La tension monte autour de l’approvisionnement en carburants sur l’île. Ce jeudi 26 mars, les dépôts pétroliers d’Ajaccio et de Lucciana ont été bloqués par des distributeurs indépendants, inquiets de la hausse continue des prix à la pompe, indiquent nos confrères d’ICI RCFM.

En toile de fond, un contexte international instable, marqué par les tensions au Moyen-Orient, qui pèse directement sur les coûts d’approvisionnement en essence et en gazole. Une situation jugée de plus en plus difficile à absorber pour les acteurs locaux.

Les professionnels dénoncent notamment un déséquilibre dans les conditions d’achat auprès du groupe pétrolier TotalEnergies. Selon eux, tous les réseaux ne seraient pas logés à la même enseigne, ce qui fragilise particulièrement les petites structures indépendantes.

Ce jeudi matin, une vingtaine de distributeurs de carburants bloque le dépôt à Ajaccio. « Nous bloquons le dépôt pour sauver nos sociétés et nos emplois, pour des prix qui soient acceptables pour tous les Corses. Aujourd’hui Total applique un bouclier tarifaire dans toute la France et en Corse, nous ne pouvons pas concurrencer un grand groupe international, nous sommes à 30 centimes au-dessus, nous ne pouvons pas lutter », lance Frédéric sauli, distributeur de carburant à Porto-Vecchio.

Une menace de fermetures en chaîne de stations-service

Les acteurs du secteur alertent sur les conséquences possibles en cas de blocage prolongé ou d’absence de réponse. Ils évoquent la menace de fermetures en chaîne de stations-service, avec plusieurs centaines d’emplois concernés. À terme, ils redoutent également une concentration du marché qui réduirait la concurrence sur l’île.

Pour l’heure, aucune issue n’a été trouvée. Le mouvement pourrait se poursuivre si les discussions n’aboutissent pas rapidement.

En fin de matinée ce jeudi, de nombreux automobilistes faisaient la queue dans les stations services pour s’approvisionner en carburant. 

Dans le Centre Corse, certaines stations services ne disposaient plus de carburant ce jeudi en milieu de matinée.

Le gouvernement a promis jeudi matin d’annoncer des aides pour les « gros rouleurs » dans « les tout prochains jours », afin de compenser la hausse du prix des carburants due à la guerre au Moyen-Orient. 

« On ne demande pas à Total de remonter les prix », a précisé M. Sauli, mais TotalEnergies, qui est actionnaire des Dépôts pétroliers de la Corse (DPLC), « pourrait peut-être revendre le carburant au prix plafonné à notre fournisseur et qu’ensuite, le fournisseur nous le revende ».

Une rencontre avec le préfet de Corse, fixée avant le blocage, est prévue vendredi soir.

En novembre dernier, l’Autorité de la concurrence avait condamné TotalEnergies Marketing France, deux sociétés du groupe Rubis et EG Retail à hauteur de 187,5 millions d’euros, dont 115,8 pour TotalEnergies, pour entente dans la distribution des carburants en Corse.

Elle leur reprochait d’avoir conclu un accord écrit leur garantissant des conditions d’accès aux carburants dans les dépôts pétroliers corses, meilleures que celles de leurs concurrents. TotalEnergies et le groupe Rubis ont indiqué faire appel de cette décision.