Tout le monde sait comment l’histoire va se dérouler, personne ne peut encore le révéler officiellement, et Philippe Diallo doit donc régulièrement naviguer entre ce qu’il peut dire et ne pas dire, à propos de la succession de Didier Deschamps promise à Zinédine Zidane. Le président de la FFF est le responsable du dossier, celui qui l’incarne médiatiquement aussi, et il se trouve que ce n’était pas un sujet brûlant ces derniers temps.

Jeudi, l’annonce de la liste du sélectionneur n’avait d’ailleurs suscité aucune question sur la suite. C’est Deschamps lui-même qui avait abordé ce thème sur un angle personnel, en saluant les salariés de la FFF puisqu’il s’exprimait une dernière fois depuis le siège de la Fédération, où il a l’habitude de communiquer depuis son arrivée sur le banc de l’équipe de France en 2012.

Avant de s’envoler mardi pour une tournée aux États-Unis, où ils affronteront jeudi le Brésil et dimanche la Colombie, les Bleus pouvaient se concentrer sur le terrain et les enjeux purement sportifs, mais l’interview de Diallo publiée ce dimanche par Le Figaro bouscule ce calme. Il y indique avoir reçu moins de cinq candidatures, « toutes françaises », et travailler « de manière qu’à l’issue du dernier match des Bleus, qui, j’espère, se tiendra le 19 juillet (date de la finale de la Coupe du monde), une succession puisse se mettre en place ».

Plus précisément interrogé sur l’identité de l’élu, il répond : « Oui, je connais son nom », sans confirmer celui de Zidane, qui le fait sourire : « Je vous invite à nous retrouver à l’issue de la Coupe du monde. L’équipe de France est l’une des meilleures nations au monde, et tout le monde ne peut pas la piloter. Il faut un profil qui coche beaucoup de cases et qui puisse faire l’objet d’une adhésion des Français, puisque cette équipe de France de football est l’équipe des Français. Un lien doit se créer entre le sélectionneur et les Français. »

Personne ne tombera de l’armoire à la lecture de ces mots, et L’Équipe expliquait en janvier que la FFF négociait secrètement avec Zidane sur la composition de son staff. Toujours épaulé par son adjoint, David Bettoni, le champion du monde 1998 souhaite s’appuyer sur une cellule plus étoffée et il était question d’un dialogue fluide.

Un timing surprenant

Les propos de Diallo suggèrent même que les négociations ont été bouclées, pas la surprise du siècle dans la mesure où les deux parties veulent collaborer. Le timing est toutefois surprenant, car le patron de la FFF avait toujours dit qu’il ne souhaitait pas que l’ombre de Zidane parasite le staff actuel. Une fois la qualification pour la Coupe du monde acquise, en novembre dernier, il évoquait deux options pour l’annonce, à la fin de la Coupe du monde ou « autour de mars-avril, pour être suffisamment loin de la phase finale. (…) Ce n’est pas du tout un faux suspense. C’est simplement un respect par rapport à l’équipe en place. Je ne veux pas introduire d’éléments qui pourraient perturber la préparation de l’équipe de France ».

Juste avant la tournée, ce n’est pas l’idéal, et Deschamps devrait entendre quelques questions sur Zidane lors de sa prochaine conférence de presse mercredi à Boston. Mais il sait comment rester à l’écart de cette agitation : depuis sa prise de fonction, il s’est toujours gardé de commenter les prises de parole de ses présidents, qu’il s’agisse de Noël Le Graët ou de Diallo.

Ce dimanche, le sélectionneur regardait Arsenal-Manchester City (0-2) avec son adjoint Guy Stéphan quand l’entretien a été publié, et ils n’ont pas été traumatisés. « Comme 99 % des Français, ils savent que c’est Zizou qui va arriver », disait-on autour d’eux, alors que Diallo rétropédalait un peu en marge d’un événement de la FIFA à Paris. « Je ne sais pas, vous verrez, la vie réserve plein de surprises », s’est-il amusé à l’évocation de Zidane, confirmant que l’annonce aurait lieu après le dernier match des Bleus à la Coupe du monde, entre le 27 juin et le 19 juillet donc. Aujourd’hui, il s’agit à peu près de la seule incertitude.