Par
Cédric Nithard
Publié le
19 mars 2026 à 19h27
Les élections municipales touchent bientôt à leur fin et chacun jette ses dernières forces dans la bataille. Avant le verdict des urnes dimanche, Manuel Bompard, coordinateur national de La France Insoumise, était ainsi à Montpellier ce mercredi 18 mars pour soutenir Nathalie Oziol (15,36% / 13 366 voix), engagée dans une triangulaire face à l’homme d’affaires Mohed Altrad (11,31% / 9 837 voix) et surtout le maire sortant socialiste Michaël Delafosse (33,41% / 29 069 voix). Après la fusion de listes LFI/PS dans d’autres villes, qui n’avait pas lieu d’être à Montpellier, il était surtout question de rappeler les fondamentaux pour motiver les équipes dans la dernière ligne droite afin de mobiliser les abstentionnistes. « Tout le monde sur le pont ! » a d’ailleurs invité Nathalie Oziol.
« Dimanche, on peut créer la surprise »
Il est toujours très compliqué de réunir du monde pour un meeting d’entre-deux-tours, obligatoirement en semaine et annoncé deux jours plus tôt. Près de 300 personnes, un public relativement jeune, sont tout de même venues mercredi soir à celui organisé par La France Insoumise à la Montpellier Base Artistique. Certes, loin de l’affluence de la tête d’affiche Jean-Luc Mélenchon il y a un mois, bien que Manuel Bompard n’en demeure pas moins intéressant. Si ce n’est plus, d’un point de vue purement politique pour qui ne s’intéresse pas aux polémiques.
Avant la prise de parole du coordinateur national de LFI, Julia Mignacca et Nathalie Oziol ont, à peu de choses près, tenu le même discours que la veille devant les journalistes au pied de la mairie. La première, représentant les Verts Populaires, a réaffirmé son optimisme : « Dimanche, on peut créer la surprise. Pour la première fois depuis plusieurs décennies, une alternative est possible à Montpellier. Une écologie populaire, sociale et rassemblée peut gagner (…) Le seul bulletin capable de battre Michaël Delafosse et la cousinade du PS, c’est le nôtre, celui de la liste « Faire mieux pour Montpellier ».
Rappelant ce qu’elle estime être le choix entre « le vieux monde et le nouveau monde » avec « une nouvelle génération d’élus : jeunes, féminisés, de classes et de quartiers populaires », Nathalie Oziol a renouvelé son appel aux abstentionnistes. « Si vous ne vous mobilisez pas dimanche alors ce sont les mêmes politiques qui s’appliqueront dans les sept prochaines années (…) La victoire est possible à condition que tout le monde, étudiants, enseignants, salariés, habitants de quartiers populaires, retraités, aillent voter. J’appelle toutes celles et ceux qui veulent changer de ville et de vie à se mobiliser pour notre liste « Faire Mieux pour Montpellier » ». La candidate exhorte ainsi ses troupes : « Cette semaine, on aura besoin de tout le monde en action : collage, tractage, porte-à-porte… Tout le monde sur le pont ! On veut reprendre le pouvoir sur cette ville ».
« Nous sommes fiers d’être les camarades de Bally Bagayoko »
De mobilisation, il en a été justement question avec Manuel Bompard. Après avoir lancé la campagne de Nathalie Oziol en octobre dernier lors d’un meeting à Celleneuve, le coordinateur national de LFI se réjouit de voir la liste « Faire mieux à Montpellier » être qualifiée au second tour. « Dimanche dernier, Montpellier a pris sa part de la percée insoumise pour le premier tour des élections municipales (…) Et, ici à Montpellier, dans ce deuxième tour de l’élection municipale, vous pouvez contribuer à amplifier et à renforcer encore la percée insoumise. Vous pouvez y arriver » a-t-il lancé.
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Manuel Bompard est venu soutenir Nathalie Oziol (à gauche). À droite : Julia Mignacca et Alenka Doulain. (©CN / Métropolitain)
Manuel Bompard est bien évidemment revenu sur plusieurs points de la campagne sur le plan national. Il a d’abord apporté un soutien appuyé, accompagné par la salle, à Bally Bagayoko, élu dès le premier tour à Saint-Denis, qui doit faire face à une campagne médiatique scandaleuse. « Je veux lui dire à quel point nous sommes fiers de lui et à quel point sa dignité tranche avec le racisme grave qu’il subit depuis son élection. Et nous, nous sommes fiers d’être les camarades de Bally Bagayoko. Ne vous en déplaise, dimanche dernier, la nouvelle France a pris sa place sur la scène politique et elle n’en sortira jamais ». Un tonnerre d’applaudissements suit l’intervention.
