À quelques heures de la clôture du second tour des élections municipales, Grenoble retient son souffle. Sous une pluie continue et un ciel très chargé, les Grenoblois ont pourtant bravé le mauvais temps ce dimanche matin. Au traditionnel marché de l’Estacade, dans le quartier Saint-Bruno, l’ambiance est au rendez-vous.
Les stands sont en place malgré les averses. Les bâches dégoulinent, les commerçants essuient leurs étals, mais les habitués ne désertent pas. « Le dimanche, qu’il pleuve ou qu’il neige, on vient », sourit Anne-Marie, panier au bras. Dans les allées, les discussions vont bon train : certains sortent tout juste du bureau de vote, d’autres comptent s’y rendre après leurs courses. Entre deux achats, on parle autant des municipales que du quotidien.
« J’y vais juste après, c’est très important d’aller voter et d’exercer son droit, explique Marc, 52 ans, en choisissant ses légumes. On a la chance d’être dans une démocratie, autant en profiter et donner son avis. » À quelques mètres, Marie, 30 ans, sort du bureau de vote Nicolas-Chorier. « J’ai préféré y aller tôt ce matin pour éviter l’affluence, mais j’ai vraiment hésité jusqu’à la dernière minute dans l’isoloir. »
« Nous habitons ici depuis toujours et l’avenir de la ville se joue aujourd’hui »
Derrière son étal, un maraîcher observe lui aussi cette effervescence. « Il y a du monde malgré la pluie, ça fait plaisir. Et j’entends les clients discuter des candidats entre eux », raconte-t-il en rangeant des cagettes de blettes. Un peu plus loin, Thérèse et son mari Robert, bras dessus bras dessous, attendent leur tour chez le poissonnier. « Nous habitons ici depuis toujours et l’avenir de la ville se joue aujourd’hui », confie Thérèse. « C’est forcément préoccupant. On espère que le prochain maire se préoccupera davantage des seniors », ajoute Robert.
Adossé à un mur, Mehdi, 20 ans, tranche avec cette mobilisation. « Honnêtement, je ne suis pas allé voter et je n’irai pas, lâche-t-il. Je suis venu au marché avec ma petite sœur, comme d’habitude, mais les élections… ça ne me parle pas vraiment et je n’ai pas l’impression que ça changera réellement les choses. »
Plus loin, entre deux étals de fruits, Sandrine, 44 ans, évoque ses attentes. « Je vais aller voter en rentrant. J’attends surtout des choses concrètes pour la vie quotidienne : les déplacements, la propreté, la sécurité. » Karim, 47 ans, venu faire ses courses en famille, partage un sentiment plus incertain : « J’ai voté ce matin, mais avec un mélange d’espoir et d’inquiétude. On sent que ça peut changer des choses, sans savoir vraiment dans quel sens. »
« On veut être davantage entendus, surtout dans certains quartiers comme la Villeneuve »
À ses côtés, Camille, 29 ans, garde une note d’optimisme : « Si on prend le temps de voter un dimanche sous la pluie, c’est qu’on y croit encore un peu. »
À l’autre bout du marché, Samir insiste sur les attentes locales. « On veut être davantage entendus, surtout dans certains quartiers comme la Villeneuve. Il y a de vrais enjeux, et ça doit se voir dans les futures décisions. »
Malgré la pluie qui ne faiblit pas, les allées restent animées. Les parapluies se croisent, les sacs se remplissent, les discussions se poursuivent. « C’est un dimanche comme les autres… mais pas tout à fait », résume Anne-Marie en quittant le marché.
Dans quelques heures, les urnes livreront leur verdict. Mais à l’Estacade, ce matin, un aperçu de l’état d’esprit des Grenoblois se dessine déjà : impliqués pour certains, sceptiques pour d’autres, mais tous concernés, d’une manière ou d’une autre, par l’avenir de leur ville.