« C’est davantage que la totalité des Patriots utilisés par l’Ukraine depuis 2022, pointe la chercheuse ukrainienne du centre de réflexion américain German Marshall Fund, Olena Prokopenko. Non seulement, cela signifie que les stocks de Patriot se vident, mais c’est en outre intenable à moyen terme pour faire face à des vagues d’attaques de drones à 30 000 dollars pièce. »
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Il existe des alternatives comme les batteries de missiles sol-air Nasam ou Avenger, dont disposent également les pays du Golfe, mais elles coûtent également plusieurs centaines de milliers de dollars. Ce qui fait dire à la chercheuse que Kiev a une carte à jouer. « Le détournement de l’attention occidentale, la hausse des prix de l’énergie et l’impact de cette guerre sur les stocks d’armement américains semblent jouer en faveur de la Russie, constate Olena Prokopenko. Mais la demande exponentielle de drones intercepteurs pour faire face aux attaques iraniennes ouvre une fenêtre stratégique à l’Ukraine en raison de sa capacité de production industrielle de drones et de sa maîtrise militaire unique. »
Drones contre Patriot
Outre l’usage de drones intercepteurs et le déploiement d’unités mobiles installées sur des véhicules blindés équipés de mitrailleuses pour abattre les drones à vue, l’Ukraine « est constellée de systèmes de détection acoustique, de drones anti-drones qui permettent d’abattre les Shahed à un faible coût », indiquait début du mois un expert européen en armement aux agences de presse. « Il n’y a rien de tout cela dans les pays du Golfe ». Volodymyr Zelensky l’a bien compris. Le 3 mars, le président ukrainien a publiquement proposé aux pays du Moyen-Orient de leur envoyer des drones intercepteurs à quelques milliers de dollars l’unité, des spécialistes et des technologies ukrainiennes pour soutenir leurs défenses anti-aériennes.
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« L’expertise de l’Ukraine en matière de lutte contre les drones Shahed est actuellement la plus avancée au monde, a vanté le président ukrainien. L’Ukraine peut contribuer à protéger des vies et à stabiliser la situation ». En échange de ce service, et sous réserve de ne pas affaiblir les stocks de drones ukrainiens, il s’agirait pour les pays assistés de jouer de leur influence sur Moscou et de livrer à Kiev les systèmes Patriot dont le pays a cruellement besoin.
« Les dirigeants du Moyen-Orient ont d’excellentes relations avec les Russes. Ils peuvent leur demander d’instaurer un cessez-le-feu d’un mois, a encore insisté Volodymyr Zelensky. Ils ont besoin des drones intercepteurs que nous avons, et nous manquons des missiles et systèmes Patriot. Je pense donc que notre pays sera ouvert à un échange de technologie ou d’armes. »
Onze pays ont appelé Kiev
Le 4 mars, Volodymyr Zelensky indiquait avoir eu des échanges à ce sujet avec les États-Unis, les Émirats arabes unis, le Qatar, la Jordanie, Bahreïn, et « plusieurs pays européens ». Ce mardi 17 mars, il confirmait la présente de 201 experts militaires ukrainiens au Moyen-Orient, avant d’ajouter que l’Ukraine était prête à en déployer une trentaine d’autres dans la région.
« Des experts ukrainiens travaillent déjà avec les Émirats arabes unis le Qatar, l’Arabie saoudite, et d’autres sont en route vers le Koweït confirmait jeudi le centre de réflexion américain Institute for the Study of War. Selon Volodymyr Zelensky, l’Ukraine peut produire quotidiennement plus de 2000 drones intercepteurs, alors qu’il ne lui en faut que de 1000 pour assurer sa propre défense. Cette production peut encore augmenter si de nouveaux partenaires investissent dans les capacités de production ukrainiennes. »
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En trois semaines, Kiev aurait reçu onze demandes d’assistance au total. « Au-delà de la défense aérienne, l’Ukraine peut également fournir des drones marins et une expertise en matière de détection des mines sous-marines qui pourraient bloquer le détroit d’Ormuz pendant des semaines ou des mois, analyse Olena Prokopenko. Si Zelensky joue bien les cartes qu’il a en main, tout cela pourrait également donner une assise politique favorable à Kiev à Washington […] La Maison-Blanche doit certainement regretter d’avoir refusé la proposition ukrainienne d’établir un hub technologique pour la fabrication de drones de combat au Moyen-Orient, il y a un an. »
Les Ukrainiens à Washington ce samedi
Jusqu’à présent, le Kremlin a joué la prudence et soutenu son allié iranien du bout des lèvres. En quatre ans, Téhéran a pourtant livré des milliers de drones Shahed aux Russes qui les fabriquent désormais eux-mêmes sous le nom de « Geran » et pourraient leur rendre la pareille. Selon le commandant en chef des forces armées ukrainiennes, Oleksandr Syrsky, Moscou est désormais capable de produire plus de 19 000 drones FPV par jour. Téhéran, de son côté, n’a montré aucune intention d’abdiquer et a publié mardi via la télévision d’État une liste de cibles stratégiques dans la région, dont un certain nombre de sites gaziers et pétroliers, alimentant les craintes d’une possible « guerre du gaz ».
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Reste, désormais, à scruter la réaction du président américain. Empêtré dans un possible conflit long aux conséquences économiques désastreuses, Donald Trump n’a pas pris position lorsqu’il a été informé que Moscou livrait des informations sensibles à Téhéran, notamment au sujet de sites stratégiques américains au Moyen-Orient.
Kiev, de son côté, a annoncé vendredi que ses diplomates se rendraient à Washington ce samedi pour y rencontrer les négociateurs américains et éviter que la Maison-Blanche ne leur coupe l’accès aux stocks d’armements américains. De quoi, peut-être, donner une première indication sur l’évolution des relations entre leurs deux administrations, alors que le Kremlin a annoncé jeudi qu’il gelait le processus de négociations.