Calvin à Douai, Atlas chez Hyundai,
Optimus chez Tesla : les robots humanoïdes entrent vraiment dans
l’industrie automobile. Qui les déploie, pour quelles tâches et
avec quels risques sociaux ?

Dans l »atelier roues de l’usine Renault de Douai, dans le Nord,
un drôle de collègue s’affaire déjà. Calvin, premier robot
humanoïde
« employé » par le constructeur, apporte des pneus
sur la ligne comme n’importe quel manutentionnaire. Mais sans pause
café ni horaire de nuit à négocier. Et là, on ne parle plus d’une
démo au salon de l’auto, mais bien d’un poste à part entière sur
une vraie chaîne, selon Les Echos.

Ces machines ne remplacent pas la main d’oeuvre du jour au
lendemain. Pour l’instant, elles se voient confier les tâches les
plus ingrates, pénibles, souvent de nuit, en renfort des équipes
humaines. Renault vise pourtant déjà le
déploiement de 350 unités sur ses sites français et espagnols dans
les dix-huit prochains mois. Les analystes parlent, eux, de
millions de robots humanoïdes dans l’industrie
automobile
et de dizaines de milliards de dollars de
marché à l’horizon 2035 ; de quoi se demander à quoi ressemblera
une usine auto dans quelques années.

Chez Renault et BMW, les robots humanoïdes entrent sur les
lignes

Chez Renault, la révolution a commencé
discrètement. Présenté lors du plan stratégique du groupe, Calvin
est déjà à pied d’oeuvre à Douai, chargé d’approvisionner la ligne
de production en pneus. Le constructeur prévoit de déployer 350 de
ces robots humanoïdes en usine sur ses sites
français et espagnols en un an et demi. Leur vitesse reste
inférieure à celle d’un opérateur. Mais leur capacité à répéter le
même effort sans se fatiguer intéresse au plus haut point, surtout
pour les postes où la pénibilité est forte et les horaires
décalés.

Le constructeur au losange n’est pas isolé. La présentation de
Calvin fait écho au « projet pilote » lancé par BMW
dans son usine de Leipzig, en Allemagne, après un test décrit comme
un « déploiement réussi » sur l’un de ses sites américains. Mercedes
teste de son côté le robot Apollo, fourni par l’américain
Apptronik, dans ses usines de Kecskemet, en Hongrie. Dans cette
industrie naissante, un paysage se dessine peu à peu : Renault est
actionnaire de la française Wandercraft, le chinois BYD a investi
dans AgiBot, très avancé dans le domaine, et BMW s’est attaché les
services de l’entreprise suisse Hexagon. Chacun cherche encore
la meilleure formule pour faire
entrer ces machines dans ses ateliers
.

Hyundai, Tesla et les autres misent gros sur ces robots
humanoïdes

Le constructeur le plus en vue sur ce terrain reste pourtant
Hyundai. Le coréen a racheté en 2021 l’américain
Boston Dynamics, rendu célèbre par ses vidéos de robots, et prévoit
de déployer pas moins de 30.000 robots Atlas dans ses usines d’ici
à 2030, dont le premier en 2028. « L’action Hyundai a progressé de
70 % sur un an grâce à l’engouement pour les robots humanoïdes »,
note Morgan Stanley, cité par Les Echos. Hyundai travaille aussi à
un nouvel « écosystème collaboratif » autour de sa plateforme
robotique MobED, pour adapter cette forme d’IA
physique
à de nombreux besoins industriels. De quoi, au
passage, faire naître les premières craintes de destructions
massives d’emplois, même si le constructeur met en avant le remplacement des tâches les plus
dures
.

Chez Tesla, l’IA physique est devenue un axe
stratégique majeur, aux côtés des projets de robots‑taxis.
L’entreprise américaine, dont les ventes de voitures se sont
érodées au point de se voir dépasser par le chinois BYD,
reconvertit son site californien de Fremont pour produire son
propre robot humanoïde, baptisé Optimus. Elon Musk promet un
million d’exemplaires par an à court terme, même si le calendrier
reste incertain. Les analystes de Bank of America ont valorisé
début mars cette activité Optimus à 32 milliards d’euros. Plus
globalement, Barclays estime le marché actuel des humanoïdes à 2 ou
3 milliards de dollars, soit environ 1,8 à 2,7 milliards d’euros,
mais évoque un potentiel compris entre 30 et 200 milliards de
dollars, soit à peu près 27 à 180 milliards d’euros, en 2035. UBS
imagine 2 millions de robots humanoïdes en circulation en 2035,
puis 300 millions en 2050, pour un marché adressable de 1.400 à
1.700 milliards de dollars, soit de l’ordre de 1.260 à 1.530
milliards d’euros, qui inclurait aussi les particuliers. Certains
restent pourtant prudents : « Les robots dits humanoïdes […] sont
déjà en cours d’évaluation à plusieurs endroits au sein du groupe
Volkswagen, indique un porte-parole du groupe allemand. Cependant,
comme la reproduction du corps humain n’est pas toujours
pertinente, la technologie de la robotique IA est généralement
considérée dans son ensemble, que les robots aient une forme
humanoïde
ou non. » Quant à Stellantis, sa directrice de
l’innovation, Anne Laliron, prévient simplement que « Vous en saurez
plus prochainement » et rappelle que « La robotique et
l’automatisation de manière générale restent des sujets absolument
essentiels dans l’entreprise », un point qui sera scruté lors de la
présentation du plan stratégique du 21 mai.