Les deux organisations collaborent quotidiennement mais ont encore des centres d’appels distincts dans 80 % des départements, et ont chacune leurs réseaux d’ambulances, les rouges pour les pompiers, et les blanches pour le Samu, celles des ambulanciers privés et celles du Smur avec un médecin à bord. Pour certains, cette organisation duale ne peut plus continuer, comme l’affirme Olivier Richefou, président de la conférence nationale des services départementaux d’incendie et de secours et président du Conseil général de Mayenne.

Une gestion départementale unifiée sous l’égide de l’État

« Notre pays marche sur la tête. Nous sommes en déficit, le coût de la dette va exploser, et pour le secours d’urgence on continue d’avoir deux lieux différents où l’on prend les appels d’urgence », a expliqué Olivier Richefou mardi lors d’une conférence à Secours Expo, un salon du secours d’urgence à Paris. « Sur le terrain, on continue d’avoir deux acteurs qui tiennent des permanences, des astreintes et attendent arme au pied pour intervenir », a-t-il regretté.

Le gouvernement de Sébastien Lecornu veut profiter du projet de loi de décentralisation, annoncé pour le printemps, pour réformer le secours d’urgence. Il propose de créer dans chaque département une « politique publique de secours d’urgence placée sous l’égide du préfet ». Lui serait chargé de définir « un contrat territorial du secours d’urgence » définissant les responsabilités de chacun, Samu et Smur, pompiers, ambulanciers privés, et associations type Croix-Rouge ou Sécurité civile.

Les pompiers sont favorables à cette évolution. Les secours à la personne occupent 87 % de leurs interventions et ils ont souvent l’impression d’être de simples auxiliaires pour les Samu et le système hospitalier, sans que leurs contraintes ne soient prises en compte, expliquent leurs représentants. Un de leurs enjeux clés est la détermination des lieux de destination des personnes secourues. Les fermetures de petites maternités et de petits hôpitaux les obligent à parcourir davantage de kilomètres pour acheminer les patients, allongeant la durée de mobilisation des pompiers volontaires sur les interventions.

Les médecins urgentistes réticents

En face, les médecins urgentistes des Samu et Smur redoutent de voir le préfet, et à travers lui le ministère de l’Intérieur, prendre le pouvoir de décision final dans l’organisation des moyens de secours dans chaque département, et remettre en cause leur position centrale dans le dispositif actuel. Pour eux, la priorité doit être de réviser le référentiel « Suap-Amu » (Secours d’urgence aux personnes – aide médicale d’urgence), afin de désigner de façon plus claire l’acteur le plus adapté pour chaque situation : ambulance pompier, ambulance pompier avec infirmier, ambulance privée ou ambulance médicalisée du Smur.