Par
Clément Mazella
Publié le
17 mars 2026 à 17h34
« L’Angleterre a de quoi se sentir lésée ». Owen Doyle est formel. L’ancien arbitre international et ex-patron des arbitres irlandais pointe du doigt deux décisions prises à des moments cruciaux lors du dernier match du Tournoi des 6 Nations 2026, et qui se sont avérées favorables au XV de France (48-46). Deux situations où le TMO est notamment mis en cause. Mathieu Raynal, responsable de la cellule de haute performance de l’arbitrage à la FFR, a accepté d’y revenir dessus auprès d’Actu Rugby.
L’essai de pénalité du XV de France
La première action « polémique », c’est l’essai de pénalité accordé au XV de France juste avant la pause, après un ballon porté effondré par le pilier Ellis Genge. « Si on prend en compte la faute pure, la décision prise par Nika Amashukeli est correcte », écrit dans un premier temps dans sa chronique pour The Irish Times Owen Doyle.
« Mais si on analyse l’action entière, on voit un joueur français (Gros, NDLR) protéger le preneur de balle français (Flament, NDLR) alors que le maul commence à progresser. Pour moi, c’est la première faute de l’action. Une pénalité pour obstruction était justifiée pour l’Angleterre », poursuit-il. En regardant les images, Jean-Baptiste Gros, qui est lifteur sur l’action, semblerait en effet se mettre devant Flament.
Et Doyle pointe du doigt le rôle de l’Australien Brett Cronan, en charge de la vidéo. « Ce n’était pas facile à voir en direct, mais avec une vue d’ensemble, c’était visible. Brett Cronan n’a pas semblé donner de consignes concrètes et claires (à Nika Amashukeli, NDLR).
Mathieu Raynal nous indique : « Sur le maul, la décision de donner essai de pénalité est parfaitement légitime. C’est du jeu déloyal, et tu as tendance à vouloir le vérifier à la vidéo. Ce qui a été fait. Donc, tu repars du début de l’action, c’est-à-dire la conception du maul. Et c’est le seul point qui peut être discutable ».
L’ancien arbitre poursuit : « Pour avoir échangé avec le staff de World Rugby, qui a envoyé son feedback aux staffs de la France et de l’Angleterre, il dit que le bras de Maro Itoje est suffisant pour considérer qu’il y a un accès au porteur de balle. C’est l’avis de World Rugby. Nous, en France, sur ce ballon porté là, par soucis d’équité attaque/défense, c’est-à-dire que l’on considère qu’il y a accès au porteur de balle, il faut que le défenseur ait le loisir de plaquer le sauteur à la retombée du saut, de s’en saisir, ou d’avoir une action sur lui comme il le souhaite ».
« Dans les discussions que nous avons menées avec les entraîneurs de Top 14 et de Pro D2, et les positions que nous avons prises pour clarifier ces situations-là, et pour amener de la lisibilité au grand public, nous estimons que les lifteurs français ne font pas assez. Jean-Baptiste Gros, qui est dos à la ligne d’en-but, représente une image suffisamment claire pour le pénaliser. C’est ce que nous avons défini en Top 14 et Pro D2. Et c’est comme ça qu’on souhaite l’arbitrer. Nous avons donc un léger différent d’appréciation, mais ça ne veut pas dire que nous détenons la vérité. Nous, nous avons trouvé un consensus en Top 14 et Pro D2 pour dire que le lifteur doit faire mieux pour offrir une image claire. Ils ne doivent pas passer devant le sauteur. Une situation comme ça, on aura tendance à la pénaliser en championnat français. L’arbitre vidéo de France-Angleterre parle d’un accès au porteur de balle, et qu’il y est. Si on voit les images à la vidéo en France, nos arbitres, ainsi que les entraîneurs de Top 14 et Pro D2, seront favorables à une pénalité sur la construction du maul ».
Mathieu Raynal
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Geste de François Cros : en-avant ou pas ?
