Nantes, Haluchère-Batignolles, 20 mars 2026. Lors des Journées Usines Ouvertes, Madame Dominique Yani, secrétaire générale de la préfecture de Loire-Atlantique et sous-préfète référente France 2030 et accélération de projets industriels, s’est rendue ce vendredi sur le site d’ACB, Aries Alliance, implanté au cœur du quartier Haluchère-Batignolles, rue du Ranzay, à Nantes.

Titane, précision et savoir-faire : bienvenue dans la nef industrielle

Trois nefs. Classées. Conçues en 1920 par l’ingénieur Eugène Freyssinet, pionnier du béton armé, ces bâtiments, que les ouvriers d’hier surnommaient « la Cathédrale » abritent aujourd’hui l’un des acteurs les plus discrets et les plus stratégiques de la filière aéronautique française : ACB, société du groupe Aries Industries.

Sous ces verrières centenaires qui découpent la lumière en longues lames obliques, les ateliers tournent. On y forme, on y étire, on y soude des alliages métalliques à destination des plus grands noms de l’aéronautique mondiale. Pas de place ici pour l’à-peu-près. Chaque pièce embarquera dans un moteur ou une cellule d’avion. Les tolérances se mesurent en dixièmes de millimètre.

Deux métiers, une seule exigence : la haute précision

ACB opère sur deux fronts complémentaires, qui font ensemble la force et l’originalité de l’entreprise dans le paysage industriel français.

ACB, joyau de la mécanique aéronautique nantaise, reçoit France 2030ACB Lauréat France 2030Constructeur de machines : l’intelligence du métal en mouvement

Le premier métier d’ACB, c’est la conception et la fabrication de machines de formage, des équipements industriels de haute technologie vendus à des constructeurs aéronautiques dans le monde entier. Six familles de machines constituent ce catalogue d’excellence :

Le formage superplastique (SPF) est sans doute la technologie phare de l’entreprise. Le principe : une tôle métallique est serrée entre un outil inférieur et une plaque supérieure, portée à une température précisément contrôlée. Une pression de gaz est alors appliquée pour déformer progressivement la tôle contre les parois d’une matrice creuse, à la manière d’un souffleur de verre, mais avec une rigueur industrielle absolue. Résultat : des pièces d’aérostructures complexes, légères, irréprochables. La précision des conditions de température et de déformation est assurée par OPSYS, le logiciel propriétaire développé par ACB lui-même. À cette technologie s’associe le soudage par diffusion (SPF-DB), procédé complémentaire permettant d’assembler simultanément des pièces pendant leur mise en forme.

Le formage par étirage permet, quant à lui, de former rapidement et économiquement des panneaux de grande dimension à partir d’une simple tôle, idéal pour les fuselages et les voilures. Le formage de profilés par étirage décline ce savoir-faire pour des profilés en 2D ou 3D, avec une répétabilité remarquable. L’élastoformage, lui, exploite un coussin élastomère sous haute pression pour former des pièces à l’aide d’un demi-outil seulement, une approche astucieuse qui réduit les coûts de l’outillage. Le formage à chaud complète l’arsenal pour les matériaux les plus récalcitrants, via un poinçon et une matrice travaillant à haute température. Enfin, les machines de soudage par friction linéaire permettent d’assembler des pièces métalliques à l’état solide, sans fusion, pour des joints d’une solidité et d’une qualité métallurgique exceptionnelles.

ACB propose également des ateliers clés en main : de la conception des équipements jusqu’à leur intégration complète dans une ligne de production, l’entreprise livre des solutions industrielles prêtes à produire.

Fabricant de pièces : au service des plus grands de l’aéronautique mondiale

Le second métier d’ACB est tout aussi exigeant : la production de pièces aéronautiques, exclusivement. Pas de diversification tous azimuts. Une spécialisation assumée, totale, au service d’une clientèle de premier rang mondial : Safran, Airbus, Boeing, Bombardier, Gulfstream, ATR, Mubea…Et d’autres, que le secret professionnel nous oblige de taire, pour cause de close de confidentialité. Des noms qui résument à eux seuls les standards de qualité imposés à chaque composant sorti des ateliers nantais.

