Et si les solutions pour vivre sur la planète en l’abîmant le moins possible venaient de la nature elle-même ? C’est la voie proposée par le biomimétisme, terme né de la contraction de “bio”, vivant, et “mimétisme”, imiter. « Il s’agit de comprendre comment fonctionnent les systèmes biologiques au sens très large du terme, de ce qui se passe dans une cellule à un écosystème plus complexe, et d’essayer de s’en inspirer dans d’autres domaines d’usage humain », explique Kalina Raskin, directrice générale du Centre d’études et d’expertises en biomimétisme (Ceebios). « On s’inspire dans le domaine de la santé de la façon dont fonctionnent les molécules fabriquées par les cellules. En architecture, on a déjà des imitations de caractéristiques de voûtes architecturales qu’on peut trouver dans le vivant », énumère-t-elle.
Ingénieure en physique chimie, la jeune femme s’interroge, à l’issue de sa thèse de biologie, sur la façon de donner du sens à son savoir. « J’avais déjà une sensibilité à l’écologie et j’ai souhaité participer activement à la transition écologique. C’est à ce moment-là que j’ai découvert la pensée de Janine Benyus [scientifique américaine qui a popularisé le biomimétisme à travers son ouvrage du même nom, NDLR] et je me suis dit qu’il fallait révéler ce qui se fait en France sur ce sujet, coordonner les acteurs. Je suis allée voir ceux qui y œuvraient pour m’engager. »
Rendre le biomimétisme accessible à tous
Le travail du Ceebios, coopérative à but non lucratif, est de rendre la pratique du biomimétisme la plus abordable possible. Pour cela, il faut rendre visible ce qui est déjà fait en France et à l’étranger, où des résultats tangibles de grande qualité émergent.
Puis il faut comprendre les conditions à réunir et les outils à mettre en place pour que la pratique soit facilitée. Cela passe notamment par l’intégration dans les équipes de conception de biologistes ou de créatifs qui vont incarner la possibilité du biomimétisme.
Côté outils, le Ceebios a lancé Asteria. life , instrument de fouille de la donnée biologique permettant à toute personne qui veut faire du biomimétisme de décrire sa problématique. L’outil, attendu par les spécialistes du monde entier, va parcourir les millions d’articles scientifiques pour extraire des modèles biologiques pertinents qui peuvent être transposés dans le projet.
« Comprendre les conséquences de nos actions »
La dernière mission du Ceebios est de construire l’écosystème support au déploiement de l’approche biomimétique à grande échelle. Car pour que cette approche entre dans les réflexes, il faut la systématiser. « Parmi les projets de recherche que j’ai envie de soutenir très fortement, il y a ceux liés à la création de ressources énergétiques propres, souligne Kalina Raskin. Le vivant a fait le pari de la photosynthèse et je suis extrêmement intéressée par les travaux menés sur la photosynthèse artificielle, pour arriver à reproduire ce processus à partir de l’eau et de l’énergie solaire afin de parvenir à fabriquer de l’hydrogène et ainsi créer des énergies de substitution aux fossiles. »
Lors du forum “Ici on agit !” en juin à Strasbourg, Kalina Raskin plaidera l’urgence de faire revenir la biologie dans le socle des apprentissages. « J’ai la conviction qu’on ne prendra pas les bonnes décisions collectivement s’il manque un pan de connaissances. Notre capacité à nous adapter au changement climatique est entièrement dépendante de la santé des écosystèmes naturels, donc de la biologie. Si on ne comprend pas les conséquences de nos actions, on ne pourra pas prendre les bonnes décisions. »