Pour Paris Match, l’actrice roumaine de « Je vous trouve très beau » se souvient de sa rencontre avec Isabelle Mergault, tragiquement décédée ce vendredi.
«Une journée brûlante d’août 2004. Ma première rencontre avec Isabelle Mergault. J’étais émue, intimidée, je ne parlais pas un mot de français. J’ai compris plus tard que c’était peut-être, justement, ce qui avait été un avantage pour décrocher le rôle. Une fille de l’Est — c’était justement le titre provisoire du scénario.
Face à elle, je me suis ouverte pareil à un bouton de fleur. La peur a disparu, la langue aussi. Et son rire… ce rire plein, vibrant (il résonne encore aujourd’hui en moi). Il a d’ailleurs accompagné chaque jour de tournage de « Je vous trouve très beau ».
Elle nous a aimés, Michel et moi, d’une façon rare, précieuse. Pas seulement parce que nous étions ses acteurs, mais parce qu’elle avait ce sens profond de la camaraderie et de l’attachement. Avec le temps, j’ai compris qu’il s’agissait de sa nature à elle. Isabelle m’a offert deux rôles qui ont changé ma vie. Elle a cru en moi, avec une évidence bouleversante, et elle n’a jamais cessé de croire. Nous sommes restées liées pendant vingt ans, parce qu’au-delà du cinéma, il y avait quelque chose de plus grand, de plus intime. Son humanité, sa tendresse, vivent dans tous les personnages qu’elle a imaginés.
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Un jour, sur le tournage de « Donnant donnant », elle a senti, sans que j’en dise un mot, que j’étais triste. Mon mari George et mon fils Luca devaient repartir le lendemain à Bucarest. Alors elle a décidé de tourner un plan long, compliqué, avec toute une équipe sur une péniche, juste pour faire entrer George dans le cadre, à mes côtés. Elle m’a offert ce moment. Juste ce moment. Elle m’a offert cette douceur. Elle a écrit pour moi le rôle de la pianiste dans « Donnant donnant », parce qu’elle savait qu’enfant, j’avais rêvé de devenir une grande pianiste. Elle voyait ces choses-là. Elle les gardait en elle.
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« Elle savait aimer profondément »
Grâce à elle, j’ai rencontré des acteurs immenses, que je n’aurais jamais osé imaginer approcher, et avec lesquels j’ai eu la chance de jouer : Michel Blanc, Daniel Auteuil, Sabine Azéma… Je mesure aujourd’hui encore ce qu’elle m’a donné. Des producteurs comme Jean-Louis Livi, Sidonie Dumas et Christine Gozlan ont soutenu ce pari qu’Isabelle a fait avec moi ; je le sais, et c’est pourquoi je les remercie également.
Nous ne nous sommes jamais vraiment quittées. Nous avons continué à nous parler, à nous retrouver. Je l’ai vue sur scène, au théâtre, aux côtés de Gérard Jugnot. Elle pensait à une nouvelle histoire pour nous, vingt ans plus tard. J’ai encore son synopsis sur mon téléphone… Elle ne m’a jamais parlé de sa souffrance, de ses soucis.
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La dernière fois que nous nous sommes vues à Paris, mon fils Luca, aujourd’hui âgé de 17 ans, a été touché par sa lumière, par son humour, par cette jeunesse inaltérable. Il m’a dit : « Maman, quand est-ce qu’on revoit Isabelle ? » Les enfants ne se trompent jamais. Ils reconnaissent sans tarder la bonté, la vérité. Isabelle en débordait. Isabelle a donné tout son amour à ses deux filles qu’elle a adoptées et élevées. Elle savait aimer profondément.
Aujourd’hui, je flotte entre les larmes et les souvenirs. Par moments, je souris en pensant à elle… et l’instant d’après, l’absence est là. J’essaie de rassembler ces images pour la garder près de moi, toujours.
Aujourd’hui, Isabelle n’est plus là. Mais son esprit et sa grande humanité continuent de vivre à travers ses films.
Je t’aime, Isabelle. Et je te remercie pour tout ce que tu as été pour moi.
Bon voyage, mon amie. »