Agnès Varda en Californie avec les Black Panthers, des vacances d’été entre mecs à Chelles, l’amour, la famille, et même la guerre… Pour son dixième anniversaire, sélection de dix pépites à voir sur Brefcinema.
Édouard Sulpice et Mathilde Weil dans « Rapide », de Paul Rigoux. Photo Grec
Publié le 21 mars 2026 à 19h00
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Une décennie, ça se fête ! Depuis 2016, la plateforme Brefcinema promeut le court métrage de fiction, d’animation ou documentaire, en diffusant les créations de jeunes cinéastes comme celles de réalisatrices et réalisateurs plus chevronnés… Créée par l’Agence du court métrage — qui œuvre au développement et à la diffusion du format —, Brefcinema propose un catalogue resserré autour de 150 films, piochés dans un fonds riche de 15 000 courts. Chaque semaine, trois petits nouveaux sont mis en ligne (toujours accompagnés d’une critique), alimentent des programmations thématiques, des cartes blanches… Une façon de faire vivre le court et de mettre en avant ses talents, sa diversité et sa vivacité, hors des festivals, des quelques programmations en salles ou sur les chaînes.
Pour fêter ces dix ans à défendre les films de moins d’une heure — et à l’occasion de la Fête du court métrage qui souffle aussi ses dix bougies dans toute la France —, voici une sélection d’autant de pépites à retrouver sur la plateforme (sur abonnement). Un florilège qui lui ressemble : varié et réjouissant.
Photo Lorca Productions
Derrière la caméra, Laïs Decaster bombarde de questions sa sœur, Auréa, affairée à nettoyer sa voiture — son bijou — avec les jets d’eau de la station-service, un chiffon doux, un gant plus rugueux… La jeune femme bichonne son auto tout en se confiant sur le foot, ses rencontres (ou plutôt ses non-rencontres) avec des garçons, des filles, et son envie d’indépendance. Un dispositif dépouillé qui parvient à brosser le portrait tendre de ce personnage affirmé et rigolard, mais rempli de doutes, à l’image de sa génération. Sélectionné aux César 2026, le film sera disponible gratuitement sur la plateforme à l’occasion de la Fête du court métrage, à partir du 25 mars. (12 mn)
“Black Panthers”, d’Agnès Varda
Photo Cine Tamaris
Brefcinema, c’est aussi les incontournables du format court. La plateforme programme par exemple ce documentaire éclairant réalisé par Agnès Varda en 1968 à Oakland (Californie), à l’occasion de manifestations autour du procès de Huey Newton, leader des activistes du Black Panther Party. Alors que la France est traversée au même moment par un mouvement de revendications sociales et politiques, la réalisatrice regarde vers les États-Unis, la répression policière et la lutte des femmes et des hommes noirs pour la justice et la paix. Un « reportage » (comme l’indique le carton d’introduction) fort et toujours très pertinent. (28 mn)
“La Vie sexuelle de mamie”, d’Urška Djukić et Émilie Pigeard
Photo Studio Virc/Ikki Films
Dans son long métrage Little Trouble Girls (encore en salles), Urška Djukić décrit l’éveil à la sensualité d’une adolescente italienne, venue passer un week-end dans un couvent avec la chorale de son école catholique, les carcans de l’Église et de la société. Des thèmes déjà au cœur du court métrage d’animation La Vie sexuelle de mamie (auréolé d’un César en 2023). « Allonge-toi, écarte les jambes et après tu auras la paix », se souvient une grand-mère slovène. Saisissant, son témoignage est inspiré de l’ouvrage Ne joue pas avec le feu, le cul et les serpents, de Milena Miklavčič. Urška Djukić et Émilie Pigeard mettent en images ce recueil de paroles de femmes au début du XXᵉ siècle avec une technique d’animation quasi enfantine, des jeux d’échelle et de formes… et représentent avec force un quotidien traversé par les violences. (14 mn)
“Papillon”, de Florence Miailhe
Photo Sacrebleu Productions/XBO Films
La réalisatrice des délicats La Traversée et Conte de quartier s’intéresse aux traumatismes et victoires qui ont jalonné la vie du nageur Alfred Nakache. Champion de natation, Juif algérien, il est déporté à Auschwitz pendant la Seconde Guerre mondiale. Au crépuscule de sa vie, alors qu’il plonge dans l’océan, ses souvenirs défilent. Florence Miailhe signe une nouvelle fois — au pinceau et grâce à l’animation directe sous la caméra — un court métrage sensible, invitation au vivre-ensemble plus personnelle que jamais. Une proposition qui séduit au-delà de nos frontières puisque le film était sélectionné aux Oscars 2026. (15 mn)
