Plus de 13 % de retard à « rattraper » pour qu’« Ensemble pour Saint-Etienne » envisage une victoire face à la favorite : l’union de gauche « Rassembler Saint-Etienne ». Avec LFI restée en lice, ce n’est pas impossible, bien qu’ardu, puisque les trois autres listes de Droite et du Centre, perdantes, ont cumulé 21 %. Sans fanfaronner pour autant – il sait que récupérer ces votes n’est pas acquis -, Dino Cinieri se veut confiant et appelle à la mobilisation. D’autres éléments peuvent jouer : ce que feront les votants du RN et l’apport éventuel de repentis de l’abstention. Analyse.  

Dino Cinieri. ©Saint-Etienne Ensemble 2026.Dino Cinieri et sa liste d’union de la Droite et du Centre peuvent encore gagner. ©Ensemble pour Saint-Etienne 2026.

Voilà qui éclaire une (petite) part d’ombre. Manifestement tiraillé entre sa base départementale lancée début 2025 et six autres composantes locales censées être clairement d’emblée ses alliés à Saint-Etienne, l’échelon national du parti Horizons a officialisé mardi son soutien à la liste d’union « Ensemble pour Saint-Etienne » menée par Dino Cinieri. Deux jours après le 1er tour et le modeste score (4,93 %) réalisé par la liste Divers Droite menée par l’un des siens, soutenu de bout en bout par Horizons Loire, Eric Le Jaouen. Le même a par ailleurs été nommé ce printemps… « chef de file » officiel à Saint-Etienne du parti d’Edouard Philippe aux Municipales 2026. Ce qui ne veut pas dire… investiture !  

Mutisme donc depuis l’été jusqu’à hier de la part d’Horizons national, pris entre deux feux : impossible « d’atomiser » sa base locale toute fraîchement créée en vue de la Présidentielle. Pas plus que de se brouiller avec les LR, Renaissance, UDI et cie… Son soutien officiel était pourtant revendiqué par Dino Cinieri depuis mai et encore après le départ / évincement de la large union de Droite et du Centre d’Eric Le Jaouen en juillet… « Ensemble pour Saint-Etienne », arrivée 3e à l’issue du scrutin dimanche avec 16,30 % a immédiatement affiché cet éclaircissement tardif. Tandis qu’Eric Le Jaouen s’est refusé à inviter son électorat à voter pour qui que ce soit dimanche… Il n’y a certes « que » 5 % de voix en jeu. Mais si la Droite et le Centre veulent voir Dino Cinieri maire, dimanche soir, et donc « rattraper » son 13 % de retard sur le leader du 1er tour, la liste d’Union de gauche menée par Régis Juanico, ces 2 136 bulletins comptent.

« Notre état d’esprit ? On a le moral »

« Ensemble pour Saint-Etienne » a dû apprendre avec un certain soulagement le maintien de la liste LFI au 2e tour. Et avec déception, au moins relative, l’absence de « consignes », du moins de prise de position en sa faveur de Siham Labich, à moins de 300 voix de se maintenir au 2e tour (9,3 % ; il fallait 10 %). Ce qui l’aurait probablement placée en situation de force pour négocier un peu plus que de la « bienveillance » d’une part, voire de l’autre aussi… Sa liste « Cœur Stéphanois » est pourtant une des deux issues de la majorité 2014 /2026 de Droite de l’ex-maire Gaël Perdriau dont elle était adjointe. L’autre, « Grandir Vivre Transmettre », celle menée par le dauphin officiel (6,72 %), Marc Chassaubéné, adjoint aussi depuis 12 ans, appelle à voter pour la liste de Dino Cinieri : « J’invite les Stéphanoises et les Stéphanois à voter dimanche prochain, pour la liste de droite et du centre présente au second tour des élections municipales de Saint-Etienne. »     

Evidemment, ce n’est pas aussi simple que ça et l’addition des voix n’a absolument rien d’automatique. On ne les aura pas toutes.

Dino Cinieri

Hors de question à l’évidence d’écrire dans ce communiqué quelque peu amer le nom de « Dino Cinieri ». Il faut dire, ennemi intime de son mentor, comme l’ensemble de la garde rapprochée de Wauquiez dans la Loire. Et avant même que n’éclate l’affaire de chantage ayant provoqué sa chute. « On a le moral, indiquait, lui, d’emblée Dino Cinieri, interrogé sur son état d’esprit lors d’un entretien accordé mardi à If Saint-Etienne. Ok, nous sommes 3es derrière le RN mais si on additionne les scores réalisés par la Droite Républicaine (sa liste et donc les trois outsiders éliminées), on dépasse les 37 % » Avant d’immédiatement ajouter de la lucidité : « Bien évidemment, ce n’est pas aussi simple que ça et l’addition des voix n’a absolument rien d’automatique. On ne les aura pas toutes : nous ne sommes propriétaires de rien. Nous avons avant tout un projet, un programme à proposer aux Stéphanois : c’est cela qui doit rassembler. » Dont le camp de Siham Labich, les deux comptants des ex-conseillers et adjoints de Perdriau ?

