Identification des contacts rapprochés, antibioprophylaxie, vaccination contre le méningocoque B, telles sont les mesures de contrôle que recommande l’agence de santé publique européenne si un cas lié à l’épidémie en cours dans le Kent, qualifiée de « sans précédent » par le gouvernement britannique, était détecté sur le continent.

En France, un cas d’infection invasive à méningocoque (IIM) a été rapporté comme possiblement en lien avec le foyer britannique. Il s’agit d’une personne ayant fréquenté l’université du Kent, qui a été hospitalisée en France et se trouve « dans un état stable », selon le ministère français de la Santé, ajoutant dans un communiqué que « les personnes ayant été en contact à risque avec le patient ont été informées de la situation et (qu’)un traitement antibiotique prophylactique leur a été proposé ». À ce stade, aucun autre cas n’a été déclaré sur le territoire national en lien avec l’outre-manche. « Les cliniciens devraient être au courant de la possibilité de méningite au retour de voyage (…) particulièrement de la région du Kent », déclare le Centre européen de contrôle et de prévention des maladies (ECDC) dans un communiqué.

Pour autant, l’agence sanitaire européenne se veut rassurante. Le risque d’IIM pour la population générale dans l’Union européenne/l’Espace économique européenne (UE/EEE) reste « très faible », compte tenu de la probabilité négligeable d’exposition et d’infection de la population générale, la maladie étant bien moins transmissible que des virus respiratoires.

Pour les personnes exposées mais précédemment vaccinées contre le méningocoque B, le risque de contamination est faible ; chez les non-vaccinés, il est « modéré », selon l’ECDC. À plus de dix jours de la date d’exposition, le risque de développer l’infection devient très faible, l’incubation pouvant durer jusqu’à dix jours, est-il rappelé. Des mesures ciblées (antibioprophylaxie, vaccination) sont à proposer chez les contacts rapprochés selon le risque individuel.

Un événement super-contaminateur dans une boîte de nuit

Pour l’heure, le nombre de cas signalés de méningites à méningocoques dans le sud-est de l’Angleterre est passé de 20 à 27, dont 15 cas confirmés et 12 faisant encore l’objet d’une enquête, ont annoncé ce jeudi 19 mars les autorités sanitaires du pays. Sur les 15 cas confirmés, neuf sont des cas de méningocoque B, selon l’agence de sécurité sanitaire britannique UKHSA, qui précise que tous les cas, à l’exception d’un seul, ont nécessité une hospitalisation. Aucun détail supplémentaire sur l’état de santé des personnes concernées n’a été apporté.

En Angleterre, ces cas devraient probablement augmenter, selon le Dr Robin May, directeur scientifique de l’agence sanitaire, interrogé sur la radio de la BBC. Il a précisé que tous « se rapportent d’une manière ou d’une autre à la même période, celle où l’exposition initiale a eu lieu ». L’épidémie a fait deux morts, une élève de terminale de 18 ans et un étudiant de l’université du Kent (sud-est de l’Angleterre) de 21 ans.

Selon le ministre de la Santé Wes Streeting, la majorité des cas sont liés à la boîte de nuit Club Chemistry à Canterbury (sud-est de l’Angleterre), fréquentée par des étudiants, « entre le 5 et le 7 mars ». L’établissement a depuis volontairement fermé ses portes. Cette situation a toutes les caractéristiques d’« un événement super-contaminateur, avec une propagation continue au sein des résidences universitaires », selon la directrice de l’UKHSA, Susan Hopkins. À ce stade, des cas ont été confirmés dans deux universités et quatre écoles du Kent, ainsi que dans un établissement d’enseignement supérieur à Londres. Ce dernier cas concerne une personne qui se serait rendue dans le Kent lors du week-end de contamination.

Des autorités britanniques prudentes

Interrogé jeudi par la radio de la BBC, Anjan Ghosh, directeur de la santé publique au sein des autorités locales du Kent, a déclaré qu’il n’était « pas en mesure d’affirmer », à ce stade, que l’épidémie était « contenue ». Cette épidémie a été décrite comme « sans précédent » et « explosive » par les autorités sanitaires, en raison du nombre de cas concernés et de la rapidité de la propagation. Selon l’UKHSA, 378 cas d’infections invasives à méningocoques ont été confirmés en 2024-2025, parmi lesquels plus de 80 % concernaient le méningocoque B. En UE/EEE, le nombre d’IIM est en moyenne de 2000 cas chaque année, dont 10 % de cas mortels. En 2024, le nombre a atteint les 2 263 cas, dont 202 décès. Le pourcentage de sérogroupe B comptait pour 57 % des cas en 2023 et pour 55 % en 2024.

L’agence de sécurité sanitaire UKHSA a été informée le 13 mars du premier cas de ce foyer épidémique. Les autorités ont commencé à tracer les contacts et à fournir des antibiotiques aux étudiants de l’université du Kent, à ceux qui ont fréquenté le Club Chemistry entre le 5 et le 7 mars, et à l’entourage proche des personnes infectées ou soupçonnées d’avoir été infectées. L’antibioprophylaxie vise à prévenir la contagion entre individus. Plus de 6 500 personnes ont été traitées, a indiqué mercredi 18 mars l’université du Kent. Un programme de vaccination ciblée contre le méningocoque B a aussi été lancé sur le campus de cette université à Canterbury. Il concerne environ 5 000 étudiants.

En France, une politique vaccinale revue en 2025

Au Royaume-Uni, les nourrissons sont vaccinés contre le méningocoque B depuis 2015, mais les générations nées avant cette date ne sont pas couvertes. Cette épidémie a poussé certaines personnes à vouloir se procurer des vaccins. Ce n’est « pas nécessaire », a affirmé le ministre de la Santé. Il a reconnu que certaines pharmacies n’avaient plus de vaccins, mais assuré que les stocks étaient suffisants pour assurer la vaccination des enfants et des jeunes concernés par la campagne de vaccination ciblée dans la région de Canterbury.

La France a revu en 2025 sa politique vaccinale contre les infections à méningocoques. Pour les nourrissons jusqu’à l’âge de 2 ans, la vaccination ACWY et B est obligatoire depuis le 1er janvier 2025. Un rattrapage temporaire est recommandé pour les enfants jusqu’à 4 ans révolus (5e anniversaire) pour les vaccinations contre les méningocoques B et ACWY, le remboursement ayant été enfin acté au Journal officiel ces dernières semaines. Chez les adolescents de 11 à 14 ans, la vaccination ACWY est désormais recommandée, quelle que soit leur vaccination antérieure. Elle est également recommandée chez les personnes de 15 à 24 ans, dans le cadre du rattrapage vaccinal. La vaccination contre le méningocoque B peut être proposée aux personnes de 15 à 24 ans. « En 2024, 615 cas d’IIM ont été déclarés en France, soit le nombre de cas le plus élevé depuis 2010. L’augmentation des IIM en janvier 2025, pourrait être liée en partie à l’épidémie de grippe particulièrement importante pendant la saison 2024-2025 », ont expliqué les autorités sanitaires.