Les Iraniens du monde entier célèbrent ce vendredi 20 mars le Nouvel an persan, une fête très populaire assombrie cette année par les bombardements israélo-américains.
Un Nouvel an dans l’angoisse de la guerre. Alors que des explosions retentissent encore à Téhéran ce vendredi 20 mars, les Iraniens s’apprêtent à célébrer Norouz, le premier jour du calendrier persan. Cette année, la fête la plus populaire du pays coïncide avec Aïd el-Fitr, le dernier jour du Ramadan, qui tombe vendredi en Arabie saoudite et la plupart des pays musulmans, et samedi en Iran.
Norouz – qui signifie « nouveau jour » – puise ses origines dans le zoroastrisme, une religion antérieure à la chrétienté et l’islam qui remonte au premier millénaire avant notre ère. On le célèbre à l’équinoxe de printemps, au moment où la durée du jour est égale à celle de la nuit – très exactement à 18h16 ce soir.
« À l’époque, il s’agissait d’un moment sacré où l’on célébrait la renaissance de la nature. Au fil des siècles, le Novruz (plusieurs écritures existent, NDLR) est devenu une fête laïque à laquelle adhèrent de nombreuses communautés ethnolinguistiques et culturelles », explique le site de l’ONU.
« Fête du feu »
La fête de Norouz s’accompagne de nombreuses traditions. Les festivités commencent quelques jours avant, la veille du dernier mercredi de l’année du calendrier, avec Tchaharchanbé-Souri, aussi appelée « fête du feu ». Un rituel consiste à sauter par-dessus des feux de joie, « un acte symbolique destiné à purifier et à donner de l’énergie, à chasser les vestiges de l’hiver et à inviter la chaleur et la vitalité du printemps dans la vie de chacun », poursuit l’ONU.
Des participants à la traditionnelle fête du feu persane, le 16 mars 2021 à Téhéran, en Iran © ATTA KENARE © 2019 AFP
L’arrivée de Norouz est ensuite annoncée par des chanteurs de rue (Hadji Firouz) portant des tenues colorées et jouant du tambourin.
Dans les foyers, les Iraniens se retrouvent autour des Haft-Sîn, une table où sont disposées de manière harmonieuse sept (haft, en persan) éléments végétaux symboles de renouveau, de bonne santé ou encore de sagesse. Chacun doit commencer par la lettre S (sin): sabzeh (grains germés), samanu (pudding sucré), senjed (fruits secs), seer (ail), seeb (pomme), somāq (baies de sumac), serkeh (vinaigre)…
« Cette tradition ancestrale est toujours pratiquée en Iran, non seulement par les zoroastriens, mais aussi par les musulmans, les chrétiens, les juifs, etc », explique le spécialiste de la Perse Nader Nasiri-Moghaddam sur le site la faculté des langues de Strasbourg.
« Chacune de ces communautés dépose son livre sacré à côté de la nappe de haft sin qui contient aussi d’autres éléments ajoutés au fil du temps, comme l’œuf, la jacinthe, le miroir, des bougies, des pièces de monnaie, l’horloge et le poisson rouge, élément animalier ajouté à partir du XIIIe siècle après l’invasion des Mongols chez qui le poisson est le symbole du bonheur », poursuit-il.
Une table Haft Sîn chez un Iranien à Washington D.C. le 18 mars 2026 © Photo par AMID FARAHI / AFP
Il est aussi de coutume à Norouz de procéder chez soi à un grand ménage de printemps, d’acheter des fleurs et des nouveaux vêtements.
La tradition de Norouz est extrêmement respectée par les millions d’Iraniens vivants à l’étranger. Comme à Los Angeles où vit une immense diaspora, évaluée à 500.000 personnes. Mais la fête est aussi célébrée dans plusieurs pays d’Asie centrale et du Moyen-Orient comme en Afghanistan, en Azerbaïdjan, ou encore au Kazakhstan. Au total, plus de 300 millions de personnes dans le monde célèbrent Norouz.
Un Norouz sous les bombes
Selon l’AFP, à Téhéran, la guerre assombrit l’atmosphère joyeuse dans laquelle la ville devait être plongée à cette période de l’année. À l’aube, des bannières célébrant le Norouz, ont remplacé dans certaines rues de Téhéran les portraits du défunt ayatollah Ali Khamenei.
Une affiche montre une famille réunie autour d’une table richement garnie, en train d’émettre ses vœux pour la nouvelle année. « La victoire de Norouz », proclament les bannières, contrastant avec la grisaille ambiante dans la capitale.
« Honnêtement, je ne ressens pas vraiment l’ambiance de Norouz cette année », a témoigné auprès de l’AFP Amir, un habitant de 36 ans joint depuis Paris, sous couvert d’anonymat. « Les gens que je connais ne prévoient rien de spécial ».
Hoda, une habitante de la ville de Saveh, assure elle qu’elle se rendra dans la capitale pour se réunir en famille et espère « qu’il n’y aura pas de bombardements » en ce premier jour de la nouvelle année. « Nous ne savons pas ce qui va se passer, mais la vie continue ».