Sortir du déni ! Je n’ai pas besoin de gérer mes émotions, puisque je n’en ai pas. Un membre du réseau Réagir rapporte ces mots d’un agriculteur à qui il proposait son aide. Le lendemain, après en avoir discuté avec ses proches, il m’a rappelé pour me dire qu’il avait changé d’avis. Difficile parfois d’accepter d’être aidé quand rien ne va plus. L’an dernier, en Bretagne, nous avons reçu 396 signalements d’exploitants en difficulté, recense Stéphanie Ramboasolo, coordinatrice de Réagir, un réseau de conseillers formés pour soutenir et guider les agriculteurs en détresse. C’est une centaine de moins qu’en 2024, où plusieurs exploitations avaient eu du mal à se relever de la tempête Ciarán.
Des aides pour se restructurer ou se reconvertir
Souvent, c’est la personne elle-même qui prend contact. Ou alors un proche, la banque, le centre de gestion ou un conseiller habitué à rendre visite à la ferme. Ensuite, on sollicite la personne pour lui proposer une aide. Le message n’est pas toujours bien reçu. Mais c’est une petite graine que l’on sème.
Une fois le premier pas franchi, le soutien s’enclenche : diagnostic de l’exploitation, lien avec la Mutualité sociale agricole (MSA), audit, recherche de solutions comme le montage d’un dossier d’aide à la restructuration (Area). À ce titre, 156 000 € ont été versés l’an dernier pour dix demandes d’aide. Parfois, il faut se résoudre à changer de métier : 29 aides à la reconversion professionnelle ont été versées pour 96 100 €.
71 exploitations accompagnées en 2025 ont fait l’objet d’une procédure judiciaire (redressement, conciliation, sauvegarde…) et 20 % d’entre elles ont abouti à une cessation d’activité.
266 jeunes signalés en trois ans
Impayés, endettement, problèmes de santé, divorce, conflit entre associés, les causes des difficultés sont diverses et s’entremêlent parfois. Toutes les filières sont concernées, même si 45 % des cas concernent la production laitière, très présente en Bretagne (9 % en porcs, 7 % en volaille de chair).
Dans les trois quarts des cas, l’exploitant est seul aux commandes de sa ferme. Et 19 % des signalements ont concerné des jeunes installés depuis moins de cinq ans. En trois ans, 266 jeunes exploitants ont été signalés au réseau Réagir. D’où l’importance d’aborder, non seulement les questions techniques et financières mais aussi l’aspect humain, sans tabou, au moment du parcours d’installation, souligne Loïc Guines, président de la chambre d’agriculture d’Ille-et-Vilaine.
Contacts : reagir35@bretagne.chambagri.fr (pour l’Ille-et-Vilaine) ; Agri’Ecoute : 09 69 39 29 19 : Solidarité paysans 06 29 73 01 66.