Une visite à la croisée de l’histoire et de l’ambition industrielle

La venue de Madame Yani n’était pas protocolaire. Elle s’inscrit dans une mission concrète : identifier, accompagner et accélérer les projets industriels du territoire, dans le cadre du plan France 2030.

Lancé en octobre 2021, ce plan de 54 milliards d’euros vise à transformer en profondeur les secteurs clefs de l’économie française, santé, énergie, automobile, aéronautique, espace, par l’innovation technologique, de la recherche fondamentale jusqu’à l’industrialisation. L’objectif affiché : positionner la France non pas comme simple acteur, mais comme leader de l’économie de demain.

Ce vendredi 20 mars, ACB ouvrait ses portes au public.

En Loire-Atlantique, le bilan est déjà tangible. 300 projets retenus. Plus de 500 millions d’euros d’aides attribuées. Autant d’investissements dans l’écosystème industriel et technologique du département.

ACB illustre précisément ce que France 2030 entend soutenir : une entreprise ancrée dans un territoire, porteuse d’un double savoir-faire de haute technologie, constructeur de machines ET fabricant de pièces, en capacité de répondre aux besoins des filières stratégiques mondiales, tout en contribuant à l’attractivité industrielle de la Loire-Atlantique.

Un panonceau, un acte fort

Ce vendredi après-midi, au cœur même des ateliers, Madame Yani, référente France 2030, a remis officiellement à ACB son panonceau de Lauréat France 2030. Un geste sobre, mais chargé de sens. Car cette reconnaissance n’est pas un ruban honorifique : elle atteste qu’ACB fait partie des 300 projets retenus en Loire-Atlantique, que son engagement dans l’innovation industrielle a été évalué, instruit et validé par l’État. Dans une nef classée qui a vu naître des locomotives et des tourelles de chars, c’est désormais l’avenir de l’aéronautique française qui reçoit son brevet d’excellence.

Pour sa part, Pierre-Edouard Dossin, directeur de l’usine, n’a pas caché son émotion. Visiblement sincèrement touché par la distinction, il a tenu à souligner la fierté de fabriquer en France, de faire vivre un tissu de sous-traitants locaux, et de porter haut, depuis les Batignolles, un savoir-faire qui s’exporte sur tous les continents.

Une trajectoire qui remonte en flèche

Les années Covid ont laissé des traces. Comme l’ensemble de la filière aéronautique mondiale, ACB a traversé une zone de turbulences sévères, carnets de commandes à l’arrêt, cadences réduites, et en 2020, une procédure de sauvegarde qui a mis l’entreprise au pied du mur. Mais l’usine des Batignolles a tenu. Et le rebond est là, massif, structurel.

Portée par le redécollage global du transport aérien et la montée en cadence des grands programmes, l’entreprise affiche désormais une croissance de 10 % par an. Une dynamique qui se lit concrètement dans les effectifs : 160 salariés dans un atelier, 60 dans l’autre, et une implantation américaine assumée avec 20 collaborateurs aux États-Unis. Au total, près de 240 femmes et hommes qui font tourner une machine industrielle redevenue conquérante.

Les investissements sont engagés, les recrutements en cours, les ateliers tournent à plein régime. ACB ne subit plus le cycle. Elle l’anticipe.

Les Batignolles : quand le patrimoine sert l’industrie du futur

Il y a quelque chose de saisissant à voir des presses hydrauliques de dernière génération opérer dans des bâtiments que la République classe au titre du patrimoine. Les Batignolles ont forgé des locomotives Pacific, des tourelles de chars, des pompes industrielles. Elles fabriquent aujourd’hui des pièces pour les avions de demain.

L’architecte de la gare de Haluchère-Batignolles a pris grand soin de rappeler par des détails le passé industriel du quartier © Alain Moreau.

Ce n’est pas un paradoxe. C’est une continuité. Celle d’un territoire qui n’a jamais cessé de produire, d’innover, de transformer la matière.

La visite de la secrétaire générale de la préfecture est un signal clair : l’État regarde l’industrie. Il l’accompagne. Et il la soutient là où elle crée de la valeur, sur le plancher d’usine, dans les ateliers, là où les mains et les machines travaillent de concert.

Liens utiles :
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ACB – Aries Alliance