Yannick Fialip, président de la commission économique de la FNSEA et voisin altiligérien, était l’invité d’honneur de l’assemblée générale de la FDSEA. « La rentabilité de nos investissements est une inquiétude de chaque jour, a-t-il souligné. On nous parle de souveraineté alimentaire or, aujourd’hui, la dépendance de la France aux importations augmente de plus en plus : +31 % de fruits ; +80 % de viande. Et dans le même temps, nos exportations s’effondrent, la balance commerciale agroalimentaire est à zéro. Les consommateurs sont exigeants, ils veulent de la qualité et dépenser moins. Pourtant nos agriculteurs font des efforts. Un exemple : plus 500 millions de litres de lait cette année, mais de l’autre côté les industries n’arrivent pas à les transformer. Au final, le lait fini dans les méthaniseurs ! »
Il évoquait encore « les aides PAC (politique agricole commune) revues à la baisse de 20 % pour la France. Après notre mobilisation, on est passé à -13 %. Des minorités environnementales qui font du mal à notre pays et une administration pas à la hauteur. On embête nos agriculteurs pour des haies taillées le 16 mars au lieu du 15. Est-ce que l’on est à la hauteur des enjeux de la planète ? »
« Il faut donner de l’espoir aux jeunes agriculteurs »
Un sujet a fait bondir la salle et fait passer un sale quart d’heure aux représentants de la préfecture et de la DDPP (direction départementale de protection des populations) : « Trop de paperasses à remplir, ça nous prend la tête. Ça atteint le moral des jeunes, alors qu’il faut leur donner un message d’espoir. Quand un agriculteur investit, c’est pour 10 à 20 ans, alors qu’on nous propose des politiques qui changent tous les 2-3 ans. »
Et, bien évidemment, les agriculteurs ont embrayé sur les normes. « Pour installer une porcherie avec des cochons élevés, transformés et vendus sur place, on nous a fait les pires misères, avec de multiples interventions avant réussir ce projet. » Un autre affirme : « On nous demande d’installer plus de poulaillers mais, en même temps on nous met des bâtons dans les roues. Pour 30 000 poules, il faut 12 hectares de parcours, c’est impensable ici et aberrant. D’un autre côté, dans les commerces, on va trouver des œufs de poules élevées en cage ».
« On nous interdit ce qui est autorisé dans les autres pays européens »
Autre cri du cœur, photo à l’appui, sur le foncier agricole : « Arrêtez avec ces compensations environnementales faites en dépit du bon sens et arrêtez de zoner (zones humides, de protection forte). On voit débarquer chez nous, sans en être averti, un stagiaire qui, parce qu’il voit deux joncs, classe en zone humide et là c’est comme à la messe, « pour des siècles et des siècles, amen », s’énerve Jean-Luc Perrin, président de la FDSEA. « Idem pour les écrevisses à pattes blanches. Quand on en découvre, on ne peut plus rien faire. Pourtant si elles sont là, c’est que l’on fait bien les choses. Laissez le bon sens paysan parler face au changement climatique. Il faut que l’on travaille ensemble, sans que l’administration nous mette des boulets aux pieds, sinon ça va mal finir ».
La question du stockage de l’eau a elle aussi été évoquée « Il est grand temps de faciliter la création d’outils de stockage de l’eau. Pourquoi aucun dossier n’aboutit dans la Loire, alors que, dans d’autres départements de la région, on y arrive ? Aujourd’hui, il y a beaucoup trop d’administratifs pour nous dire ce qu’il faut faire. Alors que la seule chose qui décide chez nous, c’est la météo »
Sur les produits phytosanitaires, enfin : « On nous interdit ce qui est autorisé dans les autres pays européens. On ne peut lutter contre cette concurrence, parce que ces produits-là entrent en France. On fait manger aux consommateurs ce que l’on ne veut pas qu’on produise chez nous. Un exemple : les lentilles dans les assiettes de nos enfants ne sont pas celles du Puy, vendues 2 500 € la tonne, mais celles du Canada à 500 € la tonne, mais qui ont fini de mûrir grâce au glyphosate ».