Les abysses apparaissent à certains comme autant de promesses de nouveaux gisements de minerais potentiellement à exploiter. Même leurs quantités et répartitions sont encore mal connues. On parle des nodules polymétalliques, des sulfures hydrothermaux et des encroûtements cobaltifères. Autant de gisements au fonds des océans et constitués de minerais ( manganèse, nickel, cuivre, cobalt, zinc, titane) exploitables par l’industrie.

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Dans ses eaux territoriales, chaque État peut faire ce qu’il veut, mais l’essentiel des minerais se trouve dans les grands fonds des eaux internationales, régies, elles, par l’Autorité internationale des fonds marins, l’AIFM. C’est elle qui autorise les permis d’exploration et demain peut-être les permis d’exploitation. Aujourd’hui, il n’y en a pas. Tous les scientifiques et défenseurs de l’environnement alertent d’ailleurs sur les risques que des activités minières feraient peser sur les écosystèmes dans les abysses, mais plus globalement dans tout l’océan. Seulement, la pression s’intensifie. Elle vient des acteurs économiques et ils sont de plusieurs types détaille Vincent Géronimi, professeur d’économie à l’Université de Versailles -Saint-Quentin-en-Yvelines, et directeur de l’unité de recherche “Soutenabilité et résilience” (Umi Source)

« Il y a les acteurs industriels qui eux, peuvent être mus non seulement par un souci de rentabilité, mais aussi par un souci d’accéder à une ressource rare. Ça, c’est un premier type d’acteurs qui souvent dépendent étroitement d’un deuxième type d’acteurs économiques, qui sont les acteurs financiers qui, eux, vont se charger de lever des ressources financières sur les marchés financiers. Et puis il y a les gouvernements aussi qui peuvent avoir un intérêt à développer une activité minière dans les grands fonds marins. »

L’entreprise la plus connue dans ce secteur, c’est The Metals Company, TMC, basée au Canada, dirigée par un homme d’affaires australien, Gérard Baron. C’est lui qui avait promis en 2019 à la Papouasie Nouvelle-Guinée des bénéfices faramineux. Si elle minait ses eaux. Le pays s’est lancé avec le projet Solwara, un désastre écologique et économique. Le projet a été stoppé et a fait perdre à la Papouasie 120 millions de dollars.

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« Cette histoire raconte que le passage de la ressource géologique à une réserve économique et une rentabilité économique avérée est très complexe, parce qu’il y a énormément d’incertitudes à différentes étapes », analyse Vincent Geronimi. « Et ça raconte aussi une histoire sur la place des marchés financiers dans la mise en exploitation ou la mise en exploration des frontières des ressources naturelles. Aujourd’hui, les marchés financiers font des récits qui doivent permettre de lever des fonds. Ces récits se basent sur des estimations souvent très incertaines des conditions de rentabilité des projets qui y sont portés. »

Tout cela retient aujourd’hui les acteurs privés d’y aller seuls.

Désormais, une quarantaine d’États, dont la France, demandent un moratoire d’au moins dix ans sur l’exploitation des fonds marins. D’autres, comme les États-Unis, la Chine, le Japon, affichent une volonté de débuter les activités extractives. Et c’est Donald Trump qui est allé le plus loin. En janvier, il a simplifié la procédure pour que les entreprises accèdent à l’autorisation d’exploiter. C’est une manière de contourner l’autorité internationale des fonds marins et de créer un bras de fer international. L’entreprise TMC a déposé une demande dans la foulée. La réponse est attendue dans les prochaines semaines.