« Chaque bulletin de vote sera une arme de résistance antiraciste et antifasciste »
Balayant les accusations d’antisémitisme et celles survenues après la mort d’un militant d’extrême droite à Lyon, Manuel Bompard appuie : « Si vous donnez de la force aux listes soutenues par la France Insoumise, si vous donnez de la force à la liste « Faire Mieux pour Montpellier » conduite par Nathalie Oziol, vous donnez de la force aux antifascistes, vous donnez de la force aux militants qui sont des militants acharnés et déterminés contre l’extrême droite et contre le fascisme ».
L’illustration de cette détermination est la décision de Sébastien Delogu, dont le nom a aussi été très applaudi, de se retirer à Marseille. « Quand on est des antifascistes conséquents, on ne joue pas avec le risque de l’extrême droite. On prend ses responsabilités. Et nous avons pris nos responsabilités » souligne le coordinateur national qui complète : « Chaque bulletin de vote sera une arme de résistance antiraciste et antifasciste. Chaque conseiller et chaque conseillère municipale sera une arme de résistance antiraciste et antifasciste. Chaque municipalité dirigée par un insoumis ou une personnalité soutenue par la France Insoumise sera une ville refuge contre le fascisme, contre toutes les formes de racisme et de discrimination et sera un point d’appui dans la lutte antiraciste et dans la lutte antifasciste ».
Sur le plan international, apportant son soutien et solidarité aux peuples iranien, libanais et palestinien, Manuel Bompard explique : « Ce n’est pas le résultat de l’élection municipale à Montpellier qui va permettre d’arrêter ces massacres, vous direz ça honnêtement je vous mentirais et vous le savez très bien et on n’a pas l’habitude de mentir ici à la France mais la vérité c’est que le vote de dimanche c’est aussi un vote pour la paix c’est aussi un vote pour le respect du droit international c’est aussi un vote pour la dignité c’est aussi un vote pour le respect des droits humains partout dans le monde ».
LFI avec les Verts Populaires
Profitant d’être à Montpellier en présence de Julia Mignacca qui a démissionné, avec d’autres militants un peu partout en France, des Écologistes, Manuel Bompard en a profité pour prendre sa défense. « Ils ont essayé de salir en essayant de faire croire que Julia était une sorte de pantin qui serait manipulée par des gens derrière elle et qui révélerait des discussions secrètes que nous pourrions avoir » réagissant à un article de l’Opinion relatant un échange téléphonique entre Julia Mignacca et le coordinateur de LFI. Une échange abordant des questions stratégiques qui n’a pourtant rien de surprenant d’autant qu’il est survenu après le départ de la Montpelliéraine des Écologistes.
« Nous faisons la politique de manière transparente sur la place publique. Et oui, je vous confirme que, et nous en sommes fiers, nous travaillons et nous discutons avec les Verts Populaires parce que nous pensons que dans ce pays, nous avons besoin d’un rassemblement des insoumis et des écologistes pour transformer nos communes et le pays » défend Manuel Bompard qui explique d’autant plus : « Après les élections municipales, nous allons continuer avec les Verts Populaires pour aborder les prochaines étapes à l’échelle nationale. Et les militantes et les militants qui participent de cette dynamique ne sont manipulés par personne. Ils le font parce que ce sont leurs convictions, parce qu’ils pensent que c’est le meilleur chemin pour essayer de faire avancer l’agenda de l’écologie politique ». Un agenda qui commence dès dimanche et pour lequel il appelle à ce que « pas une voix ne doit manquer parmi les écologistes pour venir donner de la force à la liste menée par Nathalie Oziol ».
« Aux socialistes sincères »
S’adressant ensuite « aux socialistes sincères », Manuel Bompard loue les fusions de listes LFI/PS survenues dans plusieurs villes : « Je leur dis, regardez ce qu’il se passe dans l’entre-deux-tours de cette élection municipale. Regardez ce que font un certain nombre de socialistes » et, prenant l’exemple de Toulouse où François Piquemal mène une liste d’union à gauche face au maire sortant divers droite Jean-Luc Moudenc, tout en étant à Montpellier, d’interroger malicieusement : « Vous voteriez pour qui si vous étiez à Toulouse, M. Delafosse ? ». L’insoumis ne répond pas à sa place mais lui donne des axes de réflexion : « Quand on est un militant socialiste sincère, on choisit la gauche qui rassemble la gauche au second tour, pas la gauche qui fait le jeu de la droite, quand il y a la possibilité de le faire ». Et de glisser à ces « socialistes sincères » que « si vous avez voté au premier tour pour M. Delafosse, je rappelle que vous avez le droit de changer d’avis entre les deux tours ».
