Alors que les tensions au Moyen-Orient
font flamber le baril, les véhicules électriques commencent à peser
lourd dans la demande mondiale de pétrole. Combien de barils
disparaissent déjà chaque jour des radars des producteurs ?

Vous voyez de plus en plus de voitures
électriques
autour de vous, des petites citadines aux gros
SUV branchés. Mais derrière ces silhouettes silencieuses, il se
passe quelque chose de beaucoup plus discret… sur les marchés
pétroliers. À chaque plein d’essence en moins, c’est un peu de
baril de pétrole qui ne sort pas du sol ni des
tankers, et la facture change pour les États comme pour les
automobilistes.

Avec la guerre au Moyen-Orient, un détroit d’Ormuz régulièrement
sous tension et des prix du baril capables de s’envoler en quelques
jours, la question devient concrète : combien de barils sont déjà
économisés, chaque jour, grâce aux véhicules
électriques
? Des think tanks comme
Ember, l’Agence internationale de
l’Énergie
(AIE), ou encore BloombergNEF
se sont penchés sur la question… et les ordres de grandeur donnent
vraiment le vertige.

Des millions de barils de pétrole déjà effacés chaque jour

D’après une étude d’Ember, le parc mondial de
véhicules électriques, en incluant les hybrides rechargeables, a
permis d’éviter une consommation de pétrole de 1,3 million
de barils par jour en 2024
, et déjà 1,7 million de
barils par jour en 2025
. L’AIE évoque de
son côté plus de 1,3 million de barils par jour économisés en 2024,
tandis que le ZEV Factbook publié dans le cadre du
Clean Energy Ministerial estime ces économies
autour de 1,7 million de barils par jour en 2022, puis 1,8 million
en 2023. Certains scénarios, comme ceux de
BloombergNEF, montent même jusqu’à environ 2,3
millions de barils par jour déplacés en 2025. Autrement dit, on
parle déjà d’une fourchette entre 1,7 et 2,3 % de la demande
mondiale de pétrole (environ 102 millions de barils par jour en
2023), soit de l’ordre de 620 à 840 millions de barils économisés
sur une année.

Une fois qu’on convertit ces volumes en argent, on comprend
pourquoi les économistes surveillent ce mouvement de près. À un
prix de référence de 80 dollars le baril, ces centaines de millions
de barils représentent plusieurs dizaines de milliards de dollars
de pétrole qui ne seront pas achetés, soit environ 74 milliards
d’euros au taux de change actuel pour la borne haute. Et l’enjeu
est encore plus massif si les prix s’envolent. « À chaque hausse de
10 dollars par baril, la facture nette mondiale des importations de
pétrole augmente d »environ 160 milliards de dollars par an »,
explique Ember. Le même think tank estime qu’une électrification
poussée des véhicules pourrait réduire d’un tiers les importations
mondiales d’énergies fossiles, soit une économie potentielle
d’environ 600 milliards de dollars par an, un
chiffre qui parle tout seul.

Chine vs Europe : des économies colossales, mais à des
échelles différentes

Sur la carte mondiale, la Chine fait la course en
tête
. Dans le pays, les voitures électriques représentent
déjà environ 50 % des ventes neuves. Résultat :
pour un baril à 80 dollars, la flotte électrique
actuelle y a permis d’économiser plus de 28 milliards de
dollars d’importations pétrolières
(soit 25 à 26
milliards d’euros
). L’Europe, au sens
large (incluant le Royaume-Uni et la Norvège), affiche quant à elle
environ 8 milliards de dollars d’économies, là
aussi plusieurs milliards d’euros qui ne partent plus dans la
facture carburant.

Dans l’Union européenne au sens strict, les
8 millions de véhicules 100 % électriques déjà en
circulation ont permis d’économiser 2,9 milliards d’euros
d’importations de pétrole en 2025
. Pourtant, les voitures
consomment encore près d’un milliard de barils de pétrole
cette année-là
, pour environ 67 milliards d’euros
de dépenses
. Une goutte d’eau pour l’instant, mais une
goutte qui grossit très vite.

Un impact concret sur le portefeuille des
Européens

Pour l’ONG Transport & Environment (T&E),
ce mouvement ne se voit pas seulement dans les bilans
macroéconomiques
, mais aussi sur le compte
bancaire des conducteurs européens
. L’organisation
rappelle que « si le prix de l’essence se maintient autour des
2 euros par litre, faire le plein coûtera 142 euros par mois en
moyenne, contre 104 euros avant le début de la guerre au
Moyen-Orient ». En face, « même avec la hausse potentielle
des prix de l’électricité liée au coût du gaz, il faudra dépenser
seulement 65 euros de recharge chaque mois pour parcourir la même
distance », soit une économie mensuelle de 77
euros
par rapport à un véhicule thermique. Selon T&E,
le gain pourrait même atteindre 924 euros sur un
an
.

L’ONG ajoute : « Renforcer l’ambition du “paquet automobile”
européen stimulerait l’adoption des véhicules électriques et
réduirait les importations de pétrole de 45 milliards d’euros entre
2026 et 2035 », par rapport à un scénario avec affaiblissement
des objectifs de baisse du CO₂. Un ordre de grandeur qui montre
le potentiel encore devant nous.