Geoffrey Pion est consultant en « géomarketing électoral ». Il travaille avec des candidats aux élections en France et à l’étranger quant à l’adaptation de leur stratégie de campagne territoriale en fonction des résultats constatés. Par bureau de vote, voire prochainement plus finement. Il est l’auteur de la carte que nous publions, issue des résultats « dominants » dans chacun bureaux de vote de Saint-Etienne au 1er tour des Municipales.   

La carte des dominances de vote au 1er tour à Saint-Etienne dans les 100 bureaux stéphanois réalisée par Geoffrey Pion (explications de la méthode et des résultats dans l’article).

« A l’issue de ce 1er tour des Municipales en France, le cas de Saint-Etienne me semble atypique. Au regard de l’offre électorale déployée – huit listes – et le côté fréquemment serré des résultats – dans les bureaux, j’entends – et surtout, le fait qu’une candidate, sans être affiliée à un parti, obtienne des résultats aussi forts, aussi nettement en avance sur les autres dans quelques bureaux précis d’un secteur de la Ville. » Ce secteur de la ville dont parle Geoffrey Pion, correspond aux quatre bureaux situés au Nord : à Montreynaud et autour de Geoffroy-Guichard au sud de l’A72. La candidate : Siham Labich. Elle est réputée y être dans son « fief ». Et cela s’est vérifié. Etiquetée « Divers » par la préfecture, l’ex adjointe issue de la majorité de droite et du centre de Gaël Perdriau est arrivée dimanche 5e et première non qualifiée pour le second tour avec 9,4 %.

Il lui a manqué quelques centaines de voix, moins de 300, pour atteindre les 10 % qualifiant. Et faire d’elle un « arbitre » du « 2e round » encore plus décisive qu’elle ne l’est potentiellement ce dimanche. Du moins ses votant. Abstention après avoir obtenu leur mobilisation ? Répartition équilibrée entre les candidats du 2e tour ? Passage plutôt gauche ? Mais, si c’est le cas, pour LFI de Valentine Mercier ? Ou pour l’union de gauche menée par Régis Juanico ? Beaucoup d’observateurs s’accordent à dire que la liste de Droite et du Centre menée par Dino Cinieri ne pourra en tout cas guère compter dessus. Celle-ci doit pourtant « rattraper » 13 % pour espérer disputer la victoire mais peut éventuellement compter sur les scores de Marc Chassaubéné (6,82 %) et Eric Le Jaouen (4,93 %), autres outsiders de Droite et de centre non qualifiés. Siham Labich, elle, n’a pas donné de consignes. Et ce n’est pas très étonnant…

Les listes devançant les autres de 10 % en évidence

Zoom sur la partie Nord de la carte de Geoffrey Pion.

Zoom sur la partie Sud de la carte de Geoffrey Pion.

Sur la carte réalisée par Geoffrey Pion, sa liste apparaît en jaune. Forcément, l’exercice n’a rien d’évident – le choix des couleurs à attribuer aux uns et aux autres par exemple – et ne revendique pas la science exacte mais une logique qui nous a semblé pertinente et instructive. En tirer des enseignements, c’est le but. Chercheur à l’université quelques années, Geoffrey Pion se définit comme « consultant en géomarketing électoral » auprès des candidats, élus et partis politiques. En France et parfois même à l’étranger. « Ma spécialité est l’analyse électorale à une échelle fine (bureau de vote, rue et bâtiment). Je fournis des données précises et des conseils de stratégie territoriale. Là, la logique que je vous ai réalisé est ce qui ressort par bureau mais je suis en mesure de l’effectuer plus finement, par rue et même par immeuble. C’est utile pour des candidats qui savent qu’un vote en leur faveur doit se travailler dans les zones manifestement indécises et disputées. » Nous avons fourni à Geoffrey Pion les résultats des 100 bureaux stéphanois (le 101e est celui des détenus : aucun vote enregistré). Il a fait le reste. Sa méthodologie ? Comment comprendre ce que donne sa carte ?

Considérant qu’il n’est pas pertinent pour lire la subtilité des votes d’accorder le territoire d’un bureau de vote à une seule candidature qui pourrait très bien apparaître seule en tête avec sa couleur avec une avance minime, par exemple de 0,1 % des votes sur le second, la méthode de Geoffrey Pion consiste à ne faire apparaître un net vainqueur au sein d’un bureau que si cette candidature a obtenu – au minimum – un score supérieur de 10 % par rapport à la liste en seconde position. Ce qui n’est le cas à Saint-Etienne que de Siham Labich dans quatre bureaux donc avec même des avances de 15 / 20 %, voire plus (elle a capté jusqu’à 50,29 % des voix exprimées dans un bureau !). Et de Régis Juanico et l’Union de gauche (en rose, indépendamment de l’appartenance PS de la tête de liste PS/EELC/PC et autres) dans 19 bureaux (avec une pointe à 42,23% parmi eux). Lorsque deux ou trois candidats ayant réalisé les meilleurs scores ne sont séparés que de quelques pourcents mais sont tous en avance d’au moins 10 % sur le 3e ou donc le 4e, il appose une couleur commune à ces deux ou trois mêmes candidats pour démontrer que tel bureau a été assez disputé entre eux.

Une trentaine de bureaux sans nets « dominants »

Ainsi, en rose foncé, se retrouvent à Saint-Etienne 7 bureaux de l’hyper centre / Grand Rue pour la plupart « partagés » entre les listes Juanico / Cinieri / Mercier (LFI). Huit – en rouge (Crêt de Roch ; Beaubrun Tarentaize, Cotonne) – donnent plutôt leurs faveurs à Mercier ou Juanico. 11 à une lutte entre Jousserand (RN) et Juanico : par exemple, plutôt à l’est de la Ville, au sud dont le portail Rouge et côté Nord de Saint-Victor. Le trio Cinieri / Juanico / Jousserand émerge dans 23 bureaux. Pour tout le reste, une trentaine, dit « mixte » – en vert pâle, choisi par facilité de lecture vis-à-vis des autres couleurs en l’absence de liste candidate 100 % écologiste ici – ne permet pas selon la méthode du consultant d’attribuer ces bureaux à la domination nette d’une, deux ou trois listes, même si comme à chaque fois, un candidat est forcément arrivé premier.

« J’ai fait une entorse à ma méthode dans cet ensemble : c’est le bleu clair dans une zone apparemment un peu plus rural au sud-est de la ville (Rochetaillée, Ndlr). Là-bas, c’est la liste de Régis Juanico qui est nettement en tête (environ 32 %) mais c’est la seule où Marc Chassaubéné réalise un score important avec un retard à peine au-dessus de 10 % (21,24 %) mais très nettement au-dessus des autres poursuivants, explique Geoffrey Pion. Donc, pour la lecture du vote, cela me semblait pertinent de le considérer comme disputé entre les deux, ne pas l’effacer. Je ne suis pas de Saint-Etienne et je ne savais pas que c’était là où il habitait, ni qu’il était le « dauphin » de Gaël Pedriau, également résident là-bas. »