« Je ne me sentirai absolument pas responsable de la victoire de Dati »: les électeurs parisiens LFI se retrouvent face à un dilemme dimanche, « faire barrage » à la droite, soutenue par l’extrême droite, ou voter Sophia Chikirou, quand l’attitude des électeurs de Pierre-Yves Bournazel sera l’autre inconnue majeure du scrutin.

Arrivée troisième au premier tour des municipales (11,72%), la candidate insoumise s’est maintenue devant le refus d’Emmanuel Grégoire, le finaliste de la gauche unie hors LFI, d’accepter sa « main tendue ». Pierre-Yves Bournazel, ex-candidat Horizons/Renaissance (11,34%), a fusionné sa liste avec celle de Rachida Dati.

Lou, 36 ans, a voté Sophia Chikirou le 15 mars. « Je pense que les électeurs LFI sont fatigués des traîtrises du PS », dit à l’AFP cette tatoueuse, qui votera de nouveau pour la candidate La France insoumise, malgré « quelques réserves » à son égard.

Face à une potentielle victoire de Rachida Dati, elle estime que cela enverra un « message fort » au Parti socialiste pour l’élection présidentielle: « LFI est l’avenir de la gauche en France ».

Pour Paris, la trentenaire réclame une politique de « vraie gauche », citant la « crise immobilière sans précédent » dans une ville dirigée depuis 25 ans par les socialistes.

– « Bonne performance » –

Inès, militante insoumise, devrait voter de nouveau pour la candidate LFI, convaincue notamment par sa prestation au débat télévisé mercredi. Si la jeune femme de 26 ans, toujours « en hésitation », finissait par voter Emmanuel Grégoire, « ce serait vraiment pour faire barrage à Rachida Dati ».

« Le débat m’a fait changer d’avis et j’ai décidé de maintenir mon vote pour Chikirou », explique aussi Camille, 36 ans. Agacé de la « tactique » d’Emmanuel Grégoire de ne pas vouloir fusionner avec la liste insoumise, cet électeur du 18e est allé jusqu’à hésiter, un temps, à voter à droite pour le sanctionner.

« Je ne me sentirai absolument pas responsable de la victoire de Dati », jure Camille.

Pour Bruno Cautrès, « la bonne performance de Sophia Chikirou » au cours du débat « a sans doute conforté son électorat de premier tour » et ce politologue au CNRS ne s’attend pas « à un effondrement » de la candidate dimanche.

Le scrutin s’annonce serré, dans les derniers sondages Sophia Chikirou recueillerait entre 10 et 11% des suffrages quand Emmanuel Grégoire l’emporterait, parfois sur un fil, face à Rachida Dati.

Que vont faire les électeurs de Pierre-Yves Bournazel ? Les derniers sondages se contredisent: dans l’enquête Elabe pour BFMTV, Le Figaro et La Tribune Dimanche, 35% de ses électeurs voteraient pour Emmanuel Grégoire contre 56% pour Rachida Dati et dans l’étude Cluster pour le média Politico, 57% accorderaient leur voix au premier, 42% à la seconde.

Catherine Roudon a voté Pierre-Yves Bournazel au premier tour. « Je pense que je vais quand même voter Emmanuel Grégoire » dimanche, dit cette habitante du 18e, évoquant une « continuité » avec la maire sortante.

« Je trouve que Madame Hidalgo, même si elle est très critiquée, elle a très bien fait son travail », estime cette femme de 63 ans.

Driss, 67 ans, a aussi accordé sa voix à M. Bournazel, saluant un homme « à l’écoute des gens ». Au second tour, il va voter « à droite, Dati ». « Comme je suis investisseur immobilier, ça va dans mes intérêts », poursuit-il.

– « Indécis » –

Pour Charles, 35 ans, qui a « lu tous les programmes », celui de Pierre-Yves Bournazel lui « paraissait raisonnable, mesuré et justifié ».

Au second tour, ce manager va « probablement » voter pour Rachida Dati, avec un bémol: « Un des gros trucs qui m’empêche de voter Dati, c’est quand même qu’elle est corrompue », lâche-t-il, en référence à son procès en septembre pour corruption et trafic d’influence.

« Je suis indécis », résume cet électeur du 14e.

« Le report des voix de Pierre-Yves Bournazel est très difficile à quantifier mais globalement il y a plus d’électeurs de droite que de gauche » dans son électorat, résume pour l’AFP Stéphane Zumsteeg de l’institut Ipsos-BVA. « Même si Dati est apparue clivante pour une bonne partie de l’électorat Bournazel, ça reste des gens de droite », ajoute-t-il.

Les reports de voix des électeurs de la candidate d’extrême droite Sarah Knafo (10,40%), qui s’est désistée pour faire « battre la gauche », seront « massifs » en faveur de Rachida Dati, anticipe M. Zumsteeg.

Mais le politologue Benjamin Morel met en garde devant « la difficulté des sondeurs à évaluer cette élection » avec de « petits échantillons ».

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