Par

Emilie Salabelle

Publié le

21 mars 2026 à 11h32

Un coup de pédale, et l’antique machine à coudre se met en branle. Le roulis résonne gaiement dans la nouvelle boutique atelier de la maison Quivernay, installée depuis peu au 3 rue Alexandre-Dumas, dans le 11e arrondissement de Paris. Derrière l’aiguille, Calypso Aknine, styliste et modéliste, s’active en cette matinée de fin mars 2026. Elle est en pleine création pour la prochaine collection. Dehors, des passants coulent un regard en biais, l’œil attiré par d’épaisses fourrures exposées en vitrine. Long manteau couleur neige, bob d’un noir corbeau ou veste caramel, les créations duveteuses n’ont pas un poil d’animaux sur le dos. Ici, on fabrique à la main des « fourrures de luxe vegan ». Une activité si niche que l’atelier est un pionnier dans le milieu, assure Nathanaël Attia, co-fondateur de cette jeune entreprise familiale.

La mode vegan, piste d’avenir ?

À l’heure où l’industrie textile est aux prises avec les dérives de la fast-fashion, la société se positionne sur un créneau à rebrousse-poil : la mode vegan, artisanale et haut de gamme. Sans surprise, le terme de fausse fourrure ne leur plaît pas spécialement. « Il n’y a rien de faux là-dedans, c’est juste qu’il n’y a pas d’animaux. Sinon, c’est la même chose, voire mieux », assure Nathanaël Attia.

Une alternative heureuse, bien sûr, pour le respect de la vie animale. « On a tous l’image du renard mort posé sur la tête », frissonne le co-directeur, décrivant une industrie cruelle et opaque, où « certains animaux sont parfois dépecés vivants ».

De gauche à droite : Calypso Aknine, Nathanaël Attia et Abigaël Attia.
De gauche à droite : Calypso Aknine, Nathanaël Attia et Abigaël Attia. (©ES / actu Paris)

Fourrures de vison, de renards ou de lapins… l’ancien symbole d’opulence et de glamour a perdu de sa superbe, jugé d’un autre temps par une large part de la population. Alors que de plus en plus de maisons de luxe l’abandonnent peu à peu au profit d’alternatives synthétiques, s’emmitoufler dans un manteau à poils entretient un certain flou sur la provenance de la matière. « On réfléchit à trouver un élément distinctif pour montrer qu’aucun animal n’a été tué dans l’opération », détaille Abigaël Attia, sœur de Nathanaël Attia, en charge de la gestion et de la direction artistique.

Des techniques de travail méconnues

Si les imitations bon marché de pelages animaux gonflent déjà généreusement les rayons de prêts-à-porter, l’enseigne veut se différencier par la qualité de ses pièces faites 100 % à la main, la production en petites séries et l’image d’un savoir-faire à la française rarissime. « Tellement rare que pour l’instant, je suis la seule à le faire à Paris et en France », rigole Calypso Aknine, pour le moment unique salariée de la maison.

La famille Attia a racheté en mai 2025 le commerce à l’un des rares spécialistes du marché, qui s’apprêtait à partir à la retraite et fermer boutique après 30 ans de métier. « C’était un ancien fourreur dégoûté par le travail sur des peaux d’animaux, qui a décidé de quitter la maison de luxe dans laquelle il exerçait pour fonder en 1996 MQV (pour Mieux Que Vrai), son propre atelier », retrace Nathanaël Attia. Il a transmis à la jeune modéliste tous ses secrets en matière de fourrure. « En cinq ans d’école de mode, je n’en avais jamais fait. Ce n’est pas un savoir-faire très visible », décrit celle qui a dû tout réapprendre : « Les machines, les valeurs de couture, les patrons… Tout était différent de ce que je connaissais. Pendant quatre mois d’apprentissage intensifs, on a fait manteaux sur manteaux », rembobine-t-elle.

Près d’un an plus tard, l’élève est devenue maître en la matière, comme en témoignent les dizaines de vestes, manteaux et accessoires rangés sur les cintres ou en vitrine. Derrière chaque pièce des heures de travail. « Tout est fait à la main, de la coupe au bouton », met-elle en avant. « Un manteau long me prend environ deux jours. »

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Des tissus doux et denses, mais coûteux en impact carbone

Aussi douce que la parure animale, et même plus dense, la fourrure vegan traverse le temps sans s’altérer, contrairement aux pièces issues de pelages, dont les cuirs vont « vieillir, se rigidifier, se casser beaucoup plus facilement. La fourrure vegan tient mieux dans le temps. On aura la même chaleur qu’une vraie fourrure. C’est un investissement pour une vie », défend Calypso Attia. Elle est aussi beaucoup plus économique, entre 500 et 800 euros contre plusieurs milliers d’euros pour une fourrure animale.

Malgré ses atouts, la matière première reste coûteuse sur le plan écologique. Ses fibres acryliques sont issues de l’industrie pétrochimique. La maison Quiverney s’approvisionne auprès d’un fournisseur chinois, choisi pour l’épaisseur de ses tissus, les plus denses du marché. « Des recherches sont en cours pour mettre au point d’autres tissus à base de plantes. Mais pour le moment, ils ne peuvent pas rivaliser sur le plan de la qualité avec la fourrure acrylique », justifie Abigaël Attia.

La marque, dont la clientèle est historiquement professionnelle à 90 % (Galeries Lafayette, le Printemps, Carol), souhaite aujourd’hui booster ses ventes au détail auprès de particuliers. Elle lorgne aussi sur des clients internationaux, en misant sur l’excellence à la française.

Maison Quivernay
3 rue Alexandre Dumas, Paris 11e

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