La retentissante démission mardi d’un haut responsable de la lutte contre le terrorisme, qui a affirmé que la République islamique « ne représentait aucune menace imminente » pour les États-Unis, ne fait qu’ajouter aux ennuis du président américain. Donald Trump le répète à profusion : l’Iran a été « décimé » par les frappes américaines et israéliennes et il pourrait déjà crier victoire. Sauf que le dirigeant républicain ne le fait pas.

Et pour cause : il faut être deux pour arrêter une guerre, à moins d’une capitulation de la partie adverse. Et l’Iran, certes militairement et politiquement très affaibli, ne semble pas prêt à le faire. Le président américain se félicite d’avoir détruit sa marine, ses missiles balistiques et une grande partie de son leadership, mais l’Iran conserve une capacité de riposte résiduelle et calibrée, qui selon la presse américaine a été mal anticipée. Et c’est peut-être là que le bât blesse pour Donald Trump.

« Nous avons été stupéfaits »

Alors que la guerre est entrée dans sa troisième semaine et s’est étendue à tout le Moyen-Orient – du Liban au Golfe en passant par l’Irak -, faisant flamber le pétrole, le président américain paie le fait de s’être lancé aux côtés d’Israël sans mandat et sans consultations ni du Congrès ni de ses alliés. Comme en témoigne le refus poli que les Européens notamment ont réservé à la demande de Trump de lui venir en aide dans le détroit d’Ormuz, de facto bloqué par l’Iran. Il a finalement fait volte-face mardi disant ne plus en avoir besoin.

Rare aveu pour le président américain de 79 ans, il a admis lundi avoir été surpris par les représailles iraniennes ayant visé des pays du Golfe, de l’Arabie saoudite au Qatar. « Ils (l’Iran) n’étaient pas censés s’en prendre à tous ces autres pays du Moyen-Orient », a-t-il déclaré. « Personne ne s’y attendait. Nous avons été stupéfaits ».

Une reprise du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz qui se fait attendre

Pour Richard Haass, du Council on Foreign Relations (CFR), « bien que les États-Unis aient déclenché la guerre de leur propre chef, il faudra à la fois Israël et l’Iran pour l’arrêter ». Et « plus cette guerre se prolongera, plus ses coûts prendront le pas sur ses avantages », ajoute-t-il dans sa newsletter vendredi dernier.

Pour les États-Unis, outre l’affaiblissement durable de l’Iran, la victoire passe par la reprise du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, dont le blocage affecte l’approvisionnement mondial en pétrole, et la fin des attaques de Téhéran contre ses voisins. Mais nombre d’observateurs estiment que cela ne sera pas possible par la seule force militaire.

La diplomatie au point mort

La voie diplomatique reste une option, même si elle paraît étroite et dépendra en partie de la bonne volonté des Iraniens. Reste à savoir avec qui parler. Les États-Unis « discutent » avec les Iraniens, a dit le dirigeant républicain. Mais dans le même temps, il reconnaît ne pas savoir avec qui. « Il n’y a pour l’instant aucune solution idéale, seulement des options moins mauvaises », relève Sina Toossi, du Centre pour la politique internationale (CIP).

« La voie la plus réaliste consiste en une désescalade négociée qui permette à toutes les parties de sauver la face », les États-Unis pouvant affirmer avoir affaibli les capacités de l’Iran, tandis que l’Iran pourra se targuer d’avoir résisté à la pression et démontré sa capacité à riposter. Mais, dit-il, « la stabilité dans le Golfe passe en fin de compte par un certain degré de compromis avec l’Iran », plutôt que par provoquer son effondrement militaire et économique.

Frustration des alliés

« Confrontés aujourd’hui à leur scénario catastrophe, les gouvernements du Golfe devront trouver une voie à suivre qui tienne compte de la présence durable de l’Iran dans la région », renchérit Mona Yacoubian, du Center for Strategic and International Studies (CSIS). Les alliés des États-Unis affichent pour leur part une certaine frustration.

Ainsi, du gouvernement allemand qui attend qu’Israël et les États-Unis disent « à quel moment les objectifs militaires en Iran auront été atteints », si tant est que les deux pays aient les mêmes. « On pourra ensuite engager des pourparlers en vue d’une solution diplomatique », soulignait lundi un porte-parole du ministère des Affaires étrangères.