« Siham, elle fait ce qu’elle veut comme ses électeurs »

« Siham, elle fait ce qu’elle veut comme ses électeurs. C’est une personne de qualité, compétente, je le pense depuis des années. Nous avons toujours eu et continuons à avoir de bons rapports. Et non, il n’y a pas eu d’appels du pied de notre part au soir du 1er tour pour qu’elle appelle à voter pour nous (les bureaux de vote ayant le plus voté pour elle ne réussissent d’ailleurs pas à la Droite habituellement, Ndlr).» Et avant le 1er tour, dans l’hypothèse qu’elle réalise un 10 % lui permettant de se maintenir ? Tractations dont Augustin Artigues dit avoir eu vent. Actuellement étudiant dans le Var et impliqué chez les Jeunes LR, le fils de Gilles Artigues s’en était offusqué et a demandé à plusieurs reprises à Dino Cinieri de le démentir. Ce dernier l’a fait mardi auprès d’If : « C’est faux. Il n’y a jamais eu de discussion à ce sujet. Mais oui, quand je la croise, je n’ignore pas Siham, il y a des sourires, des échanges. D’où peut-être une confusion. J’ai de la sympathie pour Augustin, profondément bouleversé par ce qui a été fait à son père et je comprends, d’autant plus avec sa jeunesse, qu’il manque de lucidité. » Le candidat semble sous-entendre une manipulation typique d’une campagne électorale visant à discréditer.

Non, il n’y a pas eu d’appels du pied de notre part au soir du 1er tour pour que Siham Labich appelle à voter pour nous. Pas plus que des tractations en amont.

Dino Cinieri

Dino Cinieri poursuit : « J’avais autre chose à faire que d’alimenter une fausse polémique en répondant à son interpellation, c’est-à-dire faire un gagner un projet collectif porté par des gens excellents, avec de nombreuses et fortes compétences. Nous avons d’ailleurs été obligés de dire « non » à tellement d’autres, des gens qui voulaient nous aider et intégrer cette liste. » Bref, estime-t-il des personnes qui y croient et qui ont raison d’y croire « pour relever Saint-Etienne ». Y « croire » passe par une autre réserve de voix se situant peut-être du côté des abstentionnistes. Si on met de côté, en raison de la crise sanitaire, 2020, en 2008, la participation avait été de 54,42 %, en 2014 50,72 % : il y a 18 et 12 ans, le pourcentage avait respectivement progressé de 3,8 % et de 4,5 %. Comme déjà évoqué dans notre article d’hier faisant le point sur la gauche. En 2014, davantage comparable – en gardant à l’esprit toutes les limites liées aux évolutions sociétales et contextuelles -, selon notre analyse, cela avait davantage profité à la Droite et le Centre réunis sous la seule bannière de Gaël Perdriau au 2e tour.

L’érosion du RN de 2014 aura-t-elle lieu en 2026 ?

Environ trois fois plus que pour la gauche en mettant à part, pour chaque camp, la logique du report de voix respectif des non qualifiés politiquement proches. Ainsi que « l’érosion » il y a 12 ans de 2 600 voix du candidat FN entre deux tours – venue alimenter la Droite, a priori, sans qu’elle ne le réclame. Ce que va donner le vote RN au 2e tour… : voilà la dernière donnée de l’équation pour la Droite. Et pas la moindre. Une alliance avec la Droite Républicaine ne risquait pas « un seul centième de seconde » de venir à l’esprit de cette dernière et de son leader, pour reprendre les propos de Dino Cinieri. Personne n’en doutait. Pas même ses adversaires à gauche d’ailleurs. Malgré l’imposant 18,94 % obtenu dimanche par la liste d’extrême droite menée par sa jeune tête de liste Corentin Jousserand, futur opposant au conseil municipal de Saint-Etienne. S’il y a quelque chose d’historique dans la performance du RN en 2026 c’est avant tout le fait de finir 2e sur 8. Mais place servie sur un plateau servi par quatre mains à Droite.

Le meilleur pourcentage certes jamais obtenu (le double de 2020 quand Sophie Robert n’avait pas été qualifié) mais à peine au-dessus de celui 2014 par Gabriel De Peyrecave (18,30 %), un peu que le précédent encore : ce 17,41 % datant de 2001 (pas de FN en 2008) avec Charles Perrot en tête de liste. Dans les deux cas, avec une participation certes supérieure en 2008 et légèrement supérieure en 2014, le nombre de voix obtenues était de 8 900 contre 8 212 dimanche. Facilement qualifié pour le 2e tour, le RN n’a, a priori, pas de réserves, si ce n’est, très marginalement, du côté de l’abstention. La vraie question nous semble être : va-t-il cette fois conserver l’ensemble de son acquis au 1er round ? Où une partie de son vote va-t-il aller alimenter celui de Dino Cinieri pour ne pas voir la gauche au pouvoir à Saint-Etienne. Ce fut le cas en 2001 (- 1 900) et en 2014 (- 2 600) ? Et en 2026 ? Maintenir ces 8 200 voix serait alors déjà historique en soi… tout en servant à la gauche.