Imaginez devenir la cible d’une armée de moustiques assoiffés de sang. C’est ce qui est arrivé à Christopher Zuo, un étudiant de Georgia Tech (États-Unis). Lors d’une sortie camping ? Non, pour la bonne cause. Il a, en quelque sorte, donné son corps à la science. Il s’est laissé volontairement enfermer dans une pièce avec une centaine de moustiques pendant quatre longues minutes…

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Ce qui ressemble quand même beaucoup au plan sadique de quelques chercheurs avait un objectif précis : comprendre ce qui anime les moustiques. Et rassurez-vous, quelques précautions ont tout de même été prises. Les chercheurs s’étaient notamment assurés au préalable que leurs moustiques utilisés n’étaient porteurs d’aucune maladie.
What 1,000,000 mosquitos looks like. Caught in a trap in Sanibel, Florida.
They weren’t collected for fun, though. They were collected for science and were part of a project with the U.S. Department of Agriculture to see if trapping is good for actual mosquito control. pic.twitter.com/eGhr2LRwx0
— Massimo (@Rainmaker1973) November 8, 2024
L’animal le plus dangereux du monde
Chikungunya, dengue, Zika, paludisme, les infections véhiculées par les moustiques font chaque année plus de 700 000 morts dans le monde. C’est plus que les guerres. Et le coût économique est colossal aussi : de l’ordre de 22 milliards de dollars par an rien qu’en insecticides, larvicides et moustiquaires. Le tout pour combattre une petite « chose » qui pèse 10 fois moins qu’un grain de riz.
Le saviez-vous ?
Les premiers cas autochtones de dengue, de chikungunya et de Zika ont été signalés en France en 2010. Avec le réchauffement climatique et la multiplication des moustiques infectés, le nombre de cas ne cesse d’augmenter. En 2024, Santé publique France en recensait 277. L’année dernière, déjà quelque 884 !
Il existe quelque 3 500 espèces connues de moustiques sur Terre. Parmi elles, plus de 100 raffolent du sang humain. Et les scientifiques savent que ce ne sont pas leurs yeux qui leur permettent de repérer leur proie. À plus de quelques mètres, les moustiques sont tout à fait incapables de distinguer un petit arbre d’un homme. Tout se passe dans leur minuscule cerveau qui décrypte des signaux de type chaleur, humidité ou odeurs, mais surtout, le dioxyde de carbone (CO2) que nous expirons.
Mosquitoes use CO₂ and skin odor to track their prey, but this video shows that heat is another fundamental factor in this process pic.twitter.com/P4skZjl16P
— Global Index (@TheGlobal_Index) May 8, 2025
Traquer les moustiques
Oui, mais plus exactement ? Pour comprendre, les chercheurs de Georgia Tech et du MIT (Massachusetts Institute of Technology) n’ont pas seulement mobilisé Christopher Zuo. Ils ont tout filmé avec une caméra infrarouge 3D qui enregistre 100 images par seconde avec une résolution de 5 millimètres. De quoi suivre des centaines d’insectes volants dans une pièce. En quelques heures, ils ont généré ainsi plus de données sur le vol des moustiques que jamais auparavant.

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Attendez. Pendant quelques heures ? Il avait pourtant été question de quatre minutes seulement… En effet, la quantité de piqûres infligées à l’étudiant en si peu de temps a poussé les chercheurs à rapidement trouver une alternative pour poursuivre l’expérience. Un mannequin en polystyrène associé à une bonbonne de CO2. Voilà ce qui a finalement permis à l’équipe de collecter 20 millions de données en minimisant les souffrances.
Dans la revue Science Advances, les chercheurs détaillent de quelle façon ils ont finalement développé un modèle mathématique qui décrit comment et où les moustiques femelles – car rappelez-vous, ce sont les femelles uniquement qui nous piquent – Aedes aegypti se déplacent et nous attaquent. « Des études précédentes avaient montré que les signaux visuels et le CO2 attirent les moustiques. Mais nous ignorions comment ils combinaient ces signaux pour déterminer leur trajectoire, explique Christopher Zuo dans un communiqué. Ce sont comme de petits robots. Il nous suffisait de découvrir leurs règles ».

Selon les signaux, les moustiques adoptent des comportements différents. Une cible noire attire les moustiques, mais ils ne font pas plus que voler vers elle sans s’y attarder. Un objet blanc et du CO2 attirent les moustiques à proximité seulement. Une sphère noire et du CO2 sont ce qui attire le plus efficacement les moustiques en les retenant et les encourageant à attaquer. © David L. Lu, Georgia Tech
Les moustiques comme les clients d’un bar
Pour David Hu, professeur à Georgia Tech, « les moustiques sont comme les clients d’un bar. Ils ne sont pas là par hasard. Ils sont attirés par des signaux identiques : les boissons, la musique et l’ambiance. C’est la même chose pour les moustiques. Au lieu de suivre le meneur, l’insecte suit les signaux et se retrouve au même endroit que les autres. » Les essaims de moustiques, donc, ne sont pas dus à un comportement grégaire, mais au fait que chacun perçoit des signaux qui le mènent au même endroit au même moment.

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Pour ceux qui voudraient expérimenter par eux-mêmes, mais sans risquer d’être piqués, les chercheurs proposent une application. Choisissez un nombre de moustiques et les signaux que vous voulez leur envoyer – des signaux visuels ou du CO2, ou les deux – puis observez leurs réactions, voyez comment ils changent de direction, accélèrent et ralentissent. Vous capterez alors peut-être aussi ce que les scientifiques ont noté. Les moustiques ont tendance à ne pas rester longtemps autour de leur cible lorsque signaux visuels et CO2 ne sont pas utilisés simultanément. « Alors les pièges conçus pour attirer les moustiques en diffusant du CO2 ou de la lumière gagneraient en efficacité s’ils le faisaient de manière intermittente plutôt que constamment. »