Le Centre Pompidou a tiré le rideau pour longtemps. Après avoir
vidé en juin 2025 ses salles d’art moderne, le bâtiment du 4e
arrondissement a fermé entièrement ses portes le 22 septembre 2025
à 21 heures pour une rénovation de cinq ans, avec une réouverture
annoncée autour de 2030. Pour les habitués, l’idée de passer autant
de temps sans Kandinsky, Matisse ou Frida Kahlo peut donner le
vertige.

Les chefs-d’œuvre n’ont pourtant pas disparu dans des réserves
inaccessibles. Sur environ 150 000 œuvres conservées par le Musée
national d’art moderne, près de 2 000 qui étaient exposées en
permanence ont voyagé en France et à l’étranger, dans le cadre d’un
programme hors-les-murs baptisé Constellation. Reste une question
concrète pour les visiteurs : où voir les œuvres du Centre
Pompidou pendant la fermeture
? La réponse dessine une
carte de voyage, de Paris à Shanghai.

Pourquoi le Centre Pompidou ferme pour 5 ans ?

À Paris, une partie de la collection prend la direction du Grand
Palais. Après des expositions consacrées à l’Art brut puis à Henry
Darger, l’institution a poursuivit jusqu’au 4 janvier 2026 une
rétrospective de Niki de Saint-Phalle, Jean Tinguely et Pontus
Hulten, conçue avec le Centre Pompidou. Cette sélection de
sculptures, d’installations et de documents entretient le lien avec
l’esprit de Beaubourg, à quelques stations de métro.

Le Musée d’Art moderne de Paris a accueilli le Prix Marcel
Duchamp 2025, avec des prêts venus de Beaubourg. La Philharmonie de
Paris prépare de son côté une grande exposition sur l’imaginaire de
la musique dans l’œuvre et le quotidien de Vassily Kandinsky, dans
le 19e arrondissement. Pour les Parisiens, ces lieux deviennent les
nouveaux repères de l’art moderne et contemporain pendant le
chantier.

Où vont aller les œuvres du Centre Pompidou ?

En quittant la capitale, le premier arrêt se fait au Tripostal
de Lille, où un « récit renversant » de l’art moderne actuel se
déploie à travers une série de chefs-d’œuvre issus des collections
de Beaubourg. Plus au sud, le Centre Pompidou-Metz consacre une
exposition à Maurizio Cattelan, l’artiste dont la célèbre « banane »
avait été mangée par un visiteur, tandis que l’Hôtel des arts de
Toulon explore le design pour enfants. De quoi transformer un
week-end en escapade autour de la création.

Jusqu’en novembre de cette année, le Musée des impressionnismes
de Giverny présente une série de pièces majeures de l’architecte et
designer Andrea Branzi, certaines issues des collections du Centre
Pompidou, d’autres prêtées par ses archives familiales. Entre
Lille, Metz, Toulon et Giverny, la logique est la même : les
réserves parisiennes s’ouvrent, les œuvres circulent, et le
visiteur peut recomposer sa propre constellation française de l’art
moderne.

De Shanghai à Massy, la collection
change d’échelle

Hors de France, le Centre Pompidou poursuit son partenariat avec
le West Bund Museum de Shanghai, où peintures, installations,
photographies et objets de design forment depuis le mois d’avril un
parcours semi-permanent consacré à l’art du paysage, programmé
jusqu’en octobre 2026. À Amsterdam, le musée H’ART réunit un
ensemble d’œuvres de Constantin Brancusi, dont la célèbre Muse
endormie issue des fonds du Musée national d’Art moderne,
premier chapitre d’un accord en cinq volets entre les deux
institutions.

Une nouvelle étape se prépare en banlieue parisienne. À moins de
30 minutes en RER B du cœur de la capitale, Massy doit accueillir à
l’automne prochain le Centre Pompidou Francilien – fabrique
de l’art
, ensemble de 30 000 mètres carrés dédié à la
création et à la conservation. Plus de 140 000 œuvres venues de
Beaubourg et 10 000 du Musée Picasso y seront rassemblées, dans un
lieu pensé comme un espace de vie, ouvert sur un parc et un lac.
Les œuvres s’éloignent du parvis bétonné historique, mais
continuent d’écrire leur histoire sous d’autres toits.