Dong-hwa, aspirant poète dans la mi-trentaine, est en couple avec Jeon-hee depuis trois ans. Or, il n’a encore jamais rencontré la belle-famille. Passant par là alors que Dong-hwa dépose Jeon-hee devant la maison familiale, O-ryeong, le patriarche, invite son gendre à passer la journée. S’ensuit une série de discussions impromptues, à deux ou en groupe. Avec Ce que cette nature te dit (Geu jayeoni nege mworago hani, ou What Does That Nature Say To You), le prolifique Hong Sang-soo offre un film typiquement conversationnel, malaisant et irrésistible.

À ce propos, on retrouve avec bonheur, comme dans la majorité des plus de trente films du cinéaste sud-coréen (La femme est l’avenir de l’homme/Yeojaneun namjaui miraeda ; Woman on the Beach/Haebyonui yoin ; Le jour d’après/Geu-hu), de nombreuses scènes à teneur gastronomique et, surtout, éthylique.

De fait, l’alcool, dans le cinéma de Hong Sang-soo, a valeur d’agent tantôt déclencheur, tantôt révélateur.

Ainsi les personnages prennent-ils un coup, qu’importe l’heure du jour. Alcool aidant, les langues se délient, quoique tout le monde demeure très poli. Puis, vient le repas final, lors duquel tout ce qui a été réprimé est enfin exprimé (autre cas de figure récurrent).

Un côté impudique

Le film a en outre des choses à dire sur les rapports entre l’art et l’argent. De fait, Dong-hwa se montre d’emblée très impressionné par la riche propriété des parents de son amoureuse.

Autre élément signifiant : Dong-hwa a beau conduire une voiture d’occasion, en digne artiste sans le sou qu’il est, il reste que son père est un très riche et très célèbre avocat. La rancœur que Dong-hwa semble nourrir à l’égard de ce dernier résulte-t-elle du fait que son père refuse de l’aider financièrement ou, au contraire, du fait que l’argent paternel est ce qui lui permet de « poursuivre la beauté » ?

Une des confidences de Jeon-hee à sa sœur répond à cette question.

Ce faisant, derrière l’apparente désinvolture narrative, Hong Sang-soo crée un « portrait de l’artiste en (plus très) jeune homme » complexe et ambigu.

Jusqu’à l’inconfort

Fidèle à lui-même, le cinéaste multiplie les plans longs, montrant des situations qui s’étirent souvent jusqu’à l’inconfort. Entre Dong-hwa et son beau-père en particulier, il devient vite évident que les non-dits parlent davantage que les paroles échangées.

Armé d’une vieille caméra vidéo en basse résolution, le cinéaste filme ses personnages comme s’il s’agissait d’un « film maison ». Des zooms peu subtils participent à cette facture volontairement « amateur ».

Il en résulte un côté impudique en phase avec la teneur du récit. Un récit qui voit son protagoniste aux prises avec non seulement cette nouvelle « parenté », mais également d’aussi troublantes qu’intimes vérités.