L’explorateur français Raymond Maufrais, disparu en janvier 1950 lors d’une expédition dans la jungle guyanaise et dont le corps n’a jamais été retrouvé, a été officiellement déclaré mort, mercredi 18 mars 2026 par le tribunal judiciaire de Cayenne, 76 ans après sa disparition.

Publié le : 18/03/2026 – 20:05

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Raymond Maufrais, introuvable depuis 1950, est donc déclaré officiellement décédé. « Il aurait 99 ans aujourd’hui, ça laisse peu de place au doute », a déclaré la présidente du tribunal, Naïma Sajie, avant de prononcer « la mort de Raymond Maufrais au 13 janvier 1950 ». Cette date est la dernière inscrite dans ses carnets de route, retrouvés quelques mois après sa disparition et plus tard adaptés en livre.

Naïma Sajie s’est appuyée sur l’article 88 du Code civil, qui permet de déclarer officiellement décédé tout Français « disparu dans des circonstances de nature à mettre sa vie en danger lorsque son corps n’a pu être retrouvé ». La portée de la décision est essentiellement symbolique.

Passionné d’aventure, Raymond Maufrais tentait de rallier seul le Brésil en passant par le centre de la Guyane. Parti du littoral, il avait remonté la rivière Mana, rejoint Maripasoula (ouest de la Guyane) à pied à travers la forêt, puis disparu en se dirigeant vers l’est de la Guyane. Il était âgé de 23 ans au moment de son périple.

Né le 1er octobre 1926 à Toulon, résistant et décoré de la Croix de guerre, Raymond Maufrais était d’abord parti en 1946 au Mato Grosso brésilien, pénétrant dans un territoire alors très difficile d’accès. Cette expédition, juste après la fin de la période coloniale, lui avait valu de passer à la radio française dès 1949. Il comparait ce qu’il a vécu aux films qu’il pouvait voir « lorsque (il) étai(t) très jeune, les films de cow-boys, d’aventure, de Far West, (…) l’aventure », selon des archives exhumées par France Culture.

Son père Edgar l’a cherché en vain pendant plus de 10 ans

Dans ses carnets, retrouvés en avril 1950 dans un abri de fortune par un habitant de Camopi, commune de l’est de la Guyane peuplée majoritairement par les communautés autochtones Wayãmpi et Teko, Raymond Maufrais décrit des derniers jours marqués par la faim et la maladie et le moment où, à bout de forces, il doit abattre et manger son chien.

En 76 ans, personne ne s’était penché sur la déclaration de son décès, ses parents n’ayant jamais accepté la mort probable de leur fils unique, et Raymond Maufrais n’ayant pas eu de descendance. Les droits d’auteur de ses ouvrages n’ont jamais été réclamés. Edgard, le père de Raymond Maufrais, avait consacré une dizaine d’années à le rechercher à travers la Guyane, le Brésil et le Suriname, en vain. Il renonça en 1964, après avoir lui-même échappé de peu à la mort lors d’une dernière expédition de recherche.

L’Association des amis d’Edgar et Raymond Maufrais (AAERM) a finalement saisi la justice. Son président, Geoffroi Crunelle, a expliqué à l’AFP avoir eu l’idée lors d’un voyage à Camopi, commune guyanaise, en 2025. « En cherchant, je me suis aperçu que n’importe qui pouvait initier cette démarche », a-t-il dit.

« Raymond Maufrais n’a pu survivre et tous l’ont considéré comme mort, soit noyé, soit de faim et de faiblesse sur une berge », son corps dévoré par des poissons carnivores, des caïmans ou des charognards, selon la requête transmise au tribunal par Geoffroi Crunelle, président de l’Association des amis d’Edgar et Raymond Maufrais (AAERM), et citée par France-Guyane.

La portée de cette déclaration tardive de décès est surtout symbolique : l’acte de naissance de Raymond Maufrais à Toulon (Var) devrait être complété avec la date du décès, de même que le registre communal de Camopi, commune où il est officiellement décédé. « Dans le mystère de la forêt amazonienne, nous avons perdu un écrivain et un explorateur », a déclaré la présidente du tribunal, Naïma Sajie. L’histoire de ce jeune explorateur disparu a inspiré plusieurs livres et un film, La vie pure, sorti en 2015.