La seconde situation qui fait causer a lieu à la 65e minute. François Cros a-t-il commis un en-avant volontaire au sortir d’une mêlée pour l’Angleterre qui a tourné au niveau des 45m tricolores ? Immédiatement, l’arbitre principal a tendu le bras (64’22) et signifié « penalty advantage for a deliberate knock-on » (« avantage pénalité pour en-avant volontaire », NDLR).
Mais à la 64’43, Nika Amashukeli annonçait au n°9 anglais : « OK, not a deliberate knock-on, advantage is over), après intervention dans son oreillette du TMO. À la 65’03, Louis Bielle-Biarrey claquait son 4e essai, et permettait à la France de repasser devant 45-39. Très vite, Maro Itoje, capitaine du XV de la Rose, a demandé des explications à l’officiel géorgien. « Il faut m’expliquer en quoi cela s’inscrit dans le protocole de TMO », peste Owen Doyle.
« Il n’y a pas d’interdiction, mais ce n’est pas dans les procédures que le TMO intervienne sur quelque chose comme ça. C’est trop complexe pour affirmer avec certitude que la décision terrain n’est pas la bonne », rejoint Mathieu Raynal.
Auprès d’Actu Rugby, le responsable de la cellule de haute performance de l’arbitrage à la FFR poursuit : « Par contre, comme l’a souligné World Rugby, ce n’est pas un en-avant volontaire. C’est le ballon qui est projeté sur le bras de Cros, pas le bras de Cros qui va vers le ballon et empêche la transmission de balle. Après, Nika a tendu le bras pour ça, mais il a dû aussi avoir le sentiment que la mêlée qui tourne très vite du côté français peut être aussi pénalisée. Le contexte a fait qu’entre le geste de Cros et la mêlée, Nika accorde une pénalité. Dans un cas comme ça, le TMO ne doit pas entrer en jeu. Il doit laisser l’arbitre terrain faire. World Rugby est d’avis là-dessus. Il estime que la mêlée est pénalisable et que le TMO n’aurait pas dû intervenir. Je suis d’accord avec ce qu’ils ont dit ».
Amashukeli aurait-il dû faire appel à la vidéo après avoir accordé l’essai, et comme demandé par Itoje ? « C’est très compliqué à partir du moment où ton équipe a nettoyé la séquence. Tu fais confiance aux gens avec lesquels tu travailles », souligne Raynal.

L’action de François Cros (©France 2)Nika Amashukeli : « un arbitre de classe mondiale »
Ces deux situations ne sont pas là pour pointer du doigt Nika Amashukeli. « Hormis ces deux incidents inhabituels, l’arbitre a été bon, dans un match d’une difficulté et d’une intensité extrêmes. Très peu d’officiels auraient pu gérer la situation aussi bien », écrit Owen Doyle.
Mathieu Raynal confirme : « Nika est un arbitre de classe mondiale. Et c’est important que ce soit dit. Par expérience, quand tu arbitres des matchs comme ça, de ce niveau d’intensité là, avec des scores serrés et ces scénarios-là, tu ne peux pas sortir d’un match comme ça quelle que soit ta qualité d’arbitre sans qu’il y ait des points à discuter. C’est logique, et ça n’enlève en rien la qualité de Nika et de son équipe. Il faut aussi que tout le monde l’accepte. Un arbitre ne peut pas faire 100%, il y aura toujours des points à discuter ».
Et le Français de conclure : « On met le microscope sur deux actions, dont celle de Cros, où les arbitres ont une fraction de seconde pour décider. En étant dans le fauteuil, et après s’être repassé 80 fois le ralenti, on a cette capacité et cette facilité à donner la réponse qui aurait été la plus appropriée. Il se trouve qu’en live, ils ont décidé, et c’est ce qu’on leur demande, avec leurs convictions et leurs analyses. Ça ne veut pas dire qu’ils ne prennent pas des discussions discutables. Cela fait partie du rugby ».
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