Après des années de pertes, le
constructeur chinois Xpeng affiche enfin un premier trimestre dans
le vert. Entre guerre des prix et fin des aides, ce fragile répit
pourrait vite se refermer.

Sur le papier, il cochait toutes les cases du constructeur
condamné à brûler du cash pendant des années. Marché ultra
concurrentiel, guerre des prix, investissements massifs dans la
technologie : le chinois Xpeng, spécialiste de la
voiture électrique, a longtemps perdu de l’argent
à chaque exercice. Et pourtant, au tournant de 2026, une ligne
vient enfin de changer de couleur sur ses comptes.

Après des années dans le rouge, la marque vient de franchir un
cap symbolique : pour la première fois depuis sa création,
elle annonce un trimestre bénéficiaire.
Un retournement qui s’appuie sur une envolée des ventes, une
meilleure maîtrise des coûts et de nouveaux revenus dans les
services et la techno, mais qui reste très exposé au climat
économique chinois
. Et là, quand on regarde de près les
chiffres et les prévisions pour 2026, l’équilibre paraît beaucoup
moins confortable qu’il n’y paraît au premier coup d’œil.

Xpeng passe dans le vert : un premier bénéfice net
historique

Le déclic s’est produit au quatrième trimestre 2025. Sur cette
période, Xpeng a dégagé un bénéfice
net
de 380 millions de yuans, soit environ 48
millions d’euros
, selon ses résultats financiers. Un an
plus tôt, sur le quatrième trimestre 2024, le même constructeur
affichait encore une perte de 1,33 milliard de yuans, l’équivalent
de 167 millions d’euros. Le contraste est
spectaculaire.

Ce basculement s’appuie sur une nette amélioration de la
rentabilité. La marge brute a atteint 21,3 % au quatrième trimestre
2025, en nette hausse sur un an. Dans le même temps, les livraisons
ont explosé : de 141 601 véhicules en 2023 à 429 445 en
2025, soit une progression de 203 %
. Sur l’ensemble de
l’année 2025,
le chiffre d’affaires
a bondi de près de 90 % par rapport à
2024. La société reste toutefois déficitaire sur l’exercice : la
perte nette se limite à 1,14 milliard de yuans, environ 143
millions d’euros, contre 5,79 milliards de yuans, soit 728 millions
d’euros, en 2024. La trajectoire reste donc négative, mais la perte
a été divisée par plus de quatre en un an, un rythme de
redressement rarement vu dans le secteur.

Une rentabilité encore fragile, sous pression en Chine et en
Europe

Derrière cette remontée
spectaculaire, plusieurs leviers apparaissent dans les comptes.
L’explosion des volumes permet des économies d’échelle et une
meilleure utilisation des usines, ce qui réduit le coût unitaire
des voitures. La marque parle aussi d’une stratégie tarifaire plus
agressive sur son marché domestique, face à une concurrence
locale intense
. S’ajoutent des efforts sur les coûts
industriels et la montée en puissance d’activités annexes, comme
les services et la technologie. Les revenus liés à ces services,
mais aussi aux licences technologiques accordées à d’autres
constructeurs, ont fortement progressé en 2025.

Selon les données publiques,
les accords de licence ont déjà généré plus de 1,7 milliard de
yuans de revenus, soit environ 215 millions d’euros, sur
l’année
. De quoi attirer l’attention de partenaires

comme Volkswagen
, avec qui Xpeng a signé un partenariat
industriel. La banque Jefferies, citée par Investing.com, n’a
d’ailleurs pas hésité à qualifier Xpeng de « le constructeur de
prédilection » de la banque.

Des perspectives 2026 sous tension malgré une
offensive en Europe

Pour 2026, le tableau est
beaucoup moins linéaire. En Chine, la fin de certaines subventions
publiques pour les véhicules électriques pèse sur la demande. La
guerre des prix entre acteurs locaux comprime les marges, même pour
ceux qui commencent tout juste à goûter à la rentabilité.
Xpeng vise entre 61 000 et 66 000 livraisons au premier
trimestre 2026, ce qui représenterait une baisse d’environ 30 % par
rapport à la même période un an plus tôt
. Un recul qui
rappelle à quel point l’équilibre financier tout juste atteint peut
vite être remis en cause si les volumes fléchissent ou si les
remises se multiplient.

En Europe, la marque avance pourtant ses
pions. Les modèles destinés à notre continent sont assemblés chez
Magna Steyr à Graz, en Autriche, ce qui permet d’éviter les droits
de douane européens. En France, Xpeng s’est déjà appuyé sur un
réseau d’environ 70 concessions en 2025, pour un peu plus
de 3 300 immatriculations et une rentabilité moyenne du réseau
proche de 0,5 %
. L’objectif affiché est d’atteindre une
centaine de points de vente et environ 6 000 immatriculations en
2026. Pour les automobilistes français, cela se traduit par une
offre supplémentaire de SUV et berlines électriques, avec des
tarifs souvent agressifs face aux marques historiques, dans un
contexte où chaque nouvel acteur rentable rend la concurrence
encore plus vive.