La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, est arrivée lundi en Australie, pour une visite de trois jours lors de laquelle elle espère régler les derniers détails d’un projet d’accord de libre-échange, en négociations depuis 2018.

Rebelote. Quelques mois après les débats houleux sur le traité de libre-échange entre les pays du Mercosur et l’Union européenne, qui ont finalement abouti à sa signature mi-janvier, un autre accord est en passe d’être finalisé par Bruxelles. Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, est arrivée ce lundi en Australie, pour trois jours de visite, lors de laquelle elle espère régler les derniers détails d’un projet d’accord commercial lancé en 2018 et suspendu en 2023. Dans une lettre adressée aux dirigeants de l’UE il y a quelques jours, Ursula von der Leyen le qualifiait de «nouvelle étape importante dans la diversification des partenariats internationaux de l’Europe».

Cet accord doit supprimer les droits de douane sur la plupart des échanges entre l’UE et l’Australie. Pour l’Europe, il devrait entre autres faciliter l’accès aux matières premières critiques et à l’hydrogène australiens. Canberra possède en effet d’immenses réserves de minéraux critiques, et figure parmi les plus grands producteurs mondiaux de lithium, de cobalt ou encore de terres rares. Des éléments indispensables à la transition énergétique en Europe, notamment à la fabrication de batteries pour les voitures électriques.

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Accès facilité au marché agricole européen

En échange, l’Australie pourrait bénéficier d’un accès facilité au marché agricole européen, notamment pour le bœuf et l’agneau australiens. Cet aspect est au cœur des désaccords entre Bruxelles et Canberra, et avait été à l’origine de la suspension des négociations en octobre 2023. L’Australie réclamait 40.000 tonnes d’exportation de bœuf par an, tandis que l’UE souhaitait les limiter à 30.000 tonnes. Dans un contexte géopolitique et international chamboulé, les deux parties reviennent cette fois à la table des négociations avec des postures plus souples. Ainsi, il serait envisagé un possible assouplissement de la taxe australienne sur les voitures de luxe européennes, tandis que les producteurs australiens continueraient de pouvoir utiliser certaines indications géographiques européennes, telles que la feta, le prosecco ou le parmesan.

Dans une tribune publiée ce lundi dans plusieurs journaux européens, dont Ouest-France, Ursula von der Leyen insiste sur l’importance de cet accord entre l’UE et son troisième partenaire commercial dans le monde, qui «pourrait faire augmenter le PIB européen de 4 milliards d’euros d’ici à 2030». Mais ce texte est loin de faire l’unanimité en Europe, notamment chez les syndicats agricoles, qui exigent entre autres l’exclusion des viandes bovines et ovines de l’accord. Dans une lettre ouverte à Emmanuel Macron publiée la semaine dernière, Interbev, l’interprofession française du bétail et des viandes, a dénoncé les conditions de production australiennes, arguant que «ce que l’Europe interdit chez elle, Bruxelles s’apprête à l’importer, trahissant au passage les engagements pris envers les filières et les consommateurs européens».

Les agriculteurs européens sont déjà échaudés par l’accord entre l’UE et le Mercosur qui, malgré leurs protestations, sera appliqué provisoirement à partir du 1er mai, après avoir été ratifié par les quatre pays sud-américains. En Australie, le projet d’accord entre Bruxelles et Canberra semble être mieux reçu. La presse australienne estime en effet qu’il pourrait rapporter près de 10 milliards de dollars australiens par an (6 milliards d’euros) au géant d’Océanie.