« L’architecture ne perd pas de pouvoir, elle change »

Quand Jean-Didier Steenackers fonde Sunsoak Design, il entend répondre à ce défi très contemporain : si les énergies renouvelables – le photovoltaïque en particulier – doivent se déployer massivement pour atteindre les objectifs climatiques des prochaines décennies, elles devront apprendre à dialoguer avec l’architecture et le paysage. « Très vite dans mon parcours, je me suis intéressé aux questions de l’impact de ces solutions sur notre environnement. »

Photovoltaïque, compteur inversé, batteries : quel système allège vraiment la facture d’énergie ?

Un intérêt pour la nature et surtout la préservation de celle-ci qui lui vient de son enfance passée, aux côtés de ses parents expatriés, entre Abou Dabi aux Émirats arabes unis, et Kigali au Rwanda. Cette même enfance qui fera naître sa vocation d’architecte.

Architecture et ingénierie

« Je pense que je suis tombé amoureux de ce métier quand mes parents ont fait construire. » Il a alors 11 ans, et passe des heures sur le chantier, à observer les plans, à discuter avec l’architecte… Avec lui, il découvre qu’un bâtiment se conçoit autant qu’il se construit.

Et si son parcours s’oriente d’abord vers l’ingénierie, c’est finalement à l’architecture, son premier amour, qu’il revient, en se formant à l’Institut Saint-Luc à Bruxelles. Son diplôme en poche, il part pour l’Afrique du Sud. « J’ai travaillé pour le bureau Grosskopff Lombart Huyberechts, à Johannesburg. » Il n’y restera qu’un an.

De retour en Belgique, il cofonde un premier bureau à Charleroi, avec son meilleur ami Daniel Goffart avant de rejoindre, un an plus tard, une équipe en énergie au sein du groupe Altran, entreprise française de conseil en ingénierie. C’est l’époque de Solar Impulse. « On était tous très fans de Bertrand Piccard, du tour du monde qu’il s’apprêtait à faire. Et on avait la chance d’être aux avant-postes puisqu’Altran était partie prenante du projet. On est vraiment une génération entière à avoir pris cette déferlante énergétique design en pleine face. »

Une vague qui l’entraîne vers le design solaire, en 2010. D’abord à Paris, chez EcoTemis, puis en Belgique aux côtés du verviétois Issol, pionnier européen du photovoltaïque intégré aux bâtiments. Ce qu’on lui demande d’amener ? De l’esthétique – lui, seul architecte au milieu des techniciens – à des projets qui le sont si peu. On est en 2011. « On a commencé en France. Mais c’était très épars, on était encore dans l’expérimentation… Jusqu’à ce qu’un courant favorable nous entraîne vers de grands projets emblématiques à Paris. » Le tribunal de grande instance de Paris avec Renzo Piano, les tours DUO de Jean Nouvel ou encore La Seine Musicale avec l’architecte japonais Shigeru Ban…

« L’architecture n’est pas un art mais un métier de service »Une phrase et un déclic

Au contact de ces agences internationales, de Renzo Piano particulièrement, germe l’idée de Sunsoak Design. Lors d’une réunion autour du tribunal de Paris, on lui lance : « On sent que tu n’es pas ingénieur, que t’es vraiment architecte. C’est ce qui nous manque. »

La phrase ne quitte pas Jean-Didier Steenackers. « C’est un problème constant dans ce métier, les ingénieurs vont toujours tout ramener à la technique. Le cahier des charges pour le solaire se trouve dans le chapitre ‘électricité’… Alors que l’électricité, très honnêtement, c’est 10% du problème. Le vrai sujet, c’est l’esthétique, le détail d’architecture : comment faire tenir ce verre ? Par où passer ? »

Dans le Thalys qui le ramène de Paris vers Bruxelles, un déclic. Il est temps de revenir, encore, à l’architecture. Par le biais, cette fois, d’une structure capable de faire dialoguer deux univers qui se côtoient sans vraiment se comprendre : l’industrie qui fabrique les technologies et les architectes qui dessinent les bâtiments. « L’industrie ne parle pas le langage des architectes. Il faut leur apprendre. »

L’agence fonctionne comme un trait d’union entre design, ingénierie et architecture.

Sunsoak Design naît en 2015. L’agence développe ce que son fondateur appelle des « machines solaires » – un terme emprunté à Renzo Piano -, des structures énergétiques conçues comme de véritables éléments d’architecture. Et fonctionne comme un trait d’union entre design, ingénierie et architecture : une partie de l’activité consiste à accompagner les industriels qui développent les matériaux solaires de demain, l’autre à travailler avec des architectes et des acteurs du real estate pour intégrer ces technologies dans leurs projets.

Un ancrage belge

Malgré les collaborations internationales, Jean-Didier Steenackers revendique un ancrage belge très fort, notamment du côté des fabricants avec lesquels il travaille. Bruxelles constitue aussi un terrain d’expérimentation privilégié. Sunsoak a notamment participé à Botasolar, près de la place Rogier, et développe aujourd’hui plusieurs projets dans la capitale, notamment pour l’ULB.

La bulle photovoltaïque a quasiment disparu de la facture d’électricité des Wallons

Dans tous ces projets, une constante : derrière la technologie, la démarche reste profondément architecturale. « Le triangle que j’essaie de promouvoir, c’est technique + esthétique + usage. » Une manière, selon lui, d’ouvrir une nouvelle étape dans l’histoire du solaire. Après le panneau posé sur le toit, puis l’intégration discrète dans les façades, vient désormais le temps de l’expression architecturale : celui où la technologie solaire n’est plus simplement dissimulée, mais assumée comme un élément du projet.