Par
Clément Mazella
Publié le
18 mars 2026 à 17h36
François Cros est le seul survivant. Lors du Tournoi des 6 Nations 2025, le staff du XV de France n’avait aligné qu’une seule 3e ligne : le Toulousain était accompagné de Gregory Alldritt et Paul Boudehent. Un an après, les plans ont changé. Les deux Rochelais ont laissé la place à Anthony Jelonch et Oscar Jegou, pour une 3e ligne moins puissante, mais plus mobile. Quel bilan tirer de ce trio à un an et demi de la Coupe du monde en Australie ? Les anciens internationaux Christian Labit (17 sélections) et Louis Picamoles (82 sélections) livrent auprès d’Actu Rugby leur ressenti. L’un des deux est particulièrement grinçant, l’estimant « trop lisse » et « un ton en dessous » des meilleures du monde.
« Je prends plutôt Willis… » : Cros pas indiscutable ?
Honneur à François Cros. Le plus ancien de ce trio (31 ans ; 44 sélections) est aussi l’avant du XV de France à avoir le plus joué durant ce Tournoi des 6 Nations (330 minutes). « Il est indispensable à cette équipe. C’est le joueur où il y a zéro débat. Il abat un travail tellement phénoménal », affirme, impressionné, Louis Picamoles.
Chez Christian Labit, le ton est différent. « Je ne suis pas sûr qu’il soit indiscutable. Mais ce n’est que mon sentiment. François a un rôle important, mais pas le plus déterminant en équipe de France ».
L’ancien entraîneur de Carcassonne, Narbonne ou Montpellier poursuit : « Je trouve que nos 3e ligne ne font pas assez de différences. Cros ou Jelonch, à Toulouse, vu que leur équipe marque 50 points par week-end, ils devraient être entre 5 et 10 essais par saison. Ce n’est pas le cas. Je vais être honnête : si vous me demandez de choisir entre Willis ou Cros, je prends Willis. Il avance, il gratte, il plaque énormément, et marque… Enlevez-le du pack toulousain : vous verrez qu’il sera plus important que certains mecs autour ».

François Cros est l’avant français qui a le plus joué durant ce Tournoi des 6 Nations 2026. (©Icon Sport)Anthony Jelonch n’est pas un n°8, mais un n°7
Concernant Anthony Jelonch, Labit et Picamoles se rejoignent : c’est plutôt un n°7 qu’un n°8. « Jelonch est plus un 7 rugueux qui marque l’adversaire dans les impacts, aussi bien offensivement que défensivement. Pour moi, ce n’est pas le vrai n°8 comme peut représenter Alldritt à son prime », explique Picamoles.
Labit confirme : « Jelonch, c’est quelqu’un à qui il ne faut pas trop poser de questions sur un terrain : lui dire juste de cabosser les mecs, plaquer, et pas de faire des sautées de 20m. C’est un casseur de briques, pas un perforateur ».
Oscar Jegou, lui, qui a manqué le Crunch en raison de sa suspension, termine meilleur plaqueur des Bleus sur ce Tournoi (72), et domine le classement des plaquages dominants (11) toutes nations confondues. « Toutes les équipes ont un n°8 identifié. Chez nous, non. Et en n°7, vous êtes sûr que Jegou est indiscutable ? », pose Christian Labit.
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Un trio « lisse » où il manque un gratteur dans les rucks
L’ancien international aux 17 sélections tient à être clair : « Je ne dis pas que Jelonch, Cros et Jegou ne sont pas bons, loin de là même. Ce sont de vrais bons joueurs ».
Mais ce trio ne le convainc pas totalement. « On a le sentiment que cette 3e ligne n’arrive pas à se démarquer. On n’arrive pas à lui donner quelque chose de négatif, mais pas de positif non plus. Je la trouve assez lisse. […] On a 3 profils qui se ressemblent : guerriers, valeureux, forts dans l’ombre, mais qui apportent peu en attaque. Quand tu mets Cros et Jegou, tu n’as pas ce gars qui a envie de prendre le ballon pour casser le mur adverse ».
« On peut se poser la question du manque de complémentarité », appuie Picamoles. « Ça ferraille, ça fait du boulot, mais il manque peut-être un n°8 comme Grégory Alldritt en pleine possession de ses moyens qui fait gagner ces quelques mètres importants, qui sait lâcher le ballon dans le bon timing par son expérience et sa qualité ».
Picamoles, toujours : « Nous avons subi la vitesse des Écossais et des Anglais dans les rucks car on ne mettait pas les mains sur le ballon, chose que fait très bien Alldritt. Marchand le fait, mais il a été bien moins présent dans ce secteur. N’est-ce pas une carence pour le niveau international quand on voit comment l’Irlande a tout ralenti contre l’Écosse ? »
Un trio qui colle finalement au jeu mis en place par Fabien Galthié
S’il opterait pour une autre formule, Christian Labit admet au passage que cette 3e ligne a été « bien pensée » par le staff tricolore par rapport à la philosophie de jeu prônée. « Aujourd’hui, on a au sein de la ligne de 3/4 des hommes, comme Dupont, Jalibert et Ramos, qui sont des génies capables de te faire la différence à n’importe quel moment du match. Que ce soit via un coup de pied rasant, un par-dessus, une diagonale, une sautée, une accélération… Quand tu joues sur les défaillances adverses, avec tes génies qui essaient de s’engouffrer dans ces failles, il te faut des joueurs de soutien, des mecs qui enchaînent les courses pour déplacer l’adversaire ». Là où excellent Cros et Jegou.
Mais, le technicien estime qu’il y a une limite : « On a été pris à ce niveau-là par l’Angleterre dont on pensait qu’elle allait rester dans un jeu simpliste, en réduisant la voilure. Elle a beaucoup joué, et au final nous avons eu du mal ».
Picamoles voit de son côté une faille dans la volonté des Bleus de ne pas faire la guerre au sol. « Face à des équipes qui ont enchaîné les temps de jeu, on a vu que nous nous mettions en difficulté, et à la faute. Avec l’enchaînement des temps de jeu, plus l’action dure, plus tu cours le risque de te retrouver hors-jeu ou à la faute. Même les meilleures équipes du monde se mettent à la faute face à un rythme élevé. Il faut donc des mecs pour ralentir les sorties de balle ». Lors des deux derniers matchs, les Bleus ont été pénalisés 21 fois.

Anthony Jelonch a été aligné à un poste de n°8 qui n’est pas forcément le sien en club. (©Icon Sport)Une troisième ligne un ton en dessous des meilleures nations
Si François Cros, Anthony Jelonch et Oscar Jegou n’ont pas rechigné à la tâche, « il manque ce 3e ligne dense et gratteur. Mais aussi qui pèse avec le ballon. Les Anglais ont Ben Earl, l’Irlande a Caelan Doris », dit Labit. « Je ne dirai pas que c’est le trio parfait », estime Picamoles.
Labit dresse un constat : « J’ai l’impression que c’est ce que l’on retrouve beaucoup en Top 14 : ces mecs sont bons dans tout, sans être forcément très performants dans un secteur en particulier ». Et va plus loin : « Quand on voit les 3e ligne des Sud-Af ou des All Blacks, je ne suis pas sûre que la nôtre actuelle est comparable. Elle est un ton en dessous ».
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