Coup de gueule dans le vignoble bordelais où l’on exige une revalorisation d’urgence des prix de la distillation de crise à venir et où l’on n’en peut plus d’attendre l’ouverture de la campagne d’arrachage entre craintes de friches devenant des foyers à mildiou et incertitudes sur la capacité à vendanger les parcelles à arracher.

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’ordinaire placide, le vigneron bordelais a le sang qui bouillonne en ce début de saison viticole chahutée par la précocité du débourrement et engluée dans les délais de la mise en œuvre du plan de sortie de crise viticole. D’abord la distillation de crise dotée de 40 millions € de fonds européens pour retirer 1,2 millions d’hectolitres de vin dont les modalités sont à préciser, et à revaloriser d’urgence pour le vignoble (le prix moyen étant de 33 €/hl). Ensuite, le plan d’arrachage définitif à 4 000 €/ha financé nationalement pour 28 000 hectares qui, après de nombreux rebondissements, est désormais suspendu à la validation européenne de la notification française pour un arrachage réalisé au plus tard le 31 décembre 2026 (les délais et intempéries ne permettant pas d’envisager une fin des travaux le 31 juillet), tout en laissant en suspens la gestion de ces parcelles (de la friche à la culture pour en vendanger les raisins).


Dans un communiqué de presse au vitriol, diffusé ce 17 mars et intitulé « crise viticole : l’État doit assumer ses erreurs et ses lenteurs ! », la Fédération Départementale des Syndicats d’Exploitants Agricoles de Gironde (FDSEA 33) met les pieds dans le plat et renverse la table : « les réponses apportées par les pouvoirs publics apparaissent largement insuffisantes et inadaptées à l’urgence de la situation », pour les améliorer « nous demandons : une revalorisation du prix de la distillation de crise pour les AOC, à un niveau significatif supérieur à 60 €/hl ; la possibilité de pouvoir récolter les vignes avant leur arrachage ; la mise en œuvre de moyens financiers destinés à couvrir le coût d’entretien des vignes jusqu’à leur arrachage ».

On aura beau jeu de dire que personne ne distille


« On est très vindicatifs sur la distillation : le prix annoncé à 33 €/hl ne correspond à rien du tout. Même les vins de table sans cépage se vendent 45 €/hl, on ne comprend pas d’où sort ce chiffre » indique à Vitisphere le viticulteur Serge Bergeon, secrétaire général sortant de la FDSEA 33 (un conseil d’administration électif se tenant ce 17 mars). Car « à ce prix-là c’est clair, on aura beau jeu de dire que personne ne distille. Il y a visiblement eu une erreur de l’État dans sa notification à la Commission européenne. C’est à eux de corriger. Car à 33 €/hl on ne distillera pas à Bordeaux, ce prix proposé est indécent : c’est se foutre de la gueule du monde »


Le risque de 8 000 ha en friche


Autre colère qui est forte, l’absence de cadre fixé sur l’arrachage définitif. « L’incertitude est trop forte, on a besoin de textes et de documents pour donner le feu vert à l’arrachage : aujourd’hui personne ne peut tailler à mort, dévitaliser et arracher » s’exclame incrédule Serge Bergeon, alors que les vignes débourrent et que la pression mildiou s’annonce forte. Ce qui pose deux questions. D’une part l’interrogation sur la gestion des vignes destinées à l’arrachage qui ne sont pas taillées : « que va-t-il se passer pour elles ? Dans 1 à 2 mois, ce seront des foyers contaminants pour toutes les parcelles voisines. Nous demandons de pouvoir traiter à minima ces vignes avec la prise en charge de ces coûts » indique Serge Bergeon. D’autre part la question de la production des vignes à arracher qui ont été taillées : « si elles peuvent aller jusqu’à la récolte, il faut le dire clairement. Il y a déjà eu des dépenses pour elles et il y en aura d’ici 15 jours pour les premiers traitements. On veut de la clarté. » D’autant plus que 8 000 ha pourraient partir en friche le temps d’être arrachées indique la FDSEA33.


« Aujourd’hui, on n’a pas les règles du jeu » s’exclame le syndicaliste girondin, soulignant que « tout le monde attend, alors qu’il faut anticiper. Il y a besoin d’arracher de la vigne et de distiller des vins en Gironde si l’on veut sauver des exploitations demain. »