Le tabagisme recule en France, avec près de 4 millions de fumeurs quotidiens en moins en dix ans. Mais cet allègement ne se traduit pas partout de la même manière dans le monde du travail. En Guadeloupe, les pauses cigarette pèsent moins lourd sur les entreprises que dans la majorité des autres régions françaises. D’après les données publiées par JobLeads, leur coût annuel est estimé à 12,2 millions d’euros, soit l’équivalent de 704 emplois à temps plein au SMIC.

La Guadeloupe parmi les territoires les moins touchés

Dans le classement établi par JobLeads, la Guadeloupe arrive à la deuxième place des régions où les pauses cigarette coûtent le moins cher aux entreprises, juste derrière la Guyane. La Martinique suit de près, tandis que La Réunion se classe quatrième.

Cette position s’explique d’abord par un taux de tabagisme quotidien plus faible que la moyenne nationale. En 2023, il est estimé à 11,7 % en Guadeloupe, contre 21,09 % à l’échelle du pays. Autre facteur déterminant : la taille plus réduite du marché du travail local, comparée aux grandes régions métropolitaines.

Dans une économie portée notamment par les services publics, le tourisme et le commerce, le nombre de salariés fumeurs reste ainsi limité à environ 13 923 personnes. Résultat : l’impact cumulé des pauses cigarette demeure modéré à l’échelle régionale.

Un contraste marqué avec les grandes régions de l’Hexagone

L’écart est particulièrement net avec l’Île-de-France, en tête du classement. Selon l’étude, les pauses cigarette y représenteraient plus de 1,02 milliard d’euros par an, soit l’équivalent de 59 244 emplois à temps plein. Auvergne Rhône-Alpes suit avec 580 millions d’euros, devant l’Occitanie avec 463,8 millions d’euros.

Pour JobLeads, cette différence ne repose pas uniquement sur le niveau de tabagisme. Elle tient aussi au poids démographique et économique des régions concernées. Plus le nombre de salariés est élevé, plus le coût total des pauses cigarette augmente mécaniquement.

« Les pauses cigarettes peuvent sembler anodines à l’échelle individuelle, mais lorsqu’elles sont multipliées par des centaines de milliers de salariés, leur impact économique devient significatif. Le temps passé loin du poste de travail représente non seulement du temps non productif, mais peut également interrompre le flux de travail et réduire la concentration. Sur le long terme, ces interruptions peuvent freiner le rythme des équipes, perturber la planification des tâches et, indirectement, générer des tensions avec les collègues non-fumeurs qui doivent parfois compenser ces absences.
»

Jan Hendrik von Ahlen, cofondateur et directeur général de JobLeads

L’étude souligne également que ces interruptions, lorsqu’elles se répètent à grande échelle, peuvent avoir un effet sur l’organisation du travail. Elles représentent du temps non productif, mais aussi des coupures susceptibles de fragmenter certaines tâches et de ralentir le rythme collectif.

Santé publique et organisation du travail

Cité dans l’étude, Jan Hendrik von Ahlen, cofondateur et directeur général de JobLeads, estime que ces écarts régionaux mettent en lumière à la fois les effets des politiques de santé publique et les enjeux de gestion du temps de pause en entreprise.

« Il est important de souligner que les pauses sont nécessaires pour le bien-être des salariés et peuvent même être bénéfiques si elles sont bien gérées. Cependant, elles doivent rester équitables pour tous et ne pas créer de sentiment d’injustice. Mettre en place des limites claires et des bonnes pratiques de gestion du temps de pause permet de concilier santé, productivité et climat de travail serein. »

Jan Hendrik von Ahlen, cofondateur et directeur général de JobLeads

La situation observée en Guadeloupe s’inscrit donc dans une tendance plus large relevée dans plusieurs territoires ultramarins : une prévalence du tabagisme plus basse que dans l’Hexagone et, par conséquent, un coût économique plus contenu pour les employeurs.

Source : étude JobLeads, à partir de données de l’OFDT, de l’Insee, du Service public et de YouGov.