Si le socialiste en a pris pour son grade, le troisième homme de cette triangulaire en a pris une petite. « Il y en a qui se font élire au conseil municipal pour faire croire aux gens qu’ils vont les aider et après ils ne viennent. C’est ce que M. Altrad a fait dans la mandature précédente et maintenant il vous fait croire que cette fois il va s’en occuper. La dernière fois il vous l’a déjà faite, vous n’allez pas retomber dans le piège une deuxième fois. Donc laissez tomber cela ne sert à rien. La vérité, c’est qu’il faut se mobiliser pour les gens présents sur la liste « Faire mieux pour Montpellier car ils n’ont pas attendu les élections municipales pour agir au service de l’intérêt général, qui se battent dans des luttes et ont déjà fait la démonstration de leur dévouement », argumente l’insoumis.
Face à l’abstention, Manuel Bompard y voit une source pour aller chercher la victoire : « Rien n’est joué par avance parce que, si dimanche prochain ils ne sont plus 50% à ne pas rester à la maison, s’ils sont au contraire 60, 70 ou 80% à se déplacer pour aller voter, alors vous pouvez faire un tremblement de terre politique dans cette élection municipale et vous pouvez renverser la municipalité ». Une abstention qui s’est fait sentir dans les quartiers populaires dont le vote a, dans la plupart des bureaux, échappé à Nathalie Oziol. Alors Manuel Bompard s’adresse directement à eux. « Nous sommes fiers d’avoir des habitantes et des habitants de nos quartiers populaires qui peut-être pendant des années et des années ne s’intéressaient pas à la politique parce qu’ils considéraient que ce n’était pas fait pour eux et qui, grâce à La France Insoumise, grâce à la place qu’elle a donnée en particulier aux habitantes et aux habitants des quartiers populaires à ces élections, se sont dites que c’était maintenant qu’il fallait y aller, que c’était maintenant qu’il fallait s’engager et la victoire de Bally Bagayoko à Saint-Denis en est le signal. C’est cela que l’on va amplifier dimanche prochain ».
« pour les larmes de CNews »
« Vous voyez dimanche vous avez plein de raisons de vous déplacer aux urnes, vous avez plein de raisons de continuer à vous mobiliser, vous avez plein de raisons d’y croire » résume Manuel Bompard. En étant parfaitement conscient de la situation à Montpellier, le coordinateur national mobilise les troupes dans cette dernière ligne droite : « On me dit que c’est compliqué quand même qu’il y a un écart important. Oui, il y a un écart important mais qui avait prévu que Bally Bagayoko allait gagner au premier tour à Saint-Denis ? Qui avait dit que François Piquemal allait être en tête de la gauche à Toulouse au soir du premier tour ? Quel sondage avait dit cela ? Dimanche, ils ont découvert que ce n’étaient pas les sondages qui faisaient une élection c’était les électrices et les électeurs alors dimanche prochain ça ne sera pas les sondages qui feront l’élection, ça sera les électrices et les électeurs ».
S’il est indéniable que l’équipe de la liste « Faire mieux pour Montpellier » compte parmi celles à avoir le plus oeuvré dans la campagne, Manuel Bompard en appelle aux dernières forces des militants. « On est tous fatigués. Il reste quelques jours alors n’ayez pas de regrets » en tentant un argument qui fait mouche dans la salle : « Si dimanche matin vous vous levez, qu’il ne fait pas beau, que vous avez la flemme, dites-vous juste que pour les larmes de CNews, il faut aller voter dimanche ». Les rires et les applaudissements qui suivirent confirment que la motivation est bien présente. De manière plus sérieuse, le coordinateur national conclut son intervention d’une trentaine de minutes, sans fiche, menée avec conviction, en rappelant les ambitions de son parti : « Dimanche, on va marquer une deuxième étape, il y aura encore des victoires insoumises et des victoires d’une très grande portée politique. Ce n’est pas juste gagner une ville ou appliquer un programme de rupture, ce qui est bien sûr bien, mais c’est le peuple qui reprend ses affaires en main, c’est une nouvelle génération politique qui vient fracturer le vieux monde et le vieux système politique ». Un choc des mondes déjà entendu dans la bouche d’Emmanuel Macron il y a neuf ans déjà. On voit ce que cela a donné. Le nouveau monde proposé par La France Insoumise est bien sûr tout différent. Aux électeurs d’en décider.
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