Conclu en juillet 2025 pour désamorcer une guerre commerciale, l’accord dit de Turnberry est un compromis controversé du fait qu’il remplace les menaces de Donald Trump de droits de douane élevés par un taux de douane fixe et réduit (15%), tout en renforçant la dépendance européenne aux importations énergétiques américaines. Le Parlement est appelé à donner son feu vert à la suppression des droits de douane appliqués dans l’UE sur les importations de produits américains.

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Vice-présidente de la commission INTA, l’eurodéputée Kathleen Van Brempt (Vooruit, S&D) continue de penser que cet accord n’était « tout simplement pas assez bon dès le départ ». Le texte adopté prévoit donc une clause d’entrée en vigueur: « sans certitude sur le plafond tarifaire de 15 %, l’accord n’entre pas en vigueur », explique-t-elle.

Les parlementaires veulent aussi que l’accord devienne temporaire et conditionnel, avec une date d’expiration claire en 2028 et des évaluations obligatoires sur l’impact sur le commerce, les investissements et la sécurité économique de l’Union.

« De plus, l’Europe pourra suspendre l’accord beaucoup plus rapidement, par exemple si les États-Unis introduisent de nouveaux tarifs ou ne respectent pas le plafond tarifaire de 15%, ou si Donald Trump recommence à lancer des menaces – comme il l’a déjà fait avec le Danemark, la France et l’Espagne – ou s’il utilise la coercition économique pour saper notre législation ou notre politique », expose Mme Van Brempt.

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Le mandat de négociation doit encore être approuvé en plénière. Le PPE (chrétiens-démocrates) demande que ce soit mis aux votes dès la semaine prochaine à Bruxelles. Il considère que la clause d’extinction introduite par la commission parlementaire « apporte aux entreprises la certitude dont elles ont un besoin urgent. »

Mais pour l’eurodéputée Saskia Bricmont (Ecolo), la commission INTA « a cédé » face à la « tyrannie de Trump ». L’élue reconnaît une amélioration sensible des textes par le Parlement européen, grâce à l’introduction d’un certain nombre de conditionnalités. Mais « un certain nombre d’événements survenus depuis confirment qu’un tel accord n’apporterait aucun soulagement, ni du point de vue de la stabilité géopolitique, ni du point de vue de la prévisibilité économique ».

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Saskia Bricmont énumère ainsi l’adoption par les États-Unis d’un texte technique pour soustraire à l’accord des produits dérivés de l’acier et de l’aluminium quelques jours après l’accord, les menaces à l’égard du Groenland, l’illégalité des tarifs de Trump déclarée par la Cour Suprême et l’annonce de nouveaux tarifs qui s’en est suivi, la guerre en Iran, les menaces de guerre économique envers l’Espagne, la levée partielle des sanctions russes, les nouvelles enquêtes décidées par Donald Trump la semaine dernière contre l’Union européenne, les récentes pressions exercées sur le règlement européen anti-déforestation ou encore l’absence d’une garantie écrite que l’administration Trump respecterait sa part du contrat.