CNN dévoile un système mondial où des violences sexuelles sont organisées, partagées et monétisées en ligne.

THOMAS FULLER / NurPhoto via AFP

CNN dévoile un système mondial où des violences sexuelles sont organisées, partagées et monétisées en ligne.

Une enquête de CNN met en lumière un pan particulièrement sombre d’Internet, où des hommes s’organisent, échangent et monétisent des violences sexuelles commises sur des femmes rendues inconscientes, à leur insu. Pendant plusieurs mois, la chaîne américaine a infiltré ces espaces en ligne et recueilli des témoignages de victimes, dévoilant l’ampleur d’un phénomène mondial largement invisible.

Sur des forums, des groupes privés ou des sites pornographiques, circulent des milliers de vidéos de femmes droguées ou endormies, filmées sans leur consentement. Sur l’une de ces plateformes, plus de 20 000 contenus de ce type ont été recensés, certains visionnés des dizaines de milliers de fois, et classés avec des mots-clés signalant explicitement que les victimes sont inconscientes.

Ces espaces servent aussi à organiser les violences. Les utilisateurs y échangent des conseils sur les substances à utiliser et les moyens d’agir sans être repérés. Certains vont plus loin en diffusant les agressions en direct, contre paiement, à des internautes qui peuvent donner des instructions en temps réel. CNN rapporte ainsi le cas d’un homme affirmant filmer sa femme inconsciente pour des spectateurs payants qui donnent des instructions en temps réel.

Difficile, à la lecture de cette enquête, de ne pas penser à l’affaire Dominique Pelicot et aux viols de Mazan. Jugée en France en 2024, elle avait révélé comment des dizaines d’hommes avaient été recrutés en ligne pour violer Gisèle Pelicot, droguée par son mari. L’enquête de CNN montre que ces pratiques ne relèvent pas d’un cas isolé, mais d’un système qui se reconstitue en permanence sur de nouvelles plateformes.

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Dans ces groupes, les participants agissent sous couvert d’anonymat, dans un environnement où leurs actes sont encouragés. Une psychologue interrogée par CNN évoque une forme de « fraternité » entre membres, où chacun valide les comportements des autres.

Des agressions sexuelles difficiles à quantifier

Plusieurs femmes ont raconté à CNN avoir découvert ces violences tardivement, parfois sans aucun souvenir des faits. L’une d’elles explique que son mari lui a avoué l’avoir droguée pendant des années pour la violer et la photographier. « Vous ne vous attendez à rien d’autre que de l’innocence de la part de votre partenaire », confie-t-elle.

Selon des données citées par CNN, une part importante des agressions sexuelles implique un partenaire ou un ex-partenaire, et les cas où les victimes sont inconscientes sont en hausse. Le phénomène reste pourtant difficile à mesurer, les victimes portant rarement plainte, notamment en raison du manque de preuves.

Malgré les fermetures ponctuelles de sites ou de groupes, ces réseaux persistent. Certaines survivantes tentent aujourd’hui de briser le silence, dans le sillage de Gisèle Pelicot, qui déclarait lors de son procès : « la honte doit changer de camp ».