Attaquant emblématique de
Saint-Etienne, Dominique Rocheteau fut l’un des héros de la
qualification des Verts face au Dynamo Kiev en quarts de finale de
la Coupe d’Europe des clubs champions, il y a cinquante
ans.
Cette année 2026 marque le 50e anniversaire de la
défaite concédée à Glasow en finale de la Coupe des clubs champions
face au Bayern Munich. Mais avant cette issue cruelle, le club
stéphanois a enchaîné les exploits, dont l’incroyable qualification
décrochée face au Dynamo Kiev en quarts de finale.
Lors du match aller, l’ASSE s’était inclinée 2-0 en Crimée et
les Verts s’en étaient tirés à bon compte au vu de la domination
des soviétiques. « Nous aurions pu perdre 3-0, 4-0.
Nous n’avions perdu que 2-0, je ne sais pas comment. Il y avait eu
Curko (Ivan Curkovic, le gardien héroïque) mais nous avions été
solidaires quand même dans un bourbier », confia
d’ailleurs Dominique Rocheteau à l’occasion du 40e
anniversaire de l’épopée des Verts.
Renverser la situation à Geoffroy-Guichard a tout de la mission
impossible. Et c’est encore plus vrai lorsque les deux équipes
regagnent les vestiaires à la mi-temps avec un score nul et
vierge.
Dominique Rocheteau, l’improbable héros
Les Stéphanois frôlent d’ailleurs la correctionnelle à la
65e minute lorsque le Ballon d’Or Oleg Blokhine part
seul au but. Mais c’est sans compter sur les tergiversations de
l’Ukrainien et le retour de Christian Lopez. Dans la foulée, Hervé
Revelli ouvre enfin le score au terme d’un joli mouvement
collectif.
Saint-Etienne a néanmoins toujours un but de retard à l’entame
des vingt dernières minutes. Le moment choisi par Jean-Michel
Larqué, dangereux à plusieurs reprises en première période, pour
délivrer les siens grâce à un coup franc à l’entrée de la
surface. Le capitaine stéphanois prend le ballon et Dominique
Rocheteau lui montre un espace sur la droite du mur.
Les deux équipes en sont quittes pour se disputer la
qualification pour le dernier carré en prolongations. Trente minute
supplémentaires qui verront Dominique Rocheteau se blesser à la
cuisse alors que Robert Herbin a déjà procédé à tous les
changements. Le natif des Charentes en est quitte pour rester les
terrains et jouer les utilités. Mais à la 113e minute,
c’est bien lui qui est à la réception d’un centre de Patrick
Révelli, son intérieur du pied droit envoyant l’ASSE au septième
ciel.
« Je ne pouvais plus marcher, raconta-t-il par la
suite. Je marchais sur le terrain. C’est Patrick qui fait tout
le travail. Il élimine deux défenseurs, il fait un super centre et
moi, je frappe au but et après, je suis parti en courant, comme un
fou. Là, je pouvais courir. »
De son propre aveu, Dominique Rocheteau ne connut plus jamais
une telle émotion sur un terrain de foot, même avec l’équipe de
France malgré les parcours à la Coupe du monde. « Le match
retour avec cette ambiance que je n’ai plus jamais revue. C’était
un truc de fou. C’était fou. Le premier but, le deuxième, le
troisième enfin et les gens qui envahissent la pelouse, les
photographes. Tout le monde. C’était de la folie »,
avait-il soufflé.
« Lorsque Dominique envoie le ballon dans les filets,
j’ai ressenti la plus grande joie de ma carrière, raconta son
coéquipier Gérard Farizon. Il m’a offert sept minutes de pur
bonheur jusqu’au coup de sifflet final. On était euphoriques, plus
rien ne pouvait nous arriver malgré la fatigue. C’est LE moment de
notre épopée. Et tous les supporters stéphanois se souviennent de
cet instant. »
« Quand Dominique Rocheteau a marqué le 3e but,
on s’embrassait avec des voisins, on ne se connaissait pas, a
d’ailleurs raconté Philippe Gastal, l’historien de l’ASSE et
conservateur du musée des Verts à l’occasion du 50e
anniversaire de ce match légendaire. 50 ans après, c’est mon
plus grand souvenir au stade Geoffroy Guichard, par la dramaturgie,
par tout ce qui s’est passé et parce qu’encore une fois, ce match
résumait l’AS Saint-Étienne et la ville de Saint-Étienne. Pour ceux
qui y étaient, tout le monde s’en rappelle encore.. »