Le Royaume-Uni est en passe de devenir le deuxième pays au monde, après les Maldives, à créer une génération sans tabac en interdisant sa vente aux personnes nées à partir de 2009. Annoncée par le roi Charles III il y a deux ans, cette mesure a été approuvée par les deux chambres du Parlement.

Quelques amendements restent à finaliser avant l’assentiment royal définitif, attendu dans les prochaines semaines, à cette avancée dans la lutte contre le tabagisme. Cette interdiction progressive visera d’abord les personnes nées en 2009, puis celles de 2010, 2011 et ainsi de suite, jusqu’à l’éradication complète du tabac dans tout le pays.

Ce cap a pu être franchi notamment grâce au soutien massif de la population: en mai dernier, un sondage YouGov réalisé auprès de 11’000 adultes en Angleterre montrait que près de deux tiers des sondés étaient prêts à faire du Royaume-Uni un pays où personne ne fume.

Le Royaume-Uni déjà plutôt bon élève

Cet objectif est encouragé par le fait que le Royaume-Uni est déjà un bon élève, avec 12% de fumeurs et fumeuses, souligne Lisa McNally, directrice de la santé publique du comté de Worcestershire et professeure honoraire à l’Université de Birmingham. « Mais plus de 125’000 jeunes âgés de 18 à 25 ans commencent à fumer chaque année », déplore-t-elle au micro de l’émission Tout un monde de la RTS.

Au-delà d’une évidente amélioration de la santé – la fumée est responsable chaque année d’environ 80’000 morts selon le gouvernement – Lisa McNally y voit un autre bénéfice.

Cette approche générationnelle doit envoyer le message que le tabac ne sera pas simplement interdit aux adultes, mais que les générations futures ne devraient jamais en consommer

Britta Matthes, chercheuse au sein du groupe de recherche sur la lutte anti-tabac de l’Université de Bath

« Au Royaume-Uni, nous percevons environ 8 milliards de livres sterling de recettes fiscales provenant du tabac. Mais les coûts en termes de dépenses de santé, de coûts sociaux et d’impact sur la productivité dans les lieux de travail sont de plus de 20 milliards », souligne-t-elle. De quoi séduire d’autant plus la population, mais aussi le monde politique. La loi est massivement soutenue par les principaux partis au Parlement.

Il y a toutefois eu plusieurs tentatives pour assouplir cette loi, note Britta Matthes, chercheuse au sein du groupe de recherche sur la lutte anti-tabac de l’Université de Bath, qui mène des recherches sur l’ingérence de l’industrie du tabac dans l’élaboration des politiques.

« Il y a une opposition de la part de l’industrie du tabac et d’autres groupes qui ont soulevé des arguments classiques. Par exemple, les difficultés d’application de la loi, le risque de voir se développer un commerce illicite ou encore les répercussions économiques de cette politique », détaille-t-elle. Elle cite aussi des tentatives d’exempter certains produits, comme les produits du tabac chauffé ou les cigares, ou la suggestion de remplacer l’interdiction de vente aux mineurs par un relèvement de l’âge légal de vente à 21 ans.

Des arguments qui ont été rejetés, même s’il existe un véritable défi dans la manière d’appliquer cette loi. En plus du contrôle strict et des amendes sévères pour les contrevenants, Britta Matthes insiste donc sur l’importance d’une communication claire. « Car cette approche générationnelle est différente des lois traditionnelles sur l’âge de vente. Elle doit envoyer le message que le tabac ne sera pas simplement interdit aux adultes, mais que les générations futures ne devraient jamais en consommer. »

>> Revoir l’interview dans La Matinale de Jacques Cornuz, médecin et expert reconnu du tabagisme : L'invité de La Matinale (vidéo) - Jacques Cornuz, médecin et expert reconnu du tabagisme L’invité de La Matinale (vidéo) – Jacques Cornuz, médecin et expert reconnu du tabagisme / L’invité-e de La Matinale / 13 min. / le 3 juillet 2025

>> Lire aussi : Jacques Cornuz: « Quand l’industrie du tabac combat des mesures de prévention, c’est qu’elles sont efficaces »

Exemple ou contre-exemple de la Nouvelle-Zélande

Un précédent a donné à cette loi britannique autant d’inspiration que de prudence. La Nouvelle-Zélande avait en effet adopté cette même politique en 2022, avant de rétropédaler à la faveur d’un changement de gouvernement et d’un parti conservateur au pouvoir, plus aligné sur l’industrie du tabac. 

Si vous y réfléchissez bien, le fait de fumer n’offre pas vraiment de liberté. Il vous limite en termes d’effets sur votre santé, surtout à mesure que nous vieillissons

Lisa McNally, directrice de la santé publique du comté de Worcestershire

Or, au Royaume-Uni, le parti d’extrême droite Reform UK a le vent en poupe et son leader Nigel Farage est fermement opposé à ce projet de loi qu’il considère comme une attaque contre les libertés individuelles.

« Pourtant, si vous y réfléchissez bien, le fait de fumer n’offre pas vraiment de liberté. Il vous limite en termes d’effets sur votre santé, surtout à mesure que nous vieillissons », conclut Lisa McNally. Elle estime donc que l’Etat a « l’obligation morale de créer un environnement dans lequel les gens peuvent être en aussi bonne santé que possible, ce qui leur donne beaucoup plus de liberté que le tabagisme ne pourra jamais leur en donner. »

Sujet radio: Cédric Guigon

Texte pour le web: Fabien Grenon