Longue salve d’applaudissements. La voix blanche, les yeux rougis. Entouré de ses adjoints Sylvie Schmitt, Delphine Jamet, Claudine Bichet, Olivier Escots et Pascale Bousquet Pitt, il dit : « La liste Bordeaux en confiance que j’ai conduite a recueilli 49,05 % des suffrages exprimés. J’adresse au futur maire, comme je viens de le faire au téléphone, mes vœux de réussite pour le mandat qui s’ouvre. Je tiens à remercier aussi les électrices et les électeurs qui m’ont confié leurs voix. »
Il n’en dira pas plus, comme rendu muet par l’émotion. Il reprend le chemin du grand escalier, suivi par son équipe, colistiers, proches collaborateurs et soutiens. On se prend par l’épaule, des larmes coulent. Six ans de pouvoir et trois mois de campagne intenses s’écroulent. Un participant de ce moment intime raconte, quelques minutes plus tard : « Il nous a réunis pour nous remercier. Il n’y a pas grand-chose de plus à dire, c’est juste de la tristesse. »
La guerre des prix
Dans le hall de la mairie, pas de bruit, cette déception est muette, elle aussi. Habitué des entraînements des Girondins de Bordeaux au Haillan, Sébastien est laconique : « J’y croyais même si je savais que ce serait serré. L’abstention a joué. » Sur le perron de la cour de l’hôtel de ville, Christelle a vécu un ascenseur émotionnel durant la journée. « J’ai voté à Saint-Bruno à 19 h 30, il y avait 65 % de participation, je me suis dit que les gens se sont bougés. Mais arrivée ici à 20 heures, j’ai compris qu’elle n’avait pratiquement pas bougé par rapport au premier tour. Comme les résultats n’arrivaient pas, j’ai été au cinéma voir ‘‘La Guerre des prix’’, un très bon film. »
La guerre des scores n’aura pas tourné en faveur de son candidat favori. « C’est très décevant, poursuit-elle, on avait une mairie écolo avec un projet et encore tant de choses à mettre en œuvre. On a beaucoup parlé de sécurité durant la campagne, je vais souvent au cinéma le soir, je ne me suis jamais sentie en danger. C’est triste, triste, triste. »
L’abstention comme adversaire
La sénatrice écologiste Monique de Marco constate les dégâts pour la gauche, à Bordeaux et notamment à Bègles. « L’abstentionnisme a beaucoup joué, nous n’avons pas su mobiliser suffisamment. On savait que ce serait très serré, d’autant plus avec le retrait de Philippe Dessertine. Et quand on a vu la participation très stable par rapport au premier tour, on a compris que ce ne serait pas la mobilisation espérée pour Pierre ». Elle pense à la Métropole, qui devrait basculer à droite : « C’est très inquiétant. » Ce sera l’enjeu des prochains jours après la digestion difficile pour Pierre Hurmic et la gauche métropolitaine.