Rosie est une chienne croisée entre un Staffordshire Bull Terrier et un Shar Pei. Paul Conyngham l’a adoptée dans un refuge en 2019 et a fini par être très attaché à elle, la considérant comme sa « meilleure amie ».
Mais en 2024, Rosie tombe malade. Elle présente une éruption cutanée étrange sur les pattes arrière. Les jours passent et son état ne cesse de se dégrader. Le verdict finit par tomber : c’est un mastocytome, un cancer cutané fréquent chez le chien, qui se développe à partir de cellules du système immunitaire, appelées mastocytes. Et il est incurable. Le vétérinaire estime qu’il ne reste à Rosie que quelques mois à vivre. Son maître est dévasté… mais pas pour autant désespéré !
Tenter le tout pour le tout
En juin 2025, il contacte le Centre Ramaciotti de génomique de l’UNSW (University of New South Wales à Sydney en Australie). Sa demande : faire séquencer l’ADN de sa chienne.
Paul est un entrepreneur de la tech à Sydney. Avec ses 17 ans d’expérience en machine learning et en intelligence artificielle, il ne lui manque que les séquences d’ADN de sa chienne pour concevoir un vaccin à ARNm entièrement personnalisé contre le cancer de Rosie. C’est en tout cas ce que lui a expliqué ChatGPT quand il l’a interrogé sur les traitements anticancer existant à l’heure actuelle.

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Le Centre Ramaciotti accepte, et après quelques jours, lui remet les fichiers qui comprennent 150 milliards de lettres d’ADN à première vue incompréhensibles.
Paul s’attèle alors, avec l’IA, à comparer l’ADN des cellules saines et celui des cellules cancéreuses. « C’était comme faire un puzzle qui a été jeté par terre, mais avec un milliard de pièces », explique-t-il.
Comment les vaccins à l’aide de ChatGPT ont contribué au traitement du cancer de Rosie. © UNSWL’IA au secours de Rosie
Il parvient à identifier les zones d’ADN altérées, notamment sept signaux correspondant à ce qu’on appelle des « néoantigènes », des marqueurs cellulaires spécifiques de la tumeur de Rosie. C’est à partir de ce type de marqueur que l’on peut concevoir un vaccin à ARNm.
Le saviez-vous ?
Les vaccins à ARNm contre le cancer fonctionnent exactement de la même manière que le vaccin à ARNm contre la Covid. Seule différence : l’ARNm ne code pas pour la protéine spike du virus SARS-CoV-2, mais pour une ou plusieurs protéines spécifiques de la cellule cancéreuse, appelées « néoantigènes ». Une fois le vaccin injecté, l’organisme va synthétiser ces néoantigènes (protéines) à partir de l’ARNm, ce qui va induire une réaction immunitaire ciblée contre les cellules tumorales. C’est donc notre propre corps qui détruit la tumeur. On parle d’immunothérapie.
« J’ai confirmé, à nouveau à l’aide de l’IA, que ces cibles étaient de bons candidats à attaquer », raconte Paul. À ce moment-là, il contacte l’Institut de l’ARN de l’UNSW et le professeur Thordarson pour savoir s’ils accepteraient de fabriquer le vaccin contenant l’ARNm codant pour les anticorps correspondant à ces antigènes.

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Après un examen approfondi, les chercheurs lui donnent leur accord. Mais avant de pouvoir l’administrer, il faut obtenir l’autorisation éthique ; cela prendra trois mois, durant lesquelles l’état de Rosie se dégrade. « Cela a sans doute demandé plus de travail que la conception du vaccin elle-même », explique Paul.
Un parcours semé d’embûches
Alors que tout est prêt, un nouvel obstacle se présente : personne ne veut prendre la responsabilité d’administrer le vaccin, ni les chercheurs de l’UNSW ni les vétérinaires… jusqu’à ce qu’une de ses relations le mette en contact avec la professeure Rachel Allavena de l’Université du Queensland, située près de Brisbane en Australie. Cette experte en immunothérapie animale accepte de vacciner Rosie avec le vaccin à ARNm expérimental de Paul.
Entre-temps, ce dernier a identifié une deuxième arme qui pourrait contribuer à soigner Rosie : un « inhibiteur de point de contrôle ». Ce médicament, qui est aussi une immunothérapie, bloque les protéines tumorales qui empêchent le système immunitaire de s’attaquer aux cellules cancéreuses. Pour lui, cette approche doit permettre de compléter l’action du vaccin à ARNm.
Une régression de la tumeur certes partielle, mais significative
Il prend donc la route pour Brisbane, Rosie recroquevillée sur la banquette arrière et, surtout, les deux précieux traitements dans son sac. Rachel Allavena effectue plusieurs injections autour des tumeurs de Rosie et, après quelques semaines, Paul remarque que la taille des tumeurs sur les pattes de Rosie commence à se réduire.
Le cancer est bien en train de disparaître des deux pattes de Rosie. « Je me suis dit : ‟bon sang, ça marche ! Oh, mon Dieu, ça marche vraiment ! » », se souvient Paul. C’est la première fois qu’un traitement fait effet.

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Après une phase de fatigue, la chienne a commencé à se sentir mieux. « C’était presque comme si elle était redevenue elle-même », raconte Paul. Il sait pourtant que le traitement ne pourra pas la guérir totalement. En effet, malheureusement, seule une partie des tumeurs a répondu au traitement. C’est ce qu’on appelle une « réponse partielle », mais elle est non négligeable, car elle offre un véritable soulagement à Rosie.
A lot of people have been asking if this can be done for their dogs and for people. I’m speaking with everyone involved to see what is possible here.
If you would like to be involved, please complete the following Google form:https://t.co/qs9WwDNgBH pic.twitter.com/ANvxF9LX47
— Paul S. Conyngham (@paul_conyngham) March 14, 2026
Pour le moment, impossible de savoir combien de temps la réponse va durer, ni pourquoi certaines parties du cancer ont répondu au traitement alors que d’autres non. Un échantillon de tumeur n’ayant pas répondu est en cours de séquençage à l’UNSW. Les résultats devraient permettre à Paul d’en savoir davantage… et peut-être de trouver une nouvelle idée pour prolonger la vie de sa chienne, qui sait ?
Quoi qu’il en soit, cette histoire montre que la mise au point d’un traitement personnalisé peut être très rapide, grâce à l’IA, mais aussi grâce à la volonté des Hommes.