l’essentiel
Des chercheurs californiens ont mis au point un sérum capable de transformer nos cellules immunitaires en redoutables tueuses de tumeurs directement dans l’organisme. Cette innovation « in vivo », testée avec succès sur des souris, pourrait révolutionner l’immunothérapie.
C’est une percée majeure qui pourrait vraisemblablement marquer l’histoire de l’oncologie. Des chercheurs issus de l’université de Californie à San Francisco – dirigés par le biologiste français Justin Eyquem – ont mis au point un sérum capable de reprogrammer nos cellules de défense directement à l’intérieur de notre organisme pour leur permettre de traquer et détruire les tumeurs. Le dispositif a pour l’heure été testé sur les souris, mais pourrait ouvrir de nouvelles perspectives dans le domaine de l’immunothérapie.
De quoi s’agit-il ?
Comme l’expliquent les chercheurs de l’université de Californie dans un article paru dans la revue Nature, cette technologie fonctionne comme une mise à jour « logicielle » injectée directement dans le sang. Le sérum contient des instructions génétiques qui ciblent spécifiquement nos lymphocytes T (nos cellules de défense) pour leur apprendre à fabriquer une « clé » artificielle, le récepteur CAR.
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Grâce à cette clé, vos cellules immunitaires deviennent capables de repérer les cellules cancéreuses pour les verrouiller et les détruire de l’intérieur. Comme le souligne l’étude, l’objectif est de « transformer les propres cellules du patient en une armée de sentinelles capables de patrouiller dans son organisme ».
Que sait-on sur cette technologie ?
La thérapie « CAR-T » (Chimeric Antigen Receptor T-cells, ndlr) était déjà connue des chercheurs. Mais elle représentait jusqu’ici un défi colossal : il fallait en effet extraire les cellules immunitaires de chaque patient avant de les expédier dans des laboratoires spécialisés pour les modifier génétiquement « sur mesure », avant de les réinjecter après plusieurs semaines. Un processus extrêmement lourd et coûteux…
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Qu’est-ce que ces travaux apportent de nouveau ? Les auteurs de cette étude affirment avoir réussi à « contourner les étapes complexes et onéreuses de la fabrication en laboratoire ». Grâce à un simple sérum injectable, le processus de « fabrication » des cellules tueuses se fait désormais « in vivo », c’est-à-dire directement dans le corps du patient.
Quelles sont les limites de cette technologie ?
Bien que révolutionnaire, ce dispositif doit encore franchir plusieurs obstacles avant d’arriver au lit du malade. Le premier défi est celui de la précision : il faut s’assurer que le sérum ne reprogramme que les bonnes cellules et n’entraîne pas une réaction immunitaire disproportionnée.
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Ensuite, il y a la question de la personnalisation. Le cancer est une maladie mouvante : la « clé » génétique contenue dans le sérum doit donc être parfaitement adaptée aux marqueurs spécifiques de la tumeur du patient pour être efficace. En effet, deux patients souffrant d’un cancer du poumon ne présentent pas nécessairement les mêmes mutations à la surface de leurs cellules malignes.
Quels obstacles avant une éventuelle mise sur le marché ?
L’étude menée par l’équipe de Justin Eyquem montre des résultats chiffrés impressionnants : chez les souris traitées, on observe une réduction de la charge tumorale de plus de 80 % en seulement deux semaines, avec une survie prolongée de manière significative par rapport aux groupes témoins.
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Cependant, la transposition de ce traitement à l’homme se heurte à des barrières biologiques réelles. Le système immunitaire humain contient environ mille fois plus de lymphocytes T qu’une souris… ce qui démultiplie les risques de réactions inflammatoires sévères ou de « toxicité hors cible ». La prudence scientifique reste donc de mise : « Bien que les résultats sur les modèles animaux soient sans précédent, une décennie de recherche pourrait être nécessaire avant une application généralisée », affirment les chercheurs.