Pour les caciques de LFI, aucun doute. Leur stratégie pour ces élections municipales se voit couronnée de succès. La « nouvelle France » ciblée par Jean-Luc Mélenchon, celle des étudiants, des précaires et des populations issues de l’immigration, aurait voté en masse pour les listes insoumises. Les accusations d’antisémitisme ou la polémique provoquée par la mort du militant d’extrême-droite Quentin Deranque ? Sans prise sur les électeurs. Et Rennes, où la candidate Marie Mesmeur a réuni 20 % des suffrages, en serait un exemple.

« Nous avons multiplié par quatre notre nombre de voix par rapport à 2020 », se félicite celle qui siégera au conseil municipal. Sur la capitale bretonne, impossible de nier la progression du jeune mouvement, douché par un petit 7,5 % lors de ses premières municipales, il y a six ans. Élection après élection, le parti élargit son socle. À l’image du score de son leader à la dernière présidentielle (36 %) et de ses bons résultats aux européennes de 2024 (18 %).

Le quartier populaire de Villejean, nouveau fief LFI ?

Cet ancrage s’illustre en particulier à Villejean. Marie Mesmeur y a convaincu près de 4 électeurs sur 10 au second tour. Son record. Elle finit même en première position, loin devant le PS, qui y a longtemps régné sans partage. Comment l’expliquer ? La présence en 3e position sur la liste de la conseillère départementale Régine Komokoli, une personnalité très identifiée par les habitants, a peut-être joué. Surtout, la démographie de ce quartier possède deux particularités : à la fois une forte proportion de descendants de l’immigration mais aussi un grand nombre d’étudiants. Des pans de l’électorat où LFI marque des points.

Pour autant, à Rennes, « l’insoumission » est encore loin d’être hégémonique au sein de ces deux populations. Dans les bureaux de vote du centre historique, où résident un grand nombre de jeunes, Marie Mesmeur est souvent reléguée loin derrière Nathalie Appéré. Idem au Blosne et à Maurepas, deux autres zones déshéritées de la ville, où la championne de LFI totalise entre 23 et 24 % des suffrages. Signe que les ressorts de la poussée électorale des insoumis rennais sont à trouver ailleurs : les QPV ne leur auront apporté que 2 000 voix sur 14 000 au total.

À Rennes, un vote LFI homogène

À regarder de près les résultats, le constat s’impose : à l’échelle de ville, le vote LFI est relativement homogène. Dans l’écrasante majorité des bureaux de vote, il oscille entre 15 et 30 %. Même dans les quartiers bobos comme Saint-Hélier ou Sud-gare, Marie Mesmeur n’a pas à rougir de ses résultats. Plus étonnant, elle se maintient au-dessus des 10 % dans le « triangle d’or », fief de la droite rennaise. L’expression d’un « besoin de radicalité » d’une partie des anciens électeurs PS, selon l’expression de Nathalie Appéré ?

Reste une ombre, de taille, à ce tableau. La dynamique du premier tour a été stoppée net au second. Le nombre de bulletins Mesmeur n’a quasiment pas progressé d’un dimanche à l’autre. En théorie, elle disposait pourtant d’une réserve chez les électeurs du dissident LFI Ulysse Rabaté (5 %). Une large partie d’entre eux semblent s’être reportés sur la maire sortante PS, qui a récolté 6 000 bulletins supplémentaires entre les deux tours. Un vote utile, estime l’insoumise, qui reproche à sa concurrente d’avoir exagéré le risque d’une victoire de la droite. Pas impossible, cependant, de voir dans ce plafonnement toutes les limites de la radicalité mélenchonienne. Une stratégie qui fidélise la base… Au risque de s’aliéner les électeurs de gauche plus modérés.