « une troisième voie » : « Un accord sans fusion et avec des espaces d’intervention dans la future gestion municipale sur les questions de logement, de relations internationales, de démocratie locale, de lutte contre les discriminations : autant de sujets qu’ils avaient identifiés comme des points significatifs de leur projet. Dès lors, la délégation de Valentine Mercier a refusé nos propositions, préférant imposer leurs conditions de fusion qui auraient inversé les équilibres politiques de notre liste en leur faveur au sein du futur conseil municipal. »

A gauche, le Rubicon est franchi. Et alea jacta est.