Il faut le voir se diriger vers Major, dans les écuries de l’Ecole Militaire d’Equitation. 4 ans, 700 kilos, Major est un cheval d’attelage. L’adjudant-chef Renaud le connaît bien. « C’est mon cheval ! » Le quadragénaire corrige. « C’est le cheval de l’institution militaire, mais celui-là, je m’en occupe tous les jours. » On sent la complicité entre l’homme et la bête. Major avance, et pose sa tête sur l’épaule du militaire. Puis quand le militaire s’éloigne, le cheval attrape le balai en paille laissé là et le tire à lui. « C’est un bébé, il est joueur. Vous voyez », poursuit le militaire, « quand on est entré, les chevaux nous ont tous scanné. Ils se sentent bien, donc ils sortent la tête du box. » C’est précisément cette attitude que l’adjudant-chef observe. Comment vous, visiteur, stagiaire, êtes à l’approche d’un cheval. « Un cheval n’a pas de vice. Il vit l’instant présent. » Si la personne est en colère, il reste au fond de son box. Ce qui n’est pas le cas de Major, qui, curieux, s’avance vers le micro tendu.
Ecurie de l’Ecole militaire d’équitation de Fontainebleau (77) – L.Gayet
Observer Renaud et Major, c’est comprendre le lien qui unit ce militaire, ancien de la Garde Républicaine, au cheval. « J’ai commencé à monter à 6 ans, et je ne suis jamais redescendu. » C’est comprendre aussi la maîtrise qu’il a de l’équidé et de son bienfait pour les blessés. Car c’est précisément sa mission : aider à la reconstruction des personnels blessés. Et l’adjudant-chef sait de quoi il parle. Il est un des gendarmes qui était à Saint-Denis, le 13 novembre 2015. « Quand la bombe a explosé, j’étais à 20 mètres. » Sa reconstruction, il la doit au cheval. « J’ai compris que quand j’étais avec eux, ça me faisait du bien. » Il se forme auprès de la fédération française d’équitation et propose de mettre en place des stages avec des blessés des différents corps de l’armée. « On ne répare pas, c’est le travail des psychologues, mais on donne des outils. » La médiation équine est un art dont lui seul a les commandes. « Un blessé est quelqu’un qui se renferme sur lui, qui est isolé. Avec le concours du cheval, on recrée du lien social. » Depuis 2018, une fois par mois, l’adjudant-chef Renaud, organise des stages autour de 6 blessés. « Ils doivent s’occuper des chevaux. Chacun le sien. Et au 3ème jour, on les monte. » Le militaire parle d’alignement corp, coeur, tête. « Il faut que tout soit aligné. Le cheval sent sinon, si ça ne va pas. »
Depuis 8 ans qu’il occupe la fonction, le quadragénaire dit avoir trouvé sa place. « J’ai toujours voulu aider les autres. C’était mon truc. Je suis un grand sensible. Aujourd’hui, j’allie ma passion et la gendarmerie où j’ai toujours voulu entrer. On ne peut pas faire ce métier si on n’a pas un rapport à la patrie très fort. Je sais pourquoi je me lève tous les matins. Être à Fontainebleau, quand on aime le cheval, c’est le meilleur des endroits. C’est une chance. » Major hoche la tête. Il est occupé avec le balai en paille. Pour ceux qui voudraient en savoir plus sur l’Ecole militaire d’équitation de Fontainebleau, c’est ici .