“I Once Was Lost”, d’Emma Limon
Photo Emma Limon/Marine Schappely
Dans la banlieue de Boston, un père attentionné dépose un soir en voiture sa fille, lycéenne, chez son petit ami, en se laissant guider par elle. Au retour, il ne retrouve plus son chemin… Ah ! l’angoisse de se perdre, qui remonte à l’enfance. Autour de ce thème classique, Emma Limon compose un charmant récit, captivant, déroutant et spirituel. Au sens humoristique du terme. Encore que la part religieuse ne soit pas totalement à exclure, au vu du titre, référence à l’Amazing Grace, ce fameux cantique chrétien des États-Unis. (12 mn)
“Les Vacances à Chelles”, de Martin Jauvat
Photo Ecce Films
« C’est pas si mal les vacances à Chelles », tente de se convaincre l’un des deux protagonistes du tout premier court métrage de Martin Jauvat. D’ailleurs, de film en film, le réalisateur ne s’éloigne pas beaucoup de sa Seine-et-Marne d’origine. Grand Paris, Le Sang de la veine, Ville éternelle (coécrit et interprété avec Garance Kim)… jusqu’à son récent second long métrage sorti en janvier dernier : Baise-en-ville. Ici, deux jeunes hommes bullent à Chelles, donc, banlieue pavillonnaire où l’ennui guette. Expédition en Citroën C1, salades en barquette, baignade dans une piscine riquiqui, séance de jeux vidéo. Un univers et un film charmants et prometteurs. (20 mn)
Photo Grec
Jean (Édouard Sulpice, à l’honneur d’un focus sur Brefcinema) vit lentement, doucement, mais jamais bien loin d’une bouffée d’angoisse. À l’inverse, son coloc, Alex (Abraham Wapler), vit à mille à l’heure, sur un rythme d’eurodance (comptez entre 110 et 150 battements par minute). La visite de deux amies, l’une « lente » et l’autre « rapide », pousse tout ce beau monde à réfléchir sur le temps qui passe, l’importance de vivre dans le présent… Un court métrage barré mais plus terre à terre qu’il n’y paraît. (24 mn)
“L’Homme qui ne se taisait pas”, de Nebojša Slijepčević
Photo Antitalent Produkcija – Contrast Films – Les Films Norfolk – Studio Virc
Février 1993. Un train circule dans la Bosnie-Herzégovine en guerre. Soudain, il s’arrête net, des hommes armés (dont Alexis Manenti, glaçant) investissent les wagons pour inspecter l’identité de tous les passagers. Dans le compartiment où se déroule l’action, un homme n’a pas ses papiers. Plans serrés, profondeur de champ restreinte : l’angoisse monte dans ce huis clos oppressant. Les autres passagers vont-ils intervenir ? Et vous, seriez-vous intervenu ? Palme d’or du meilleur court métrage lors du Festival de Cannes 2024, L’Homme qui ne se taisait pas pose cette question morale d’une manière inédite grâce à un retournement de situation subtil. (13 mn)
“Ce qui appartient à César”, de Violette Gitton
Photo Films Grand Huit
Comme tous les gamins de son âge, César chahute dans les vestiaires du club de sport, roule des mécaniques… Des jeux de préadolescents pas forcément très fins, comme autant de rites de passage. Mais ces activités ne lui paraissent plus si anodines lorsque le garçonnet découvre que sa sœur vient d’être agressée sexuellement. Dans son regard d’enfant, on comprend qu’un déclic opère. À hauteur de ce jeune comédien bluffant, Violette Gitton (également assistante à la direction et à la protection des enfants sur les tournages) interroge une prise de conscience inconfortable et douloureuse. Un moment où l’innocence et l’insouciance achoppent sur la dure réalité des rapports de genre. (18 mn)
Photo Melocoton Films
« À deux, on était bien. » Pourtant, Julien, Lucie… et Cléa, leur fille, sont trois dans l’équation familiale. Soit un peu trop de variables pour Julien (Bastien Bouillon charmant, comme toujours), qui semble avoir la fâcheuse et régulière tendance à quitter soudainement le foyer, oppressé par ses responsabilités paternelles. Mais aujourd’hui, fini les déconvenues. « Je reste, on va avoir plein de temps », assure-t-il devant sa fille, méfiante, qui ne sait plus sur quel pied danser. Sans jugement et avec tendresse, Claudia Bottino nous place au centre de ce trio où la raison semble plier sous le poids des responsabilités et des angoisses… surtout celles que provoque parfois trop d’amour. (19 mn)
Tous ces courts métrages sont à retrouver sur la plateforme Brefcinema.