Le Royaume-Uni est confronté à une épidémie « sans précédent » de méningite. Deux personnes sont décédées et 27 cas ont été recensés à ce jour. L’épidémie aurait pour origine trois soirées organisées début mars dans une discothèque fréquentée par des étudiants de l’université du Kent, à Canterbury, au sud-est de l’Angleterre. Mais le Royaume-Uni n’est pas un cas à part. Depuis l’arrêt des mesures sanitaires liées au Covid-19, les infections graves à méningocoques ont connu un rebond sans précédent en France. En 2024, 615 cas ont été déclarés.
Si les méningites virales, fréquentes à tout âge, sont souvent bénignes, celles bactériennes, plus rares, ont un taux de mortalité autour de 10 %. Les enfants de moins de 5 ans et les jeunes de 15 à 24 ans sont les deux populations les plus touchées. C’est la raison pour laquelle le gouvernement a rendu obligatoire depuis le 1er janvier 2025 la vaccination contre plusieurs méningocoques pour les nourrissons. Mais pourquoi cette maladie infectieuse mortelle touche-t-elle majoritairement les jeunes ?
Un système immunitaire immature
L’immunité plus fragile des jeunes enfants explique en partie cette surreprésentation. « Le système immunitaire de l’enfant est en partie immature et sa production d’anticorps est moins efficace vis-à-vis de certaines infections bactériennes, comme le méningocoque et le pneumocoque, souligne Benjamin Davido, médecin infectiologue à l’Hôpital Raymond Poincaré de Garches. Ces infections, sur des systèmes immunitaires immatures, créent volontiers des méningites, d’où l’intérêt de la vaccination. »
Un portage sain fréquent
Comme pour la grippe, des personnes peuvent être porteuses du méningocoque sans avoir de symptômes. « Parmi les adolescents et jeunes adultes infectés, jusqu’à 30 % sont asymptomatiques, contre 10 % maximum dans la population générale », précise Emmanuel Piednoir, infectiologue à l’hôpital de Granville et professeur à l’Université de Caen. Ces porteurs sains vont participer à la circulation de la bactérie.
Une plus forte promiscuité
Des causes sociétales et environnementales expliquent également un plus fort taux chez les jeunes. « Le méningocoque se transmet par la salive et par les gouttelettes », rappelle le professeur Piednoir. « La transmission se fait par contact prolongé d’au moins une heure à moins d’un mètre », ajoute le docteur Davido. Evidemment, pour les contacts directs avec des sécrétions contaminées, comme les baisers, ce critère de durée ne compte pas.
Crèches, cours de récréation, salles de classe, soirées étudiantes… Les enfants mais aussi les collégiens, lycéens et étudiants, vivent davantage en collectivité que les adultes. Ils vont donc avoir de nombreux contacts rapprochés au cours de la journée. « Un jeune adolescent a jusqu’à 400 contacts par jour, contre une dizaine pour un adulte », illustre le docteur Davido. Le risque d’être contaminé est donc d’autant plus élevé.
Une barrière plus perméable
Enfin, dernière explication : la fragilité du cerveau des enfants. « La barrière hématoencéphalique des enfants, c’est-à-dire leurs méninges, les membranes entourant leur cerveau, est plus perméable aux agents infectieux », souligne l’infectiologue à l’hôpital Raymond Poincaré. Le cerveau des enfants se développe jusqu’à leurs 18 ans.